Les Monstres de l’espace

Les Monstres de l’espace

  • Les Monstres de l’espace
  • (Quatermass and the Pit)
  • Royaume-Uni1967
  • Scénario : Nigel Kneale
  • Image : Arthur Grant
  • Montage : Spencer Reeve
  • Musique : Tristram Cary
  • Producteur(s) : Anthony Nelson Keys
  • Interprétation : Andrew Keir (Professeur Martin Quatermass), Barbara Shelley (Barbara Judd), James Donald (Docteur Matthew Roney), Julian Glover (Colonel Breen)...
  • Durée : 1h37

Les Monstres de l’espace

Le complexe de Panurge


Le complexe de Panurge

Auteur d’une large fil­mo­gra­phie qui reste finale­ment assez neu­tre, le réal­isa­teur bri­tan­nique Roy “Ward” Bak­er a pour­tant, via quelques films, lais­sé une mar­que indélé­bile sur le ciné­ma et la télévi­sion anglais. Faiseur con­scien­cieux, voire par­fois inven­tif, Bak­er n’a jamais autant bril­lé que lorsqu’il illus­trait l’œuvre de scé­nar­istes de génie. Ain­si, deux de ses films majeurs tien­nent avant tout à la qual­ité des scripts : Dr Jekyll et Sis­ter Hyde (scé­nario de Bri­an Clemens), et Les Mon­stres de l’e­space (scé­nario de Nigel Kneale). Ce dernier, tourné en 1967, est une œuvre de sci­ence-fic­tion majeure, et qui trou­ve, une fois n’est pas cou­tume, le réal­isa­teur au som­met de son art. Ce n’est pas pour rien que le film est devenu une référence du ciné­ma fan­tas­tique – surtout pour John Car­pen­ter.

Les Mon­stres de l’e­space est un exem­ple de ce que l’on appelle le ciné­ma bis : un film de genre (ici, donc, la sci­ence-fic­tion avant tout, mais aus­si l’hor­reur love­crafti­enne), habituelle­ment méprisé de la cri­tique insti­tu­tion­nelle, et doté d’un bud­get ridicule. Ajou­tons à cela une ten­dance au titre volatile. Ain­si, Les Mon­stres de l’e­space est titré, à l’o­rig­ine, Quater­mass and the Pit[ref]« Quater­mass et la fos­se. »[/ref], mais aus­si Five Mil­lion Years to Earth[ref] “À cinq mil­lions d’an­nées de la Terre.”[/ref] aux États-Unis, The Mind Ben­ders[ref] “Les Hypnotiseurs.”[/ref], voire un très libre Le Mon­stre des abîmes pour l’ex­ploita­tion vidéo en France. Restons donc rigoureux, et appelons le film par son vrai nom, Quater­mass and the Pit, d’au­tant qu’il con­vient de retrac­er sa généalo­gie filmique.

Quatermass et la Hammer

Bernard Quater­mass est donc une icône pulp en Angleterre. C’est, avant tout, un per­son­nage de ser­i­al télévi­suel et ciné­matographique œuvrant dans le domaine de la SF, et qui a zigza­gué, au long des années 1950, entre petit et grand écran. Ses aven­tures pren­nent tou­jours nais­sance à la télévi­sion, cepen­dant : chaque aven­ture de Quater­mass est ain­si déclinée en épisodes au long de ce qu’on appellerait aujour­d’hui une sai­son, avant d’être adap­tée au ciné­ma dans un film unique. C’est là que l’on trou­ve la pre­mière appari­tion de Quater­mass and the Pit (1958), dans une ver­sion télévi­suelle en noir et blanc qui est essen­tielle­ment sim­i­laire au film, mais court sur trois heures.

