Familystrip

Familystrip

de Lluís Miñarro

  • Familystrip
  • Espagne2009
  • Réalisation : Lluís Miñarro
  • Image : Pablo García Pérez de Lara, Christophe Farnarier
  • Son : Verónica Font, Francesc Nadal
  • Montage : Sergi Dies, Valentina Mottura
  • Musique : « Méditerranéen » de Georges Moustaki, « Il Mondo » de Jimmy Fontana, « The Fairy Queen » de Henry Purcell
  • Producteur(s) : Eddie Saeta
  • Interprétation : María Luz Albero Clavo (la mère), Francesc Miñarro Bermejo (le père), Lluís Miñarro, Francesc Herrero (le peintre), Pablo García Pérez de Lara, Verónica Font...
  • Post-production : Oscar Peláez
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 23 mai 2012
  • Durée : 1h10

Familystrip

de Lluís Miñarro

Portrait d'un tournage


Portrait d'un tournage

On con­naît Lluís — ou Luis — Miñar­ro comme un pro­duc­teur de films avisé : son nom est notam­ment asso­cié aux derniers films d’O­liveira, à Albert Ser­ra, voire — loin de ses racines cata­lanes — à Oncle Boon­mee. Cepen­dant, on peut se deman­der si ce CV flat­teur n’a pas joué plus que de rai­son dans l’ac­ces­sion aux salles de cette pre­mière réal­i­sa­tion, pas totale­ment dénuée d’in­térêt, néan­moins anec­do­tique.

C’est l’oc­ca­sion qui a fait le lar­ron. En 2009, Lluís Miñar­ro et ses par­ents se font tir­er le por­trait par un pein­tre local, dans une pos­ture clas­sique : eux assis et ten­ant cha­cun un objet métapho­risant au mieux ce qui les définit, lui debout au cen­tre et appuyé sur eux. Pen­dant qu’ils posent, le fils fait par­ler les anciens : sur la ren­con­tre de ce Cata­lan et de cette Andalouse au temps de la république espag­nole des années 1930, sur les tour­ments de la guerre civile où papa a été avi­a­teur, sur le car­can social con­cer­nant les pra­tiques sex­uelles, sur les nais­sances suc­ces­sives, etc. Et dans la foulée, il décide de filmer le proces­sus, et de se filmer en train de le filmer — en noir et blanc[ref]Pourquoi faut-il que les pho­tos de presse de films récents tournés en noir et blanc soient tou­jours en couleur ?[/ref], choix qui, un peu plus qu’une coquet­terie de fes­ti­val, a l’a­van­tage d’ap­puy­er le peu d’im­por­tance qu’il accorde au résul­tat de la pein­ture, lui préférant la cap­ta­tion des pos­tures et de la parole. Voilà : Fam­ilystrip est en quelque sorte un film de famille par­venu sur grand écran, prenant bête­ment au mot la déf­i­ni­tion d’un film comme “doc­u­men­taire sur son pro­pre tour­nage” (dix­it Riv­ette), et dont on espère que son intérêt dépasse le sim­ple débal­lage famil­ial inof­fen­sif et la sat­is­fac­tion de se regarder filmer. C’est — un peu — le cas.

Portrait d’un groupe éphémère

Fam­ilystrip ne tire guère de matière des évo­ca­tions des par­ents, pas inin­téres­santes en elles-mêmes (sauf pour les plus blasés — et ils sont nom­breux par­mi les cri­tiques de ciné­ma…), mais qui n’amè­nent ici aucun appro­fondisse­ment, aucune piste à suiv­re pour que le film puisse dépass­er résol­u­ment son petit cadre auto­cen­tré. Lluís Miñar­ro, de toute évi­dence, est attiré par autre chose. Tirant prof­it de la fix­ité des posi­tions attribuées à chaque inter­venant (par­ents en pose, pein­tre, équipe de tour­nage), c’est sa caméra qui crée la matière en tâchant de matéri­alis­er les inter­ac­tions entre cha­cun. Elle va et vient entre le père et la mère tan­dis qu’ils devisent en s’adres­sant par­fois l’un à l’autre, comme si elle traquait une trans­mis­sion invis­i­ble et non dite, absente des dia­logues, entre les amants de longue date. Sur ce, d’autres s’im­mis­cent dans la con­ver­sa­tion pour l’en­tretenir, tels des intrus amenés par des plans cut et des voix off : le pein­tre, mais aus­si la pre­neuse de son, un opéra­teur caméra… Le fils Miñar­ro se sub­stitue en quelque sorte au pein­tre, pour élargir le cadre de papa et maman à un por­trait de groupe, se lais­sant aller à filmer ce micro­cosme où on s’ef­force de com­mu­ni­quer des expéri­ences, des parts de vérité. Il n’ig­nore pas pour autant ces moments où les indi­vidus s’é­car­tent de cette com­mu­nion et se retirent en eux-mêmes, comme dans ce plan du pein­tre au repos, isolé dans un coin sous une pho­to de Chap­lin, et dont on appren­dra au générique de fin qu’il s’est don­né la mort peu de temps après, à l’âge de 27 ans (les par­ents Miñar­ro sont égale­ment morts, de leur grand âge, dans les mois qui ont suivi le tour­nage). Fam­ilystrip tire sa mod­este valeur de cela, de cette pein­ture des échanges dans une com­mu­nauté éphémère, jusqu’au plus triv­ial (la scène de repas réu­nis­sant tout ce monde pour l’an­niver­saire de Lluís : un brin com­plaisante dans l’ap­pel à la con­vivi­al­ité et le cen­trage sur soi). Pas tout à fait un pre­mier film pour rien.

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