© Wild Bunch Distribution
Eva

Eva

de Kike Maíllo

  • Eva
  • Espagne, France2011
  • Réalisation : Kike Maíllo
  • Scénario : Sergi Belbel, Cristina Clemente, Martí Roca, Aintza Serra
  • Image : Arnau Valls Colomer
  • Montage : Elena Ruiz
  • Musique : Evguéni Galperine, Sacha Galperine
  • Producteur(s) : Sergi Casamitjana, Aintza Serra, Lita Roig
  • Interprétation : Claudia Vega (Eva), Marta Etura (Lana), Daniel Brühl (Alex), Lluís Homar (Max)...
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 21 mars 2012
  • Durée : 1h34

Eva

de Kike Maíllo

Que vois-tu quand tu fermes les yeux ?


Que vois-tu quand tu fermes les yeux ?

Présent dans de nom­breux fes­ti­vals et même plusieurs fois primé, Eva est un film d’une beauté plas­tique superbe et sur­prenante à qui il manque un scé­nario un peu plus puis­sant pour enchanter totale­ment…

Eva est d’abord un film qui plonge le spec­ta­teur dans un univers, dans une atmo­sphère. Cela débute avec un générique éblouis­sant : des gouttes mor­dorées, qui lais­sent par­fois appa­raître une image col­orée, s’assemblent et for­ment une struc­ture com­plexe. Puis com­mence le film à pro­pre­ment par­ler… Paysages hiver­naux, forêts som­bres, éten­dues blanch­es où évolu­ent des hommes qu’on dirait sor­tis des années 1970 : lunettes mas­sives, barbes épaiss­es, cos­tumes cin­trés aux couleurs froides (mar­ron, gris, bleu). Mais, éton­nement : ils par­lent espag­nol et ils sont accom­pa­g­nés de robots… Ici, point de décor indus­tri­al­isé sans nature, point d’intérieur high-tech en inox monot­o­ne, point de vête­ments géométriques aux tis­sus far­felus. Kike Maíl­lo, qui signe son pre­mier long-métrage, a voulu créer un monde à la fois dis­tant et proche, et ce monde rétro-futur­iste parvient par­faite­ment à sus­citer chez le spec­ta­teur un sen­ti­ment ambigu où se mêlent étrangeté et famil­iar­ité.

Le scé­nario, lui aus­si, évolue de façon sin­gulière : pas de batailles inter­minables entre troupes démesurées, ni de com­bat manichéen entre le bien et le mal. Eva pro­pose un drame plus intimiste qui s’intéresse avant tout aux sen­ti­ments humains : Alex (Daniel Brühl), un ingénieur de renom est rap­pelé par la Fac­ulté de Robo­t­ique, après dix ans d’absence, pour créer le pre­mier robot libre : un enfant androïde. Il retrou­ve Lana (Mar­ta Etu­ra), son amour de jeunesse et son frère David (Alber­to Amman) qui ont refait leur vie ensem­ble. Il fait alors la con­nais­sance d’Eva (Clau­dia Vega), sa nièce de 10 ans qu’il veut pren­dre comme mod­èle pour son robot… Se pose peu à peu un cer­tain nom­bre de ques­tions: quelle est la respon­s­abil­ité du créa­teur face à sa créa­ture ? Est-il pos­si­ble de nouer avec une machine des liens aus­si forts qu’avec des hommes ? Y a‑t-il un sens à aimer une machine en sachant que ce n’est qu’une sim­u­la­tion ? Le spec­ta­teur se laisse facile­ment pren­dre par cette his­toire effi­cace qui ménage un cer­tain sus­pense. Cepen­dant, la force émo­tive et réflex­ive du film perd par­fois de son inten­sité à cause de sit­u­a­tions con­v­enues et d’une fin traitée trop rapi­de­ment (les révéla­tions et péripéties s’enchaînent sans laiss­er le temps aux per­son­nages d’exprimer leur ressen­ti et de s’interroger plus ouverte­ment).

Si le scé­nario manque par­fois un peu de force, il offre quelques belles scènes par­faite­ment mis­es en images. Les scénettes avec le robot à tout faire Max (Lluís Homar) et le chat Gris appor­tent judi­cieuse­ment une touche de légèreté dans la mon­tée de la ten­sion dra­ma­tique. Les plans les plus mémorables restent ceux du lab­o­ra­toire d’Alex où l’on retrou­ve les fasci­nantes gouttes mor­dorées du générique. Il s’agit, en fait de petits vol­umes de verre qui représen­tent un trait de car­ac­tère du robot; Alex les manie avec grâce et agilité offrant une choré­gra­phie sur­prenante de beauté (les effets spé­ci­aux du film ont été plusieurs fois récom­pen­sés). Mais toutes ces prouess­es tech­nologiques
ne seraient rien sans le tal­ent des acteurs, et en par­ti­c­uli­er de la jeune Clau­dia Vega qui inter­prète Eva. Mêlant la fragilité de l’enfance à la matu­rité de l’adulte, l’espièglerie à la grav­ité, la naïveté à la manip­u­la­tion, ou encore la joie à la dureté, le per­son­nage d’Eva séduit tout autant qu’il intrigue. Eva irradie le film et révèle les autres per­son­nages à eux-mêmes : que ce soit sur un mode comique avec Max (elle imite son rire mécanique, ce qui fait à nou­veau rire Max, qu’elle imite à son tour, et ain­si de suite) ou sur un mode plus dra­ma­tique avec Alex (notam­ment lorsqu’elle l’incite, mal­gré ses réti­cences, à pour­suiv­re
ses analy­ses robo­t­iques).

Eva est un film promet­teur : Kike Maíl­lo a réus­si à créer un monde fic­tion­nel aux com­posantes orig­i­nales dans lequel le spec­ta­teur se glisse avec le ravisse­ment des enfants à qui l’on racon­te une his­toire.

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