C’est égale­ment la dernière sai­son de la série. La désaf­fec­tion du pub­lic pour le genre se fait cru­elle­ment sen­tir – il faut dire qu’en­tre les films de Val Guest et les trois saisons télévi­suelles, Quater­mass est omniprésent pen­dant cette décen­nie. La Ham­mer Films, qui pro­duit les adap­ta­tions ciné­matographiques, ren­con­tre un suc­cès sans précé­dent à la fin des années 1950 : Franken­stein s’est échap­pé! en 1957 et Le Cauchemar de Drac­u­la en 1958 met­tent la barre résol­u­ment en direc­tion du cycle majeur de la firme, la résur­rec­tion des clas­siques de l’U­ni­ver­sal dans une ver­sion bien dans l’air du temps. Les aven­tures quelque peu timides du pro­fesseur Quater­mass sous la direc­tion de Val Guest (Le Mon­stre en 1955 et La Mar­que en 1957) sont donc remisées au plac­ard, en atten­dant que les flam­boy­antes turpi­tudes du Baron Franken­stein, le cycle majeur de la Ham­mer, porté par le génie de Ter­ence Fish­er, passent elles aus­si de mode.

C’est donc chose faite en 1967, mais le Bernard Quater­mass qui revient sur les écrans est sub­tile­ment dif­férent de celui de Val Guest. Tout d’abord, il prend les traits d’An­drew Keir, un acteur qui, aux yeux de Nigel Kneale, est bien plus légitime qu’An­dré Morell, le dernier inter­prète en date. Une décen­nie a passé, et les pontes de la Ham­mer pensent que le pub­lic est prêt à la fois à revoir Quater­mass, et à ce qu’il ait un nou­veau vis­age. À nou­veau vis­age, nou­veau met­teur en scène : c’est Roy Bak­er, auréolé de son grand suc­cès Atlan­tique, lat­i­tude 41°, qui est con­tac­té. À cette occa­sion, on lui adjoint le “Ward” cen­tral, pour qu’il ne soit pas con­fon­du avec un autre Roy Bak­er, cou­tu­mi­er des pro­duc­tions de la Hammer[ref]Mal en prit, d’ailleurs, à Roy Ward Bak­er d’ac­cepter de chang­er son nom : il ne fut plus, dès lors, asso­cié au Roy Bak­er d’Atlan­tique, lat­i­tude 41°, et dut se recon­stru­ire une notoriété avec son nou­veau nom.[/ref].

1967, année de l’espace

Dans cette troisième mou­ture ciné­matographique, le pro­fesseur Quater­mass se voit mêlé à une énigme sci­en­tifique : la décou­verte, sur les lieux d’une exten­sion du métro lon­donien, d’une navette vraisem­blable­ment d’o­rig­ine extrater­restre, enter­rée là depuis des mil­lions d’an­nées. Comme dans le 2001, l’odyssée de l’e­space de Stan­ley Kubrick – qui sort en même temps que le film, et l’é­clipse évidem­ment –, il est rapi­de­ment ques­tion de l’in­flu­ence que les habi­tants de cette navette auraient eu sur l’hu­man­ité : ain­si, le bond dans l’évo­lu­tion néces­saire à l’avène­ment de la société humaine mod­erne, l’ac­ces­sion à une intel­li­gence réelle, serait le fait des actions des envahisseurs. Bien­tôt, Quater­mass et ses col­lègues sci­en­tifiques avan­cent l’hy­pothèse con­ster­nante que, non seule­ment les êtres humains ne seraient doués d’in­tel­li­gence que par l’ac­tion de ces extrater­restres – des Mar­tiens – mais, en plus, ceux-ci auraient enfoui pro­fondé­ment, dans la psy­ché humaine, un mélange de pou­voirs dor­mants et d’in­stinct de meute, qui pour­rait trans­former les humains en clones des Mar­tiens, avec une forte ten­dance à la destruc­tion de tout ceux qui dif­fèrent.

Le ton résol­u­ment pes­simiste du scé­nario de Quater­mass and the Pit est autant une cap­ta­tion de l’air du temps – comme dans 2001, la libre créa­tion de sa civil­i­sa­tion par l’homme n’est qu’une chimère – que la suite du pro­pos amor­cé par la Ham­mer dans la série des mon­stres, où les instincts, déli­cieux et incon­trôlables, règ­nent en maître. C’est égale­ment l’une des pre­mières occur­rences, avec La Malé­dic­tion d’Arkham de Roger Cor­man (1963) et Le Mes­sager du dia­ble de Daniel Haller (1965), de l’u­nivers de H.P. Love­craft au ciné­ma. Avec son finale dés­espérant – le legs des Mar­tiens, la ten­dance atavique à détru­ire tout ce qui dif­fère de la norme, se man­i­feste pleine­ment, prive les humains de leur libre arbi­tre, et le film s’achève sur la cer­ti­tude que la vic­toire con­tre les créa­tures n’en­lève pas du cœur de l’homme ce vice irré­press­ible – il s’ag­it même d’une des adap­ta­tions majeures de l’écrivain de Bal­ti­more. Peu d’autres films sont par­venus à sus­citer le sen­ti­ment d’im­puis­sance insur­montable qu’évo­quent les mon­stres de Love­craft – peut-être, seule, la trilo­gie de l’apoc­a­lypse de John Car­pen­ter y est-elle par­v­enue.

