80 jours
  • 80 jours
  • (80 Egunean)
  • Espagne2010
  • Réalisation : José Mari Goenaga, Jon Garaño
  • Scénario : José Mari Goenaga, Jon Garaño
  • Image : Javi Agirre Erauso
  • Son : Iñaki Diez
  • Montage : Raúl López
  • Musique : Pascal Gaigne
  • Producteur(s) : Xabier Berzosa
  • Production : Irusoin
  • Interprétation : Itziar Aizpuru (Axun), Mariasun Pagoaga (Maite), José Ramón Argoitia (Juan Mari), Zorion Egileor (Julian), Ane Gabarain (Josune), Patricia López (Garazi)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 13 juin 2012
  • Durée : 1h45

País vasco y libertad


País vasco y libertad

Après Ander de Rober­to Castón en 2010, un nou­veau film espag­nol s’intéresse, en basque, à l’homosexualité. Présen­tée cette fois en milieu urbain et entre deux femmes, elle a cette par­tic­u­lar­ité dans le film de Jon Garaño et José Mari Goe­na­ga qu’elle est le fait de femmes âgées. L’une, les­bi­enne assumée, retrou­ve à l’hôpital une amie d’enfance, mar­iée. Ces retrou­vailles inat­ten­dues réveil­lent chez les deux femmes une anci­enne atti­rance, jusqu’alors refoulée.

Les 80 jours du titre, ce sont ceux pen­dant lesquels Axun et Maite, deux amies d’enfance désor­mais retraitées, vivent ensem­ble un inter­mède – d’abord ami­cal; ensuite et au prix de quelques efforts con­tre la tra­di­tion, amoureux. À peine amoureux car Axun, mar­iée et habituée aux com­mérages obtus de ses amies vil­la­geois­es, a un sacré tra­vail à accom­plir pour admet­tre qu’il se passe quelque chose avec Maite. Avec une cer­taine justesse, les deux réal­isa­teurs et scé­nar­istes dépeignent cet antag­o­nisme entre les deux femmes, ain­si que les men­tal­ités sclérosées des anciens du Pays basque. Mais c’est une justesse théorique seule­ment, qui tient plus au thème du film qu’à son développe­ment, naïf et assez clas­sique, sans aspérité mal­gré les enjeux qu’il cherche à incar­n­er.

Les dia­logues comme les sit­u­a­tions, atten­dus et sou­vent plats, ne cessent de liss­er un sujet intéres­sant. Peu de ten­sion à l’horizon: la sex­u­al­ité de ces sep­tu­agé­naires est com­plète­ment éludée – on est loin de Sep­tième ciel dans cette représen­ta­tion d’un amour au troisième âge – et cela au prof­it des doutes sen­ti­men­taux d’une vieille femme qui se décou­vre piégée dans son quo­ti­di­en. Entre une fille ingrate réfugiée sur un autre con­ti­nent et un mari qui attend le dîn­er les pieds sous la table, c’est l’enfermement d’une société tra­di­tion­al­iste qui est remis en cause par cette escapade de qua­tre-vingts jours. Le film ne parvient jamais à se libér­er du con­formisme qu’il met en scène – et la romance som­bre trop vite dans la car­i­ca­ture. Les réal­isa­teurs can­ton­nent leurs pro­tag­o­nistes à cette amourette trop peu sen­si­ble, ren­due ris­i­ble par des flash-backs sépia sur le pre­mier bais­er des jeunes filles cinquante ans plus tôt, et ne parvi­en­nent jamais à met­tre en per­spec­tive les tabous du troisième âge et de l’homosexualité.

Quelque­fois des per­son­nages sec­ondaires – une nièce per­spi­cace, un vieil homme amoureux de sa col­lègue les­bi­enne – vien­nent rap­pel­er, le temps d’un regard, la justesse qui manque à ces pro­tag­o­nistes. Et pré­cisé­ment, le pro­pos du film s’inverse et c’est un per­son­nage et une per­spec­tive dif­férents qui devi­en­nent cap­ti­vants. Le quo­ti­di­en tra­di­tion­nel, l’acceptation de son machisme ordi­naire sont tout à coup dépassés par le désar­roi d’un vieil homme, d’un con­joint lais­sé pour compte et qui ne sait plus vivre. Con­tre­poids à la lib­erté sup­posée de la rela­tion entre Axun et Maite, la représen­ta­tion de la dépen­dance créée par le cou­ple per­met aux réal­isa­teurs de créer une ten­sion qui, enfin, n’est ni désuète ni naïve. Mal­gré le manque relatif de sub­til­ité du motif qui cristallise cet enjeu (Juan Mari, le mari délais­sé d’Axun, n’arrive pas à ouvrir ses ver­rines sans l’aide de sa femme), le film se met en mou­ve­ment et, si la jalousie du per­son­nage et son inca­pac­ité à envis­ager l’homosexualité de sa femme per­me­t­tent de don­ner un peu d’humour à cer­taines sit­u­a­tions, il est le seul qui parvient à don­ner corps et con­sis­tance au trou­ble amoureux que les réal­isa­teurs cherchent inlass­able­ment à incar­n­er.

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Une vie secrète
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