The Exchange

The Exchange

de Eran Kolirin

  • The Exchange
  • (Ha-Hithalfut)
  • Israël, Allemagne2011
  • Réalisation : Eran Kolirin
  • Scénario : Eran Kolirin
  • Image : Shai Goldman
  • Son : Michael Busch
  • Montage : Arik Lahav-Leibovich
  • Producteur(s) : Eilon Ratzkovsky, Karl Baumgartner, Raimond Goebel, Yossi Uzrad, Guy Jacoel
  • Interprétation : Rotem Keinan (Oded), Sharon Tal (Tami), Dov Navon (Yoav), Shirili Deshe (Yael)...
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 18 juillet 2012
  • Durée : 1h34

The Exchange

de Eran Kolirin

Inconséquente étrangeté


Inconséquente étrangeté

Quand des cinéastes se piquent de nous balad­er dans une rou­tine infec­tée par l’é­trange (Lynch, par exem­ple), il est raisonnable d’at­ten­dre qu’ils nous mènent assez loin. C’est cette dis­tance — plus juste­ment, le car­bu­rant néces­saire pour la par­courir — qui manque ter­ri­ble­ment à The Exchange, le nou­veau film de l’Is­raélien Eran Kolirin (La Vis­ite de la fan­fare). Les prémices sont ent­hou­si­as­mantes et promet­teuses, bien que vite lis­i­bles. Oded, pais­i­ble pro­fesseur de fac­ulté, repasse excep­tion­nelle­ment chez lui en milieu de journée, et y con­state un détail inat­ten­du quoique par­faite­ment anodin : son épouse, archi­tecte pour­tant au taquet sur un pro­jet, fait la sieste. Dans le silence de l’ap­parte­ment aux tons neu­tres, ces dérisoires entors­es à la rou­tine vont, par une réac­tion psy­chologique mys­térieuse, trans­former pro­fondé­ment l’at­ti­tude d’Od­ed qui, comme en un change­ment de per­spec­tive, se met à observ­er sa vie, ses rites, le monde comme si c’é­tait la pre­mière fois, comme si cette vie apparte­nait à un autre qui serait désor­mais son sujet d’é­tude. Les plans, d’abord sur­prenants puis de plus en plus iden­ti­fi­ables comme l’ap­pli­ca­tion de ce pos­tu­lat de départ, jouent le jeu de cette atten­tion renou­velée du regard. Faisant d’abord mine d’épouser les pas d’Od­ed, la caméra s’en détache par­fois sans crier gare pour bal­ay­er ce qui l’en­toure. Des gros plans sur les sur­faces trompeuse­ment homogènes en révè­lent les tex­tures.

Oded, obser­vant désor­mais d’un œil dis­tant les bornes de son exis­tence, tente de met­tre celles-ci à l’épreuve : il fait de l’ab­sen­téisme et part en vadrouille urbaine, joue au voyageur indis­cret, se met dans des posi­tions plus ou moins com­pro­met­tantes, ment à son entourage, trou­ve même un com­plice inopiné pour ses incon­gruités. C’est dans ce proces­sus que les choses com­men­cent à se cors­er pour The Exchange. L’ap­pli­ca­tion un peu rigide de la mise en scène laisse repos­er la pour­suite du film sur son scé­nario, plus exacte­ment sur la nature des péripéties de son per­son­nage. Or il appa­raît qu’Er­an Kolirin a une con­cep­tion bien étriquée de l’é­trange, de la mar­gin­al­ité, de la trans­gres­sion ; sa vision atteint claire­ment ses lim­ites lorsque appa­rais­sent les sit­u­a­tions de pur cliché sur lesquelles il se rabat à pro­pos de ces sujets. Dans The Exchange, on en est encore à espér­er trou­bler le spec­ta­teur en présen­tant avec des sima­grées de bizarrerie des ques­tion­nements sur l’i­den­tité sex­uelle (le com­plice s’avère un gay au plac­ard). Et après avoir dressé sage­ment la bar­rière de la ratio­nal­ité sur le par­cours du per­son­nage, le film fait s’achev­er celui-ci devant le plus gros cliché des fins de film d’er­rance labyrinthique, que des œuvres comme Bar­ton Fink ou Dark City ont déjà fini d’es­sor­er : face à la mer. Tout ça pour ça.

Inquiétude sociale

The Exchange, quelque part, n’est pas si sin­guli­er que cela. Cela fait déjà quelques films que le ciné­ma israélien, dont la vis­i­bil­ité inter­na­tionale a cessé de se can­ton­ner aux échos directs des divers­es guer­res de ter­ri­toire, se penche sur la fragilité des repères soci­aux, socles que ces films aiment met­tre en cause par le prisme d’une étrangeté, d’une mar­gin­al­ité ténues mais sou­vent entretenues dans la forme. Cela passe soit par la mise en scène de la frac­ture des liens com­mu­nau­taires (Le Polici­er, The Slut), soit par celle de l’isole­ment d’un indi­vidu vis-à-vis de son envi­ron­nement (Le Vagabond, La Gram­maire intérieure, The Exchange), mais les deux ne sont pas néces­saire­ment dis­so­ciés (le moins posé, mais ferme Shar­qiya). Il est encore un peu tôt pour dis­cern­er si cette ten­dance relève d’une sincère inquié­tude col­lec­tive — au dia­pa­son de la crise sociale que con­naît actuelle­ment le pays — ou d’un académisme nais­sant. L’er­rance du per­son­nage de The Exchange, en tout cas, côtoie celle de son com­pa­tri­ote du Vagabond : même capac­ité à observ­er le dérè­gle­ment d’un quo­ti­di­en à l’im­mo­bil­isme illu­soire et le brouil­lage des repères qui s’en­suit, mais même dif­fi­culté de dépass­er ce con­stat ini­tial sans recourir aux gross­es ficelles.

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