Lamine Ammar-Khodja

Lamine Ammar-Khodja

  • Propos recueillis à Marseille le 9 juillet 2012 par Marion Pasquier
  • Lamine Ammar-Khodja


    Au FID­Mar­seille où son film, Demande à ton ombre, a gag­né le Grand Prix du Pre­mier Film, ren­con­tre avec Lamine Ammar-Khod­ja.

    As-tu trou­vé des finance­ments pour faire ton film ?

    On n’a pas voulu deman­der d’aide à l’écri­t­ure parce dans le feu de l’ac­tion, une grande par­tie des images était déjà tournée. Par con­tre on avait besoin d’ar­gent pour tourn­er les mis­es en scène, pour le mon­tage et la post-pro­duc­tion. On a donc déposé des dossiers à trois com­mis­sions qui ont toutes refusé. Par­fois pour des raisons obscures. Une com­mis­sion m’a notam­ment dit qu’elle ne com­pre­nait pas la rela­tion entre Aimé Césaire et le retour au pays natal…

    Quand as-tu décou­vert le Cahi­er d’un retour au pays natal ? Est-ce qu’il a été moteur de ton désir de tourn­er ?

    Non, pas du tout. Je l’avais lu avant, mais l’idée de l’in­té­gr­er dans le film est arrivée vrai­ment à la fin. Bizarrement, quand j’ai com­mencé à mon­ter, je fai­sais sem­blant d’être retourné à la mai­son et d’avoir retrou­vé ma place par­mi les miens. J’ai mis du temps à me ren­dre compte que ça n’é­tait pas si sim­ple et que le film était davan­tage sur mon retour à Alger qu’une chronique de ce qui s’y pas­sait à ce moment-là. L’ambiguïté vient du fait que je fai­sais des images sur l’actualité. C’est comme si le feu du présent effaçait per­pétuelle­ment le passé. J’ai com­mencé en réac­tion aux images que pro­po­saient les médias, locaux et étrangers (que les algériens con­som­ment beau­coup), et dans lesquelles je ne me retrou­vais nulle part. Quand les émeutes ont éclaté le 6 jan­vi­er 2011, je suis allé à Bab el-Oued pour voir ce qui se pas­sait. Le lende­main, quand j’ai lu la presse, je me suis dit qu’il y avait un petit souci. La presse était soit par­ti­sane soit par­ti­sane. Il y avait ceux qui con­sid­éraient les émeu­tiers comme des voy­ous qui font n’im­porte quoi, et ceux qui pen­saient que c’é­tait la Révo­lu­tion, que tout allait chang­er. Alors qu’on voy­ait bien que ça n’é­tait ni l’un ni l’autre. C’est une sauce qui a pris à un moment don­né, et qui n’a pas don­né grand-chose parce que ça n’é­tait ni organ­isé ni relayé.

    Tu pens­es que le prob­lème était essen­tielle­ment le manque d’or­gan­i­sa­tion ? Y avait-il un désir assez fort pour que cela bouge ?

    Moi j’y ai cru. Le lende­main du départ de Moubarak, lors de la man­i­fes­ta­tion du 12 févri­er à Alger, je me suis dit qu’il pou­vait se pass­er quelque chose. Les amis étaient plus scep­tiques. Avec du recul, je me rends compte qu’ils con­nais­saient la sit­u­a­tion mieux que moi. For­cé­ment… quand on part huit ans, on perd la réal­ité du ter­rain. Le prob­lème est que les par­tis poli­tiques ont appelé à man­i­fester seule­ment un mois après les émeutes du 6 jan­vi­er. Alors que c’é­tait à ce moment qu’il fal­lait descen­dre dans la rue, soutenir les émeu­tiers et dire que leur révolte n’é­tait pas due qu’au prix du sucre qui a aug­men­té, comme cela a surtout été dit, mais à un prob­lème de fond bien plus lourd. Il n’y a pas eu de relais entre les man­i­fes­ta­tions pop­u­laires et les par­tis poli­tiques. Mais j’avoue que, sur le moment, je ne me suis pas ren­du compte de ce fos­sé. Je ne l’ai com­pris que pen­dant la man­i­fes­ta­tion, quand j’ai vu tous ces vieux papys qui sont venus avec leurs vieux slo­gans des années 1990. On voy­ait bien que cela ne mar­chait pas et qu’il y avait plus de flics que de man­i­fes­tants. Plus tard, une heure après le début du rassem­ble­ment, un petit groupe de cinquante gamins venus de Bel­court est venu met­tre le feu à la manif. Là on a sen­ti un souf­fle, qu’il y avait quelque chose qui se pas­sait. Je me suis dit que s’il devait y avoir un change­ment, c’est de ce côté-là qu’il viendrait.