Bernard Quatermass et Roy Ward Baker

L’im­pres­sion de dés­espoir inéluctable qui se dégage du film est ren­for­cé par la pro­gres­sion scé­nar­is­tique, remar­quable cav­al­cade orchestrée par Nigel Kneale. Réduisant de moitié son script orig­inel, le scé­nar­iste pra­tique avec tal­ent l’art de l’ac­croche nar­ra­tive. Ain­si, chaque séquence con­tient en germe celle qui la suit, grâce à une nou­velle infor­ma­tion, une nou­velle ori­en­ta­tion qui n’est jamais réelle­ment mise en exer­gue avant que l’on ne pro­gresse dans le réc­it. Elle est pour­tant suff­isam­ment jus­ti­fiée pour que la marche nar­ra­tive se fasse sans ani­croche, sans égare­ment, don­nant une impres­sion curieuse au spec­ta­teur de Quater­mass and the Pit. Ain­si, le réc­it va à un rythme pro­pre­ment affolant, chaque séquence légère­ment plus courte que la précé­dente, selon une marche nar­ra­tive qui, pour logique qu’elle soit, est très dense. Cet effet de mon­tage, qui accélère la durée de l’ac­tion au fur et à mesure que l’on approche de la con­clu­sion, con­jugué à la pro­fu­sion d’in­for­ma­tions plonge l’au­di­toire dans un cauchemar étouf­fant. De l’esthé­tique télévi­suelle, Quater­mass and the Pit retient l’art du cliffhang­er – même si, le plus sou­vent, la réponse à la ten­sion nar­ra­tive mise en jeu par ce cliffhang­er est don­née immé­di­ate­ment, le sim­ple fait de con­clure une séquence sur une infor­ma­tion éton­nante ou une révéla­tion inten­si­fie l’im­pres­sion d’emballement du réc­it.

Le réal­isa­teur Roy Ward Bak­er utilise au mieux son script, en partageant le temps à l’écran entre plusieurs per­son­nages prin­ci­paux : Bernard Quater­mass n’est plus, ain­si, qu’une sorte de prête-nom, de moteur aux­il­i­aire de l’in­trigue, qui se partage à parts égales entre le Dr Roney (James Don­ald), paléon­to­logue respon­s­able de l’équipe de fouille du site, et son assis­tante Bar­bara Judd (Bar­bara Shel­ley). Là encore, on trou­ve le legs de la saga du baron Franken­stein chez Ham­mer : une impor­tance accrue des per­son­nages féminins, qui s’éloigne même, dans le cas de Quater­mass and the Pit, de l’u­til­ité éro­tique, puisque le per­son­nage de Bar­bara Judd est celui via lequel l’in­trigue pro­gresse le plus, et le plus vite. C’est égale­ment celui qui se voit accorder une place toute par­ti­c­ulière : lorsque les éma­na­tions démo­ni­aques du vais­seau mar­tien trans­for­ment la pop­u­la­tion de Lon­dres en drones meur­tri­ers, aucun n’est si inten­sé­ment dépeint qu’elle. Du fait de cette mul­ti­pli­ca­tion des vecteurs, la per­cep­tion du spec­ta­teur s’é­gare, l’im­pres­sion d’é­touf­fe­ment, de rapid­ité créée par l’écri­t­ure imbriquée de Nigel Kneale se trou­ve ren­for­cée : la styl­is­tique de Roy Ward Bak­er s’af­firme au con­tact du solide scé­nario.

