La Cabane dans les bois

La Cabane dans les bois

de Drew Goddard

  • La Cabane dans les bois
  • (The Cabin in the Woods)
  • États-Unis2011
  • Réalisation : Drew Goddard
  • Scénario : Drew Goddard, Joss Whedon
  • Image : Peter Deming
  • Son : David Husby
  • Montage : Lisa Lassek
  • Musique : David Julyan
  • Producteur(s) : Joss Whedon, John Swallow
  • Production : Mutant Enemy
  • Interprétation : Kristen Connolly (Dana), Chris Hemsworth (Curt), Anna Hutchison (Jules), Fran Kranz (Marty), Jesse Williams (Holden), Richard Jenkins (Sitterson), Bradley Whitford (Hadley)…
  • Date de sortie : 2 mai 2012
  • Durée : 1h35

La Cabane dans les bois

de Drew Goddard

There will be blood


There will be blood

Cinq jeunes gens isolés dans une cabane au fond des bois : voilà une sit­u­a­tion qui suf­fit en elle-même à con­vo­quer toute une mémoire de ciné­ma d’horreur (Evil Dead en tête). Donc par là même, un ter­reau idéal pour l’entreprise de décon­struc­tion du genre à laque­lle se livre Drew God­dard dans La Cabane dans les bois, sa pre­mière réal­i­sa­tion. Avec une habileté extrême et un sens aigu du diver­tisse­ment, ce scé­nar­iste chevron­né donne à un banal point de départ d’insoupçonnables développe­ments.

La présen­ta­tion des pro­tag­o­nistes de l’histoire suf­fit à planter un décor qui pour­rait sem­bler sim­ple­ment par­o­dique : la sage rousse, la blonde délurée, le sportif décom­plexé, le fumeur de joints et bien sûr « l’intello ». Mais Drew God­dard intro­duit d’emblée au sein de ces fig­ures famil­ières des détails dis­cor­dants : ain­si par exem­ple, c’est le sportif décom­plexé qui recom­mande à la sage rousse quels livres à emporter avec elle pour leur virée, plutôt que l’intello. Voilà qui est louche…

Dès la scène inau­gu­rale et pro­gres­sive­ment tout au long du film, un con­tre-réc­it est dévelop­pé de façon inverse­ment symétrique au pre­mier : l’histoire des jeunes part d’une somme de clichés pour s’en détourn­er pro­gres­sive­ment, tan­dis que le réc­it par­al­lèle part d’une sit­u­a­tion incom­préhen­si­ble, dont les ten­ants et aboutis­sants seront dévoilés petit à petit. Jolie prouesse de la part des scé­nar­istes que d’avoir trou­vé le juste dosage pour que la réten­tion d’information n’entrave jamais le plaisir mais l’amplifie au con­traire – sans même par­ler de la prouesse que représente l’imposition à l’industrie ciné­matographique de choix aus­si peu con­formes aux lois du genre. D’un côté, donc, l’ambiance ter­reuse de la forêt et la pro­gres­sion de per­son­nages inno­cents vers un sort for­cé­ment funeste. De l’autre, des hommes et femmes impas­si­bles dans des cadres lumineux et asep­tisés. Le réal­isa­teur orchestre la par­tie de ping-pong entre ces deux univers avec force inven­tiv­ité, pour un résul­tat pro­pre­ment jubi­la­toire.

On ne s’étonnera pas que Drew God­dard et Joss Whe­don, co-auteurs du scé­nario, aient d’abord col­laboré sur la série Buffy con­tre les vam­pires. Non pas que La Cabane dans les bois en soit très proche en sur­face – l’un comme l’autre ten­tent de don­ner une image de leur époque pro­pre, ce qui suf­fit à les ren­dre très dif­férents – mais l’on y retrou­ve un même esprit, alliant une dis­tance ironique à une grande sincérité. La Cabane dans les bois se démar­que tout autant des films de tor­ture-porn qu’il cri­tique implicite­ment que du relatif cynisme de cer­taines entre­pris­es de décon­struc­tion du genre aux­quelles il pour­rait s’apparenter (la fran­chise Scream, typ­ique­ment) : par-delà les pirou­ettes intel­lectuelles que les auteurs se plaisent à met­tre en place, détru­isant une à une toutes nos attentes de spec­ta­teurs, l’estime qu’ils por­tent à leurs per­son­nages reste, elle, inébran­lable.

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