Jitters
  • Jitters
  • (Órói)
  • Islande2010
  • Réalisation : Baldvin Zophoníasson
  • Scénario : Baldvin Zophoníasson, Ingibjörg Reynisdóttir
  • Image : Jóhann Máni Jóhannsson
  • Montage : Sigurbjorg Jónsdóttir
  • Musique : Olafur Arnalds
  • Producteur(s) : Ingvar Þórðarson, Júlíus Kemp
  • Interprétation : Atli Óskar Fjalarsson (Gabriel), Hreindís Ylva Garðarsdóttir (Stella), Haraldur Ari Stefánsson (Markús), Gísli Örn Garðarsson (Haraldur), María Birta (Júdit)
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 20 juin 2012
  • Durée : 1h33

Désirs adolescents


Désirs adolescents

Pre­mier long-métrage de Bald­vin Zophonías­son, Jit­ters s’intéresse à une bande d’adolescents islandais qui, pen­dant les grandes vacances esti­vales, vit l’expérience de l’indépendance en marge de l’autorité famil­iale. Avec une vraie empathie pour ses per­son­nages, le réal­isa­teur se risque à un por­trait généra­tionnel un peu mal fagoté mais pas déplaisant, tan­dis que les adultes sont le véri­ta­ble talon d’Achille de cette œuvre un peu trop frag­ile pour con­va­in­cre vrai­ment.

Les pre­mières scènes du film ne lais­sent pas vrai­ment présager ce que sera le film par la suite. En plein cœur de l’été (qui, avouons-le, n’a rien de très col­oré ni ensoleil­lé), Gabríel, un ado­les­cent de seize ans, est envoyé en Grande-Bre­tagne pour y suiv­re des cours d’anglais. Sur place, il partage sa cham­bre avec un jeune indis­ci­pliné au charme androg­y­ne. Un soir, l’un et l’autre ayant un peu trop bu, ils vont suc­comber à la ten­ta­tion du bais­er avant de ren­tr­er cha­cun de leur côté. Le canevas est archi-rebat­tu et on s’attend dans un pre­mier temps à l’examen minu­tieux des désirs con­tra­dic­toires de cet ado­les­cent en proie à la décou­verte de lui-même. Beau­coup de pro­duc­tions gays ont suff­isam­ment exploré cette voie pour don­ner le sen­ti­ment que ce type de films ne fait plus qu’enfoncer des portes ouvertes. Peut-être con­scient en cours de route de ce qui pour­rait rapi­de­ment représen­ter la lim­ite de son pro­pos, le réal­isa­teur islandais bifurque et, plutôt que de se borner au par­cours de ce per­son­nage, va s’intéresser aux frasques de son groupe d’amis. Au sein de celui-ci, suff­isam­ment de thèmes sont abor­dés pour nour­rir une sai­son entière de Généra­tion Col­lège (infidél­ité, sui­cide, homo­sex­u­al­ité, quête du père incon­nu, racisme, etc.) mais Jit­ters évite de se com­plaire dans les écueils soci­ologiques pour mieux capter ces imper­cep­ti­bles change­ments qui font pro­gres­sive­ment bas­culer les enfants dans l’âge adulte.

La référence du réal­isa­teur serait donc plutôt Angela, 15 ans, série typ­ique­ment 90’s qui dévoilait à l’époque une qual­ité d’écriture extrême­ment rare pour ce type de for­mat. Seule­ment, là où cette pro­duc­tion avait la finesse de ne pas oppos­er de manière manichéenne ado­les­cents et par­ents mais plutôt de cul­tiv­er une cer­taine idée de la perte (du mod­èle, notam­ment, avec ce que l’adolescence peut com­porter de désacral­i­sa­tion du monde adulte), Jit­ters ne parvient qua­si­ment jamais à restituer cette ambiguïté et fige la cel­lule famil­iale dans ses échecs à main­tenir un dia­logue. La plu­part du temps, c’est le par­ent qui est en faute : un père trop en retrait, une mère bor­der­line, une autre envahissante ou encore une grand-mère réac­tion­naire, etc. Le tableau est par­fois acca­blant (la scène de l’enterrement, par exem­ple) alors que les jeunes dépeints par Bald­vin Zophonías­son, mis à part quelques cuites inof­fen­sives, sor­tent rarement du chemin que leur dicte le bon sens. C’est d’autant plus dom­mage que le réal­isa­teur ne se laisse pas trop piéger par les tics de mise en scène typ­ique du « film indé » (caméra à l’épaule, éclairage naturel) et qu’il parvient, aidé par une galerie de jeunes acteurs au dia­pa­son, à restituer une cer­taine réal­ité du quo­ti­di­en des ado­les­cents islandais, quelque part entre opu­lence et ennui, échoués sur un ter­ri­toire décidé­ment bien trop grand pour eux.

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