Si les scé­nario et mise en scène de Quater­mass and the Pit ont très bien vécu le pas­sage du temps, il n’en est pas de même des effets spé­ci­aux – pour par­tie du moins. Qu’est-ce qui peut bien avoir présidé à la créa­tion des effets spé­ci­aux du film ? Mys­tère. La man­i­fes­ta­tion du Dia­ble – en fait, une des créa­tures mar­ti­ennes – dans le ciel de Lon­dres, la destruc­tion des rues par des Lon­doniens pos­sédés, les effets de télék­inésie déclenchés par l’in­flu­ence du vais­seau enter­ré en passe de réveiller ses flu­ides malé­fiques sont tous remar­quables, créa­tions exem­plaires pour un film au bud­get tel que celui de Quater­mass and the Pit[ref]275.000 £ : un bud­get qui est plus de trois fois supérieur à celui du Cauchemar de Drac­u­la, dix ans plus tôt, mais qui reste tout de même modeste.[/ref]. Mais, lorsqu’il s’ag­it de faire décou­vrir à l’au­di­toire les Mar­tiens insec­toïdes con­tenus dans le vais­seau, leur aspect est telle­ment sta­tique, plas­tique, que la scène con­fine au ridicule. Une excel­lente direc­tion d’ac­teur – et quelques effets de putré­fac­tion bien sen­tis – per­me­t­tent de pass­er rapi­de­ment la scène sans pour autant remet­tre en cause la sus­pen­sion con­sen­tie de l’incrédulité[ref]D’après la will­ing sus­pen­sion of dis­be­lief de Samuel Tay­lor Coleridge.[/ref]. Hélas, une machine per­me­t­tant de matéri­alis­er sur un écran les ondes cérébrales nous donne bien­tôt à voir une représen­ta­tion de ces créa­tures sur leur planète d’o­rig­ine : encore un grand moment de ringardise, telle­ment peu crédi­ble que les per­son­nages eux-mêmes ont besoin de décrire explicite­ment ce qui est mon­tré, afin de soutenir l’ef­fet visuel.

On a déjà men­tion­né le fait que l’an­née de sor­tie de Quater­mass and the Pit coïn­cide avec celle de 2001, l’odyssée de l’e­space. Évidem­ment, les deux films ne jouent pas dans la même cour, et blâmer les années d’ou­bli du film de Roy Ward Bak­er sur celui de Stan­ley Kubrick serait pren­dre un rac­cour­ci inac­cept­able. Les effets sus-men­tion­nés, ter­ri­ble­ment datés, trahis, de plus, par les couleurs chatoyantes[ref]Il faut voir le vio­let de la prison des aliens, le vert de leur sang – voir, le roux incen­di­aire de la chevelure de Bar­bara Shel­ley ![/ref] du film sont égale­ment cer­taine­ment respon­s­ables du trou de mémoire dans lequel som­bre Quater­mass and the Pit, quelques années seule­ment avant la chute du stu­dio Ham­mer. Le film est, nous le disions, un exem­ple du ciné­ma bis : ajou­tons à ses qual­ités le fait qu’il ait accédé rapi­de­ment – et par­tielle­ment du fait de son oubli par l’his­toire du ciné­ma – à un statut culte auprès des ama­teurs de sci­ence-fic­tion, qui ne lui ont jamais retiré leur affec­tion. Bien­tôt, pour­tant, le voilà qui dis­paraît, tel son vais­seau extrater­restre, dont l’in­flu­ence se fait mal­gré tout sub­tile­ment sen­tir, et qui n’at­tend que d’être déter­ré à nou­veau…

Bernard Quatermass et John Carpenter (avec Lovecraft dans un coin)