    Pourquoi ce laps d’un mois entre les émeutes du 6 jan­vi­er et la man­i­fes­ta­tion du 12 févri­er ?

    Parce qu’il y a un vrai fos­sé entre ceux qui appel­lent à man­i­fester et ceux qui sont cen­sés faire corps dans la manif. Et ce fos­sé, je l’ai décou­vert à ce moment-là. À par­tir du moment où les émeutes écla­tent et que tu ne descends pas pour les soutenir, c’est que tu n’es pas avec les émeu­tiers. Et tu n’as pas le droit de les appel­er à man­i­fester avec toi. C’est pour cela que, lorsque les jeunes de Bel­court arrivent dans la man­i­fes­ta­tion, ils tien­nent vrai­ment à ne pas faire par­tie du groupe. Ils restent entre eux sans se mélanger aux vieux.

    Il y a aus­si un groupe d’autres jeunes au milieu, ceux que tu mon­tres en plans pho­tos lors de la man­i­fes­ta­tion du 15 jan­vi­er…

    Ce n’é­tait pas une man­i­fes­ta­tion mais un rassem­ble­ment qui a eu lieu une semaine après les émeutes. J’avais assisté à une ou deux réu­nions pour l’or­gan­i­sa­tion de ce rassem­ble­ment et je con­nais les organ­isa­teurs dont cer­tains sont des amis. Le jour J, je m’y suis sen­ti vrai­ment étouf­fé. Nous étions une trentaine de per­son­nes dont la plu­part fai­sait par­tie du milieu cul­turel algérois. Dis­ons, un rassem­ble­ment du milieu. Petit à petit, je voy­ais la foule sur le trot­toir d’en face qui grossis­sait, comme des spec­ta­teurs venus assis­ter à cette bizarrerie : une trentaine de chats qui appel­lent à la démoc­ra­tie. J’ai eu le sen­ti­ment de m’être trompé de trot­toir… Le lende­main, je lis un arti­cle dans le jour­nal où je vois entre autres mon nom et dont le titre est : « un vent de Tunis a souf­flé sur Alger ». Le sen­ti­ment d’é­touf­fe­ment dont j’ai par­lé plus haut a décu­plé et nous étions plusieurs à l’avoir ressen­ti. Si à la man­i­fes­ta­tion du 12 févri­er, je me suis ren­du compte du fos­sé qu’il y a entre les jeunes et les vieux, à celle du 15 jan­vi­er, j’ai surtout pris con­science du fos­sé entre le milieu intel­lectuel et les gens. Il faut dire qu’en Algérie il y a quelque chose qui me dérange : par exem­ple, si on a envie d’ou­vrir une école de ciné­ma, il faut que ce soit la plus grande école de ciné­ma d’Afrique, si on a envie de con­stru­ire une mosquée, il faut que ce soit la plus grande du monde. Dans le fait d’ap­pel­er à la démoc­ra­tie, à faire tomber le sys­tème, avec des mots si forts, je trou­ve qu’il y a quelque chose d’indé­cent. Je pense qu’on part de trop loin quand on demande ça. On devrait com­mencer par net­toy­er à côté de chez soi, par de petites choses. C’est impor­tant.

    Il y a aus­si des gens, tels que la vieille dame que l’on voit dans le film, qui con­sid­èrent que Boute­fli­ka est un homme qui prend soin du peu­ple. Cette dame a peu d’ar­gent mais elle ne remet pas en cause le gou­verne­ment.

