Kyss Mig – Une histoire suédoise

Kyss Mig – Une histoire suédoise

de Alexandra-Therese Keining

  • Kyss Mig – Une histoire suédoise
  • (Kyss Mig)
  • Suède2011
  • Réalisation : Alexandra-Therese Keining
  • Scénario : Alexandra-Therese Keining
  • Image : Ragna Jorming
  • Montage : Malin Lindström
  • Musique : Marc Collin
  • Producteur(s) : Josefine Tengblad
  • Interprétation : Liv Mjönes (Frida), Ruth Vega Fernández (Mia), Lena Endre (Elisabeth), Krister Henriksson (Lasse)
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 29 août 2012
  • Durée : 1h45

Kyss Mig – Une histoire suédoise

de Alexandra-Therese Keining

Convention mon amour


Convention mon amour

L’his­toire, on la con­naît tous : à la veille de son mariage, une jeune femme se met à douter sur son engage­ment. Ce qui est moins com­mun, c’est que cette remise en ques­tion se fasse pour une per­son­ne du même sexe. Mal­gré le sel que la réal­isatrice ajoute à ce canevas ultra-clas­sique, le film reste bien trop lisse et con­ven­tion­nel pour inter­peller.

Lasse et Elis­a­beth sont deux quin­quagé­naires qui ont décidé de se mari­er sous le soleil esti­val de la cam­pagne sué­doise. L’an­nonce de leurs fiançailles per­met à leurs filles respec­tives, Mia et Fri­da, de se ren­con­tr­er pour la pre­mière fois. La pre­mière, brune un peu mutique, s’ap­prête de son côté à s’en­gager avec son petit ami. La sec­onde, blonde extrav­a­gante, assume son homo­sex­u­al­ité et a la provo­ca­tion facile. Le courant passe d’abord dif­fi­cile­ment entre les deux jeunes femmes… jusqu’au déclic fatal qui les amène au point de non-retour de leurs désirs : Mia, pro­gres­sive­ment con­sciente de son impos­ture vis-à-vis de son futur mari, refuse pour­tant de s’en­gager davan­tage auprès de Fri­da, éper­du­ment amoureuse.

Dès le début, le film annonce habile­ment la couleur et affiche sa teneur. Dans une ambiance assez feu­trée, la réal­isatrice parvient dans une seule et même scène à pos­er les enjeux qui vont régir les dif­férents per­son­nages de cette fic­tion. Cap­té avec une cer­taine vivac­ité, les dia­logues fusent et rebondis­sent, servis par une galerie d’ac­teurs qu’on sent immé­di­ate­ment à l’aise avec leur par­ti­tion. Para­doxale­ment, c’est cette rel­a­tive évi­dence qui inspire une méfi­ance à l’é­gard du pro­gramme que Kyss Mig – Une his­toire sué­doise met en place. On sent mal­heureuse­ment trop rapi­de­ment la suite venir : de doutes en crises en pas­sant par des rup­tures puis des retrou­vailles, le scé­nario s’en tient à des rebondisse­ments et des enjeux trop atten­dus pour sur­pren­dre ou émou­voir.

Pour un film qui abor­de la décou­verte de ses désirs, la mise en scène d’Alexan­dra-Therese Kein­ing manque cru­elle­ment de chair. Le trou­ble et la sen­su­al­ité se dis­sipent rapi­de­ment au prof­it d’une atmo­sphère très éthérée et lénifi­ante. Si la réal­isatrice ne som­bre dans aucune car­i­ca­ture, elle ne se démar­que pas vrai­ment des con­ven­tions liées au genre tout en pri­vant ses per­son­nages de cette épais­seur psy­chologique atten­due. Au bout du compte, Kyss Mig – Une his­toire sué­doise donne plus l’im­pres­sion d’être un gen­til fan­tasme (celui d’un détourne­ment) qu’un véri­ta­ble cri du cœur. Il fait peu de doute que l’his­toire plaira à un pub­lic-cible, mais on aurait pu espér­er davan­tage de la part d’un film qu’on souhait­erait voir débar­rassé de cette morne politesse.

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