L’Enfant d’en haut

L’Enfant d’en haut

de Ursula Meier

  • L’Enfant d’en haut
  • Suisse, France2012
  • Réalisation : Ursula Meier
  • Scénario : Antoine Jaccoud, Ursula Meier, Gilles Taurand
  • Image : Agnès Godard
  • Décors : Ivan Niclass
  • Costumes : Anna Van Brée
  • Montage : Nelly Quettier
  • Musique : John Parish
  • Producteur(s) : Denis Freyd, Ruth Waldburger
  • Production : Archipel 35, Vega Film
  • Interprétation : Léa Seydoux (Louise), Kacey Mottet Klein (Simon), Martin Compston (Mike), Gillian Anderson (la femme anglaise), Jean-François Stévenin (le chef cuisinier)...
  • Date de sortie : 18 avril 2012
  • Durée : 1h37

L’Enfant d’en haut

de Ursula Meier

Des hauts et des bas


Des hauts et des bas

On avait appré­cié Home, le pre­mier long-métrage d’Ursula Meier, son tra­vail sur l’espace et sa capac­ité à faire émerg­er des rup­tures de ton. L’Enfant d’en haut con­firme un regard sin­guli­er, peut-être un peu trop sûr de ses effets.

Home était organ­isé par l’horizontalité et des lignes de fuite, L’Enfant d’en haut reprend l’idée de principes spa­ti­aux très affir­més, cette fois dans le sens de la ver­ti­cal­ité. Comme le titre l’indique, il y a bien un « haut » – une sta­tion de ski suisse hup­pée –, mais aus­si un « bas » : une terne val­lée encais­sée dont les tons maron­nass­es con­trastent avec l’or blanc faisant la for­tune des som­mets. Cette lim­pid­ité de l’opposition spa­tiale est aus­si sociale : Simon (con­va­in­cant Kacey Mot­tet Klein), douze ans, enfant d’en bas, fait la navette quo­ti­di­en­nement pour détrouss­er les nan­tis et faire com­merce de ses pris­es (skis, lunettes, gants, vête­ments…) avec le peu­ple de la val­lée. Il opère avec une abné­ga­tion minu­tieuse, dont on ne sait dans un pre­mier temps si elle est por­teuse d’une néces­sité vitale, d’un revan­chisme social ou d’une clep­tomanie aiguë. On ne tarde pas à être ren­seigné : il vit avec Louise (Léa Sey­doux), sa sœur, que l’on peut car­ac­téris­er comme une paumée (per­dant son boulot, pas­sant de bras en bras de types con­duisant des bag­noles). Ceci dans un apparte­ment bla­fard, où l’argent manque. Les méfaits de Simon main­ti­en­nent ain­si le ménage à flot.

Par­tant de l’idée d’une bulle utopique et har­monieuse où la vie se con­fondait avec le jeu et la com­plic­ité, Home dévi­ait de sa tra­jec­toire en direc­tion d’une cel­lule ren­due haute­ment pathogène du fait de la remise en ser­vice de l’autoroute désaf­fec­tée au bord de laque­lle la famille avait trou­vé refuge pour se pro­téger du monde. L’Enfant d’en haut n’y va pas par qua­tre chemins : la famille n’existe – apparem­ment – pas ; les adultes ayant déserté, ces deux jeunes gens sont totale­ment livrés à eux-mêmes. À la fois vachard et fusion­nel – y com­pris par la prox­im­ité ambiguë des corps –, le car­ac­tère étrange du lien est fait pour inter­roger. Et il inter­rogera plus encore à la suite de la révéla­tion d’un sacré pot aux ros­es. Sans le dévoil­er, le rédac­teur sig­nale que la ficelle est un peu grosse tant elle sem­ble se jus­ti­fi­er avant tout comme une « relance » d’un scé­nario peut-être un peu ténu.

D’une manière générale, Ursu­la Meier force un peu ce qu’elle fai­sait émerg­er pro­gres­sive­ment et habile­ment dans Home. Ain­si, la dimen­sion anx­iogène du resser­re­ment des espaces est livrée dès la scène d’ouverture par la mise en scène, en fil­mant près, sur le corps du garçon, en le con­tenant dans des espaces exi­gus. De même, la ten­sion entre le dedans et le dehors ne vit pas d’une manière dynamique – le son de l’autoroute qui s’immisce dans la bulle de l’appartement, ultime refuge vis-à-vis d’un monde extérieur menaçant. Trop claire d’une manière générale, la logique de l’étau ne fait pas assez mys­tère ; on com­prend vite que l’outil va se refer­mer.

Pour autant, ces réserves ne suff­isent pas à bal­ay­er L’Enfant d’en haut d’un revers de la main. Si la cinéaste dévoile trop son jeu, le car­ac­tère fuyant du per­son­nage de Louise finit par faire sens, à défaut de le ren­dre com­plète­ment con­va­in­cant. Et surtout, elle parvient à faire dur­er celui du brig­and des mon­tagnes. Ursu­la Meier en fait un être déter­miné assez abstrait de gestes et d’actes, lancé dans une fuite en avant, for­mu­lant ain­si une souf­france opaque. Quand une mère de sub­sti­tu­tion sem­ble point­er son nez, il se trans­forme en petit homme, séduc­teur et gail­lard. Dans cette intéri­or­ité cou­ve une vio­lence qui main­tient la pres­sion sur le réc­it. On le voit aus­si occu­per dif­férents états soci­aux : du tri­om­phe d’un mag­nat se restau­rant royale­ment affalé sur une cou­ver­ture en four­rure à celui de piteux vendeur ambu­lant sur le bord d’une morne route de la val­lée. À ce sujet, la logique ver­ti­cale entre « haut » et « bas » fonc­tionne selon une dialec­tique plus riche. Comme une sorte d’Icare, à trop avoir voulu être un homme et s’élever au dessus de sa con­di­tion, Simon s’est brûlé les ailes. Ne lui reste plus qu’à retrou­ver l’état d’enfant, et à crois­er la route d’une mère.

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