    Dis­ons que la majorité a tou­jours rai­son… sauf en poli­tique. Le prési­dent a une bonne cote de pop­u­lar­ité. Mais je pense que ces gens qui le défend­ent se ren­dent par­faite­ment compte que quelque chose ne tourne pas rond, au-delà du dis­cours qu’ils por­tent. Je ne crois pas qu’ils soient si dupes. Par con­tre, ce qui me dérange, c’est que la télévi­sion nationale ne mon­tre que ce côté-là, ces gens qui relaient le dis­cours poli­tique des gou­ver­nants.

    Ce film t’a-t-il per­mis de com­pren­dre que ta place est finale­ment ailleurs qu’à Alger ?

    Ce film m’a fait pren­dre con­science que je ne retourn­erai pas tout de suite vivre à Alger. C’est vrai­ment le film de quelqu’un qui ne trou­ve pas sa place en revenant. J’ai pris con­science de la dis­tance que j’avais. Sans rien renier à la prox­im­ité non plus. Mon film se tient dans cette dis­tance-là. Je com­pre­nais très bien le ter­rain et sa com­plex­ité sans jamais trou­ver ma place dans le jeu. Cette posi­tion ambiguë m’est apparue claire­ment un jour où j’é­tais à Alger : je n’avais pas trop envie de sor­tir, le moral à plat, et j’é­tais juste­ment en train de lire un livre sur la ville. J’é­tais très con­tent de lire ce livre sur Alger. Je trou­vais cette ville fan­tas­tique et intri­g­ante. C’é­tait bizarre, j’é­tais plus con­tent de décou­vrir des choses sur la ville en lisant le livre qu’en sor­tant tout sim­ple­ment dans les rues. Je me suis dit que pour mes films j’al­lais faire la même chose. Recréer un espace pour me réap­pro­prier cette ville et me réc­on­cili­er avec elle. Finale­ment, y vivre ou pas n’a pas tant d’im­por­tance. D’ailleurs, quand on me pose la ques­tion pour me deman­der si je suis retourné en France ou si je suis resté à Alger, je dis que j’habite mon imag­i­naire. C’est le priv­ilège de la créa­tion.

    Quand tu es retourné à Alger un peu avant jan­vi­er 2011, tu ne pen­sais pas faire un film ?

    J’avais com­mencé à récolter des images en réac­tion aux images médi­a­tiques, je les avais mis­es sur Inter­net où elles ont d’ailleurs beau­coup tourné. Petit à petit, je me suis dit qu’il y avait peut-être matière à faire quelque chose. J’ai fait un pre­mier mon­tage, pas du tout sur l’his­toire du Cahi­er d’un retour au pays natal. Quand les choses ont com­mencé à se met­tre en place, je me suis ren­du compte que c’é­tait un film exis­ten­tiel, que j’al­lais me pos­er des ques­tions sur la vie, l’ex­is­tence, mais que cela pou­vait aus­si être poli­tique au sens où j’ai lié ces ques­tions à celle d’être un jeune aujour­d’hui à Alger. Les ques­tions exis­ten­tielles et intimes se sont mêlées à la ques­tion poli­tique. Pour moi la poli­tique, c’est de se deman­der ce qu’on nous pro­pose comme mod­èle de vie et com­ment nous vivons avec celui-ci. C’est la dimen­sion poli­tique que je trou­ve noble, celle qui me par­le. Ce qui m’in­téresse, c’est com­ment vivent les gens. Le côté engagé pour une cause me rebute pro­fondé­ment.

    Finale­ment tu aurais pu faire ce film-là à un autre moment que jan­vi­er 2011, ça n’au­rait pas changé grand-chose. Ton posi­tion­nement par rap­port à la poli­tique se retrou­ve n’im­porte quand à par­tir du moment où tu reviens à Alger.

