© Swashbuckler Films
Le Coup de l’escalier

Le Coup de l’escalier

de Robert Wise

  • Le Coup de l’escalier
  • (Odds Against Tomorrow)
  • États-Unis1959
  • Réalisation : Robert Wise
  • Scénario : Abraham Polonsky, Nelson Gidding
  • d'après : le roman Odds Against Tomorrow
  • de : William P. McGivern
  • Image : Joseph C. Brun
  • Montage : Dede Allen
  • Musique : John Lewis
  • Producteur(s) : Robert Wise
  • Production : United Artists
  • Interprétation : Harry Belafonte (Johnny Ingram), Robert Ryan (Earle Slater), Shelley Winters (Lorry), Ed Begley (Dave Burke), Gloria Grahame (Helen)
  • Distributeur : Swashbuckler Films
  • Date de sortie : 25 janvier 2012
  • Durée : 1h36

Le Coup de l’escalier

de Robert Wise

Black Side Story


Black Side Story

Copro­duit par le croon­er et acteur Har­ry Bela­fonte, Le Coup de l’escalier fait par­tie de ces films de genre qui allaient pré­fig­ur­er la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Der­rière la caméra, Robert Wise, dans la par­faite con­ti­nu­ité du très beau Nous avons gag­né ce soir, dis­tille un réal­isme âpre et désen­chan­té.

1959, date-charnière : c’est cette année que choisit Dou­glas Sirk pour sor­tir sur les écrans l’un de ses chefs d’œuvre, Mirage de la vie, mélo­drame d’une incroy­able beauté prenant pour toile de fond la ques­tion raciale aux États-Unis. C’est avec ce même film que le réal­isa­teur fai­sait ses adieux sym­bol­iques à l’industrie hol­ly­woo­d­i­enne, son­nant en quelque sorte le glas de la fin d’un âge d’or. Cette même année, Robert Wise, réal­isa­teur touche-à-tout depuis le milieu des années 1940, sort ce mécon­nu Coup de l’escalier, œuvre mineure qu’il con­vient de décou­vrir et qui traite égale­ment – la flam­boy­ance en moins – du racisme ordi­naire, annonçant ce qui allait devenir ensuite son heure de gloire en enchaî­nant coup sur coup trois gros suc­cès pub­lic et/ou cri­tique : West Side Sto­ry (1961), La Mai­son du dia­ble (1963) et La Mélodie du bon­heur (1965). Encom­bré d’une répu­ta­tion de comédie musi­cale d’une épou­vantable mièvrerie, ce dernier gros suc­cès ferait presque oubli­er que Robert Wise a pu faire aus­si le choix du min­i­mal­isme et du dépouille­ment de la mise en scène lorsque le pro­jet le jus­ti­fi­ait, comme par exem­ple dans les très beaux films de boxe Nous avons gag­né ce soir (1949) et Mar­qué par la haine (1956).

C’est dans cette lignée que s’inscrit Le Coup de l’escalier (pour lequel on pour­ra préfér­er le titre orig­i­nal Odds Against Tomor­row), dont le scé­nario fut écrit par l’un des black-listés d’Hollywood, Abra­ham Polon­sky. Dave Burke y est un ancien polici­er recon­ver­ti dans le ban­ditisme qui décide d’organiser le juteux hold-up d’une banque. Il con­va­inc deux hommes de par­ticiper au casse : Ear­le Slater (Robert Ryan), ancien sol­dat dont le sen­ti­ment d’inutilité est ampli­fié par la déférence de sa généreuse épouse (Shel­ley Win­ters), et Ingram (Har­ry Bela­fonte), parieur divor­cé et criblé de dettes. Le canevas pour­rait paraître assez cliché (trois hommes déclassés qui rêvent de retrou­ver une place que seule une cer­taine aisance finan­cière pour­rait leur offrir), sauf qu’Ingram est noir et qu’aux yeux d’Earle, ce détail devient une lourde par­tic­u­lar­ité. Plus que la dimen­sion sociale du scé­nario, c’est la ques­tion du racisme qui va régir les rap­ports entre les deux per­son­nages, inscrivant le film dans la par­faite con­ti­nu­ité de ceux qui ont pré­fig­uré de quelques années la célèbre marche sur Wash­ing­ton en 1963 (L’Héritage de la chair de Kazan en 1949, La porte s’ouvre de Mankiewicz en 1950, Graine de vio­lence de Brooks en 1955, etc.).

Tourné essen­tielle­ment en décors extérieurs, Le Coup de l’escalier est typ­ique­ment ce qu’on pour­rait appel­er un film « de la rue ». Les scènes en intérieur por­tent le plus sou­vent en elles le lourd poids d’une représen­ta­tion sociale défici­taire : Ear­le errant dans un apparte­ment qui lui rap­pelle qu’il vit aux cro­chets de sa femme, Ingram con­fron­té à l’échec d’un mariage qui le prive du rôle de père ou écumant les bars miteux en quête d’un cachet qui lui per­me­t­trait de faire patien­ter ses créanciers. Mais Wise n’accorde pas pour autant un quel­conque crédit à la rue dont il retran­scrit par­faite­ment la rugosité. La pho­togra­phie et les éclairages ampli­fient les tonal­ités gris­es et som­bres, délais­sant les con­trastes élé­gants des films de stu­dio. L’étrange halo qui enveloppe les build­ings new-yorkais investit chaque plan d’une ambiance cré­pus­cu­laire vague­ment mor­tifère. En dépit de cette rel­a­tive rudesse, le réal­isa­teur sait exacte­ment où pos­er sa caméra : à hau­teur par­faite de ses per­son­nages en les met­tant sur un exact pied d’égalité, il capte ces évi­dentes con­tra­dic­tions morales qui les con­duiront à leur perte. C’est ce refus d’un sché­ma et cette absence de com­pro­mis qui, cinquante ans après sa pre­mière sor­tie sur les écrans, fait du Coup de l’escalier une œuvre à l’ampleur jamais démon­stra­tive, dénuée en somme de toute dém­a­gogie.

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