Ce que fait John Car­pen­ter, en réal­isant sa trilo­gie de l’apoc­a­lypse. Celle-ci com­prend The Thing (1982), Prince des ténèbres (1987) et L’Antre de la folie (1994). On a déjà souligné les liens de ce trip­tyque avec Quater­mass and the Pit, en cela que les films sont l’œuvre de cinéastes ayant pleine­ment com­pris l’essence du mal créé dans ses écrits par H.P. Love­craft. Le car­ac­tère incom­préhen­si­ble, absolu de la malveil­lance des êtres du mythe love­craftien est, à l’époque de leur créa­tion par l’au­teur, résol­u­ment unique – une mon­stru­osité pure­ment fic­tion­nelle, mais qui pour­tant évoque les ter­reurs les plus pri­males tapies au fond de la psy­ché humaine, au fond des mythes qu’il crée pour lui-même, tel que celui du Dia­ble poly­mor­phe, et du pain bénit pour qui se pique de dépein­dre la peur à l’écran. L’Antre de la folie et The Thing mul­ti­plient les clins d’œil sub­tils à Quater­mass and the Pit : ain­si, le nom du vil­lage dans lequel se résout l’in­trigue de L’Antre…, Hob­b’s End, est une référence lit­térale à la sta­tion de métro lon­donien dans laque­lle se déroule le film de Roy Ward Bak­er. Dont John Car­pen­ter n’a jamais fait mys­tère de son désir de réalis­er un remake…

Or, si la fil­mo­gra­phie de « Big John » mon­tre qu’il n’a jamais mené ce pro­jet à son terme, on peut y dis­cern­er une méth­ode de réap­pro­pri­a­tion sys­té­ma­tiques des références ciné­matographiques. Les films de John Car­pen­ter sont une cita­tion per­pétuelle, par­fois très sub­tile, de son his­toire filmique, de ce qui l’y a mar­qué. Sub­til, son remake de Quater­mass and the Pit l’est égale­ment : regar­dons de plus près Prince des ténèbres. Le nœud de l’intrigue[ref]Le scé­nario est signé de John Car­pen­ter lui-même, sous le pseu­do­nyme de… Mar­tin Quater­mass ! Tout cela n’est peut-être pas aus­si sub­til que nous voudri­ons bien le croire en ces lignes…[/ref] est un objet incon­nu, extrater­restre, pure­ment malé­fique, et enter­ré. On appelle sur les lieux une meute de sci­en­tifiques pour résoudre l’énigme, sans suc­cès. Mais, il s’avère que la chose con­tenue dans l’ob­jet est douée de con­science, qu’elle va con­t­a­min­er les uns et les autres, faisant appel à un mal pri­mal con­tenu en cha­cun, et utilis­er ses pio­ns pour ten­ter d’élim­in­er ceux qui résis­tent, ceux qui sont dif­férents. Le tout, pour ter­min­er sur une fin ouverte ter­ri­ble, qui souligne bien que la vic­toire du « bien » n’est que tem­po­raire, et finale­ment illu­soire.

Si cer­tains jalons du réc­it dif­fèrent, Prince des ténèbres est bien un remake de Quater­mass and the Pit. The Thing s’an­nonçait comme un remake de La Chose d’un autre monde : le film n’a pour­tant, hormis son pitch, que peu à voir, nar­ra­tive­ment, avec le film de Nyby et Hawks. En revanche, sans annon­cer claire­ment la couleur, Prince des ténèbres est un remake à la let­tre de Quater­mass and the Pit. La fil­mo­gra­phie de John Car­pen­ter se révèle donc un véri­ta­ble jeu de piste. Sans doute Car­pen­ter, dont le tal­ent pour créer des cri­tiques féro­ces de la société con­tem­po­raine ne se dément pas, a‑t-il sen­ti que les prob­lé­ma­tiques soulevées par Quater­mass and the Pit étaient d’une actu­al­ité brûlante, au milieu des années 1980.

Le dis­cours sur le rejet d’un autre dif­férent, sur la néces­sité atavique d’une uni­for­mité sociale, sur l’im­pos­si­bil­ité pour l’in­di­vidu pré­ten­du­ment civil­isé d’échap­per à cet instinct de meute, réson­nent autant chez Roy Ward Bak­er, chez John Car­pen­ter que chez Fritz Lang : M, Metrop­o­lis, pour ne citer qu’eux. Un véri­ta­ble mir­a­cle de ciné­ma : que l’on puisse lier les œuvres les plus pres­tigieuses aux plus obscures, les plus grandios­es, exigeantes aux plus pop­u­laires, dans un même effort d’ou­vrir les yeux de l’homme, de ten­ter de le ren­dre meilleur.

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