Tue-moi

Tue-moi

de Emily Atef

  • Tue-moi
  • (Töte mich)
  • Allemagne, France, Suisse2011
  • Réalisation : Emily Atef
  • Scénario : Emily Atef, Esther Bernstorff
  • Image : Stéphane Kuthy
  • Son : Olivier Dandré
  • Montage : Béatrice Babin
  • Musique : Cyril Atef, Manfred Eicher
  • Producteur(s) : Nicole Gerhards, Hejo Emons, Stefan Schubert
  • Interprétation : Maria Dragus (Adèle), Roeland Wiesnekker (Timo), Wolfram Koch (Julius), Christine Citti (Claudine)
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Date de sortie : 25 avril 2012
  • Durée : 1h31

Tue-moi

de Emily Atef

Aller de l'avant


Aller de l'avant

Troisième film de la jeune réal­isatrice fran­co-irani­enne Emi­ly Atef, Tue-moi prou­ve un tal­ent évi­dent de mise en scène en même temps qu’une forte dépen­dance au scé­nario.

À la faveur d’un incendie, lui s’est évadé de prison. Traqué, il fuit dans les forêts alle­man­des. Il pro­gresse de ferme en petite route, le corps tassé et tra­pu, le vis­age ren­frogné, gag­né par la barbe qui ne laisse appa­raître que des plis de peau et les billes blanch­es de ses yeux qui roulent. La peur et la men­ace ne ten­dent pas son corps, elles l’arrondissent comme une boule de caoutchouc ou le dos d’un gros félin. Elle, entame tout juste l’adolescence et veut se sui­cider. Inca­pable de faire le pas, elle accepte de l’aider lorsqu’elle le trou­ve ter­ré dans la mai­son de ses par­ents. En échange, il devra la tuer une fois en sécu­rité. D’ici là elle écoute tant qu’elle peut sa déter­mi­na­tion triste et qu’elle parvient mal à trans­former en rage. Son vis­age rond passe de l’enfant à la femme, le corps de l’androgyne aux formes. Sa jeunesse l’ouvre comme une fleur chaque minute parce que chaque minute con­tient un soleil et un drame.

Tue-moi est l’histoire de ces deux belles détress­es, moins de leur ren­con­tre que de leur alliance comme deux bêtes se tolèrent. Emi­ly Atef, jeune réal­isatrice dont le tra­vail fait écho à la nou­velle vague alle­mande, avait signé en 2008 L’Étranger en moi, où une mère ne ressen­tait pas l’amour prévu à l’arrivée de son enfant. La ques­tion du pas­sage à l’acte est omniprésente chez Atef même si, à l’évidence, il ne sera jamais franchi. C’est le fan­tasme qui pousse jusqu’à la dernière marche avant le vide, qui tour­mente les esprits et les excite, et c’est aus­si un riche axe dra­maturgique. La réal­isatrice a le don de ren­dre l’urgence vis­cérale et d’inoculer au spec­ta­teur l’angoisse des per­son­nages. La réus­site de sa mise en scène, à la fois frontale et sim­ple, est peut-être de par­venir à enreg­istr­er les soubre­sauts avec les creux, les à‑côté de la détresse qui la ren­dent réelle, pal­pa­ble et plus forte car aléa­toire et capa­ble de sur­gir à tout instant. Tue-moi danse con­stam­ment sur une alter­nance de vifs crescen­dos et decrescen­dos qui le ren­dent hale­tant.

La détresse des deux per­son­nages est belle, et on louera à égal­ité la réal­isatrice et les acteurs (Maria Dra­gus, vue dans Le Ruban blanc, et Roe­land Wies­nekker) pour la partager si pleine­ment. Il y a pour­tant un prob­lème : le film ne se résume pas à cette détresse, il con­tient aus­si son expli­ca­tion, et elle est mal­adroite en plus d’être super­flue. Les trente pre­mières min­utes plantent un décor pesant où dia­logues et scé­nario s’obstinent à jus­ti­fi­er les atti­tudes et à for­muler les implicites. La mort du frère n’avait par exem­ple nul besoin d’être évo­quée, et on n’avait à vrai dire aucune envie d’avoir une expli­ca­tion sur l’envie de mourir de la jeune Adele. Emi­ly Atef con­stru­it à recu­lons une sit­u­a­tion comme si on l’obligeait, ou par peur d’une plus grande rad­i­cal­ité du réc­it, avant de s’ébrouer dans la pour­suite qui suit, l’affrontement de corps et de regards où plus rien ne compte que l’animalité et les sens affolés. Du coup, à chaque fois que le scé­nario reprend le dessus – expo­si­tion, ren­con­tre avec la femme seule, ren­con­tre avec le frère, scènes du polici­er devant la mai­son du frère – le film enchaîne lour­deurs et prévis­i­bil­ité. Heureuse­ment, Tue-moi est un film qui court et le temps de con­stater une facil­ité, le réc­it déjà est ailleurs pour la faire oubli­er.

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