    Exacte­ment. Jan­vi­er 2011 était un moment prop­ice à la drama­ti­sa­tion. Des choses très fortes se pas­saient sous mes yeux, c’é­tait très ciné­matographique, très appro­prié pour racon­ter une his­toire. Mais je pense que j’au­rais pu faire ce film même s’il n’y avait pas eu ces man­i­fes­ta­tions.

    À quel moment as-tu décidé d’aller tourn­er en Tunisie et com­ment l’as-tu vécu ? Qu’y as-tu décou­vert ?

    Après le 14 jan­vi­er, je voulais aller en Tunisie, comme tout le monde, pour voir ce qui s’y pas­sait, mais je n’avais pas d’ar­gent. Finale­ment, j’ai trou­vé une for­ma­tion où on m’a payé le bil­let d’avion. J’ai pris des images mais j’é­tais bercé dans le mythe et le fan­tasme du vail­lant peu­ple qui a chas­sé son dic­ta­teur. Je savais bien que la sit­u­a­tion était com­plexe mais j’é­tais heureux de voir des gens, et surtout de mon âge, fiers d’eux-mêmes et préoc­cupés par leur avenir dans un pays arabe. C’é­tait la nou­veauté pour moi.

    C’é­tait une évi­dence pour toi de te met­tre en scène dans le film ? C’é­tait là dès le début ?

    En ren­trant à Alger, je me suis retrou­vé dans une grande soli­tude par rap­port aux gens qui ont envie de faire des films. Je trou­vais qu’il man­quait une dynamique de tra­vail col­lec­tif. Si j’avais trou­vé des gens motivés pour faire le film sans argent, j’au­rais été très embal­lé qu’on le fasse en groupe. Je me suis retrou­vé à tra­vailler seul parce que je n’ai pas eu l’oc­ca­sion de trou­ver des gens avec qui tra­vailler. Je me suis dit que si je pou­vais faire l’im­age et le mon­tage, pourquoi pas l’ac­teur. L’en­gage­ment passe aus­si par le fait de se met­tre en scène et de n’avoir rien à cacher. S’as­sumer pleine­ment et met­tre les deux pieds dans le plat. C’est comme dire «voilà, moi j’ai vu ça parce que je suis comme ça». Ne pas met­tre de dis­tance entre ce que tu vis et ce que tu représentes. C’est ce que j’ap­pelle exis­ter. Même si bien sûr il faut env­i­ron 40% de mise en scène par rap­port à une sit­u­a­tion réelle pour que cela marche au ciné­ma.

    Est-ce que la dimen­sion humoris­tique était là dès le départ ?

    Je n’ai pas essayé d’être drôle, c’est juste ma manière de faire. Tu sais, j’ai une for­ma­tion d’ingénieur en infor­ma­tique et je me retrou­ve à présen­ter un film au FID : si cela ne t’ap­prend pas l’ironie ! Je n’avais pas envie de faire ces études, je les ai faites pour faire plaisir à mes par­ents mais je ne m’y suis jamais intéressé. J’au­rais préféré faire des études d’his­toire ou de let­tres. Quand je suis arrivé en France, ça m’a fait un choc de voir tous ces gens qui lisent dans le métro, et je me suis ren­du compte que je ne savais pas écrire un texte cor­recte­ment dans aucune langue. Du coup je me suis mis à lire un peu mal­adi­ve­ment. J’ai fail­li délaiss­er mes études pour lire. Je ne regrette pas d’avoir appris cela dans mon coin, je crois que je n’au­rais pas aimé faire des études lit­téraires. Je défends farouche­ment mon côté auto­di­dacte.

