Broken

Broken

de Rufus Norris

  • Broken
  • Royaume-Uni2012
  • Réalisation : Rufus Norris
  • Scénario : Mark O’Rowe
  • d'après : le roman Broken
  • de : Daniel Clay
  • Image : Rob Hardy
  • Décors : Kave Quinn
  • Montage : Victoria Boydell
  • Musique : Electric Wave Bureau
  • Producteur(s) : Dixie Linder, Tally Garner, Nick Marston, Bill Kenwright
  • Interprétation : Tim Roth (Archie), Eloise Laurence (Skunk), Cillian Murphy (Mike)...
  • Date de sortie : 22 août 2012
  • Durée : 1h31

Broken

de Rufus Norris

Les petites choses de la vie


Les petites choses de la vie

Bizarrement placé en ouver­ture de la Semaine de la cri­tique, le pre­mier long métrage de Rufus Nor­ris est une jolie petite chose vaine mis­ant sur la fraîcheur de son héroïne, Eloise Lau­rence, sans racon­ter quoi que ce soit de con­sis­tant.

Drôle d’été pour le ciné­ma anglais. Après le gen­til­let La Part des anges, voici le tout aus­si insignifi­ant Bro­ken. Il ne faut pas généralis­er sur deux films, mais notre voisin bri­tan­nique avait tout de même il y a une époque pas si loin­taine des pro­duc­tions plus dens­es.

Bro­ken est l’un de ces films à dou­ble effet. En salle, vous êtes plutôt sai­sis par l’émotion. Vous décou­vrez une actrice, Eloise Lau­rence, dont on enten­dra sans doute par­ler. Vous retrou­vez avec plaisir Tim Roth et Cil­lian Mur­phy (le pre­mier bien plus que le sec­ond, il faut être clair). Vous écoutez du Damon Albarn, ce qui ne fait pas trop mal aux oreilles. Bref, l’ensemble est assez agréable. Et puis, vous sortez de la salle, et là le con­tre­coup est dévas­ta­teur. Le film est oublié en quelques instants. Tout ce qu’il vous en reste a, par ailleurs, un arrière-goût désagréable.

Met­teur en scène de théâtre et d’opéra con­nu, Rufus Nor­ris signe un pre­mier long-métrage fon­cière­ment chi­chi­teux. Il arbore des thèmes sans oser s’y frot­ter. Il repousse du mieux qu’il peut la vio­lence vers le terme du film, don­nant la drôle d’impression de nous la faire atten­dre. Parce que, il faut le dire, on s’ennuie fer­me­ment à l’évocation des tribu­la­tions ado­les­centes de Skunk, jeune dia­bé­tique de 11 ans. Tout est trop cliché. Notre héroïne ren­con­tre la vio­lence des adultes, décou­vre l’amour et ses méan­dres, a du mal à sur­mon­ter la mort de sa mère, et par voie de con­séquence nar­ra­tive à com­mu­ni­quer avec son père. Oh my God! Comme cela est déjà vu, cent mille fois, mille fois, en mieux, en moins fade.

Le scé­nario, adap­ta­tion d’un roman par Mark O’Rowe (Boy A), est claire­ment plom­bé, mais c’est surtout la réal­i­sa­tion qui donne ce côté qui ne veut pas y touch­er. La caméra a la bougeotte, ne lési­nant pas sur la sur­ex­po­si­tion et le vaporeux, dans une image à la fois pas­tel et à gros grains qui dit tout de l’entre-deux du pro­jet. Les acteurs patau­gent dans ce marécage de faux esthète sans vrai­ment ten­ter de s’en extir­p­er. Cil­lian Mur­phy est coincé dans son pull en laine, cen­sé l’en­laidir, mais ne révélant par effet bal­anci­er que l’incongruité de sa présence au cast­ing. Tim Roth est, lui, car­ré­ment déce­vant, sans doute engour­di par sa nou­velle car­rière à la télévi­sion. Incroy­able de dés­in­vol­ture, il joue le père à la fois dis­tant et atten­dri avec l’énergie d’un dépres­sif pro­fond.

On repense pour le coup à Made in Britain d’Alan Clarke, dont il aura fal­lu en France la réédi­tion de l’œu­vre en DVD pour enfin se rap­pel­er ce réal­isa­teur majeur. Tim Roth y inter­pré­tait son pre­mier rôle à sur grand écran, celui d’un jeune skin­head, ruant dans les bran­car­ds, ter­mi­nant sa course folle dans un mono­logue fou sur la loi et l’ordre dans une salle de classe aux allures de prison. Skunk, quant à elle, finit son par­cours en solil­o­quant dans une église, hési­tant entre la mort et la vie, alors qu’on pour­rait met­tre sa main à couper que la jeune fille ne passera pas à tré­pas. Le temps détru­it tout, comme dirait l’autre.

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