Normal !

Normal !

de Merzak Allouache

  • Normal !
  • Algérie, France2011
  • Réalisation : Merzak Allouache
  • Scénario : Merzak Allouache
  • Image : Hocine Hadjali
  • Montage : Nadia ben Rachid, Lucie Sautarel
  • Musique : Yahia Bouchaala
  • Producteur(s) : Yacine Djadi, Véronique Zerdoun
  • Interprétation : Adila Bendimerad (Amina), Nouha Mathlouti (Lamia), Nadjib Oulebsir (Fouzi), Nabil Asli (Nabil), Mina Lachter (Mina), Samir el-Hakim (Samir), Ahmed Benaïssa (l'acteur)
  • Date de sortie : 21 mars 2012
  • Durée : 1h51

Normal !

de Merzak Allouache

Révolution en chambre


Révolution en chambre

En marge des march­es pour la lib­erté et la citoyen­neté qui se sont déroulées à Alger en 2011, le cinéaste Merzak Allouache mélange fic­tion et approche doc­u­men­taire pour inter­roger le devenir de la nou­velle généra­tion. Ver­beux et bien trop timide sur le plan poli­tique, Nor­mal ! s’enlise rapi­de­ment dans les lim­ites de son dis­posi­tif au point de devenir con­tre­pro­duc­tif.

En amont de Nor­mal ! exis­tait un autre pro­jet de Merzak Allouache, une fic­tion inti­t­ulée Wel­come Africa !, avortée pour des raisons à la fois poli­tiques et finan­cières (la sec­onde allant rarement sans la pre­mière). C’est dans cette expéri­ence per­son­nelle que le réal­isa­teur a puisé la trame de ce qui allait être l’objet fini : l’histoire d’un réal­isa­teur algérien qui, deux ans après avoir tourné ses pre­miers rushs jugés insat­is­faisants, con­voque à nou­veau ses acteurs pour les son­der sur la direc­tion à don­ner au pro­jet final. Pré­texte à mélanger l’intime au poli­tique, à con­fron­ter des points de vue généra­tionnels sur la lib­erté d’expression et de créa­tion (le film dans le film abor­de la ques­tion d’une pièce de théâtre cen­surée par les autorités com­pé­tentes), Nor­mal ! est cen­sé don­ner la tem­péra­ture algéri­enne en matière de reven­di­ca­tions poli­tiques. Pour cela, le film joue la carte de la porosité entre fic­tion (un scé­nario et des dia­logues écrits) et approche plus doc­u­men­taire (Alger filmé – trop rarement – à la volée, la pos­si­bil­ité pour les acteurs d’improviser l’interprétation de leur texte).

Dif­fi­cile de ne pas louer l’intention ini­tiale de Merzak Allouache même si, à tra­vers cette mise en abyme par­fois un peu grossière, la pré­ten­tion n’est pas moins de jouer les porte-parole d’une généra­tion opprimée dans son désir d’émancipation. On sent égale­ment que le réal­isa­teur s’est accom­modé des faibles moyens dont il dis­po­sait et du jeu approx­i­matif de cer­tains de ses acteurs, vis­i­ble­ment pas tou­jours à l’aise avec le rôle qu’on leur fait jouer. Au départ, tout cela aurait presque ten­dance à jouer en faveur du film : trou­blant lorsqu’il s’agit de faire exis­ter le pro­jet fic­tion­nel ini­tial, plus figé lorsque l’approche doc­u­men­taire est cen­sée primer, Nor­mal ! a le mérite de brouiller un peu les pistes et d’intriguer là où on ne l’attend pas for­cé­ment. Dans la pre­mière par­tie, le pro­jet joue assez habile­ment de la ques­tion du hors-champ – les man­i­fes­ta­tions, la révolte pop­u­laire – pour mieux con­fron­ter le théorique (écrire un scé­nario, penser un long-métrage) à la réal­ité du pays. Seule­ment, ce qui con­stitue le nerf cen­tral du pro­jet, la lim­ite du film dans le film, devient rapi­de­ment son point de non-retour et le fait s’écrouler comme un château de cartes.

Point de bas­cule de Nor­mal !, la scène où tous les comé­di­ens, la scé­nar­iste et le réal­isa­teur se retrou­vent pour dis­cuter des rushs qu’ils vien­nent de vision­ner révèle au moins la faib­lesse du pro­pos, sinon le manque de courage du pro­jet ini­tial. En ten­tant d’injecter de l’authenticité dans les dia­logues et la direc­tion d’acteurs (qui s’en réfèrent pour­tant à des lignes bien écrites), Merzak Allouache donne surtout le sen­ti­ment qu’il singe une réal­ité qu’il n’a jamais véri­ta­ble­ment le courage d’affronter. Quand on repense au tour de force d’un Tahrir, place de la libéra­tion de Ste­fano Savona, on se demande bien pourquoi le réal­isa­teur est resté cloîtré la majeure par­tie du temps dans cet apparte­ment, ne s’intéressant qu’à une poignée de jeunes qu’il voudrait représen­tat­ifs d’une généra­tion opprimée. En pointant de manière éva­sive les dys­fonc­tion­nements d’une société tout en se gar­dant de désign­er les respon­s­abil­ités poli­tiques (on par­le d’une cen­sure éta­tique mais jamais des auteurs de ce musèle­ment), le réal­isa­teur donne surtout l’impression qu’il est un porte-parole au ven­tre mou qui inter­pellera davan­tage les Occi­den­taux. Merzak Allouache reste retranché der­rière des idéaux qui, à vouloir rassem­bler tout le monde, sem­blent dépourvus de toute rage.

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