    Quand j’ai fait le mas­ter 2 à Lus­sas, par moments j’ai vrai­ment beau­coup aimé. Je pense notam­ment à des inter­venants comme Claire Ather­ton qui ont pro­fondé­ment mar­qué l’idée que je me fais du mon­tage. Il y a des gens comme ça avec qui vous tra­vaillez qua­tre-cinq jours mais qui vous lais­sent une trace indélé­bile. Mais à Lus­sas, il y a aus­si des choses qui m’ont vrai­ment refroi­di. Je crois que les écoles de ciné­ma, ça n’ex­iste pas. Ça avait peut-être un sens avant, aux temps des écoles russ­es, améri­caines, où les gens dis­cu­taient entre eux pour trou­ver une forme pour dire ce qu’il y avait à dire. Mais aujour­d’hui, le ciné­ma est par­ti dans telle­ment de direc­tions pos­si­bles et ce qu’il y a à dire est telle­ment pro­pre à cha­cun que je trou­ve com­plète­ment absurde d’ap­pren­dre une manière de dire les choses. C’est vrai­ment sec­taire. Défendre un cer­tain ciné­ma, c’est déjà ne pas aimer le ciné­ma. J’aime autant L’In­specteur Tahar que Buster Keaton. Pour moi c’est la même chose. Un bon film c’est un bon film. Et il y a mille manières de le faire. L’im­por­tant c’est de trou­ver la sienne.

    Après avoir fini Lus­sas, j’ai eu envie de ren­tr­er à Alger pour trou­ver un endroit où je n’au­rais pas à courir der­rière l’ar­gent pour pay­er le loy­er. Je voulais pren­dre un an pour trou­ver quel ciné­ma j’avais envie de faire. J’ai passé l’an­née à regarder des films et à lire des livres. Demande à ton ombre se ter­mine par cette phrase de Césaire où il dit à pro­pos du Cahi­er d’un retour au pays natal que «c’é­tait le cri d’un homme, jeune et désori­en­té, se cher­chant et cher­chant une voix, c’est né comme ça». J’ai l’im­pres­sion de m’être approché de ma voie ciné­matographique, et ce film-là a beau­coup servi à cela. Sans rien renier à mes références, à ce que j’aime comme ciné­ma, j’ai l’im­pres­sion d’avoir réus­si à faire quelque chose qui me ressem­ble.

    Tu pens­es faire de la fic­tion aus­si ?

    Je ne fais pas de dis­tinc­tion entre fic­tion et doc­u­men­taire. Le pre­mier film que j’ai vu en retour­nant à Alger était Close Up d’Abbas Kiarosta­mi, et il a pro­fondé­ment changé ma vision des choses. Toutes les ques­tions de fron­tière entre fic­tion, doc­u­men­taire, réel, imag­i­naire… m’ont sem­blé telle­ment futiles quand j’ai vu ce film. Et je crois de plus en plus que ce sont des ques­tions de pro­duc­teurs. Quand tu as besoin d’une scène et que tu n’ar­rives pas à l’avoir de manière doc­u­men­taire, tu la mets en scène et puis c’est tout, l’im­por­tant c’est que les deux marchent ensem­ble, que cela fasse un film à la fin.

    Au moment du mon­tage, quelles sont les autres direc­tions qu’au­rait pu pren­dre le film ?

    Beau­coup de séquences et de rush­es ont été écartés lors du mon­tage, je n’ai finale­ment gardé que ce qui pou­vait faire sor­tir d’un côté les ques­tions exis­ten­tielles type bon­heur, rôle du ciné­ma dans la vie, place du rêve dans la vie, retour pos­si­ble au pays, et d’un autre les ques­tions poli­tiques – faire sen­tir la ten­sion de ce que c’est que de vivre à Alger, faire exis­ter l’im­age des jeunes qu’on n’é­coute pas d’habi­tude et soulign­er les ten­sions généra­tionnelles. Hier par exem­ple, un spec­ta­teur m’a demandé pourquoi les jeunes de la cave par­laient de façon si vul­gaire. En vérité, ils ne par­lent pas de façon vul­gaire, ils par­lent comme tout le monde dans la rue. Vous prenez cette même per­son­ne qui a posé la ques­tion, vous la met­tez dehors à Alger, elle ne trou­vera pas bizarre que les gens par­lent comme ain­si. Mais au ciné­ma, cela doit être dif­férent ! En Algérie, on a longtemps pen­sé que le ciné­ma devait aller dans une direc­tion et la vie dans une autre, il serait temps qu’on les fasse chem­iner dans la même direc­tion. D’au­tant plus que le ciné­ma est l’art le plus proche de la vie !

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