Le Printemps de Téhéran

Le Printemps de Téhéran

de Ali Samadi Ahadi

  • Le Printemps de Téhéran
  • (The Green Wave)
  • Allemagne2010
  • Réalisation : Ali Samadi Ahadi
  • Scénario : Ali Samadi Ahadi
  • Image : Ali Samadi Ahadi, Peter Jeschke
  • Montage : Barbara Toennieshen, Andreas Menn
  • Musique : Ali N. Askin
  • Producteur(s) : Oliver Stoltz, Jan Krüger
  • Interprétation : Pegah Ferydoni (Azadeh), Navid Akhavan (Kaveh)
  • Date de sortie : 18 janvier 2012
  • Durée : 1h20

Le Printemps de Téhéran

de Ali Samadi Ahadi

Anima(nifesta)tion


Anima(nifesta)tion

Le réal­isa­teur Ali Sama­di Aha­di, Iranien exilé en Alle­magne, a suivi la « vague verte » de résis­tance qui a suivi la réélec­tion d’Ahmadinejad grâce aux cen­taines de vidéos postées par les man­i­fes­tants. Son doc­u­men­taire, limpi­de, recon­stitue le fil rouge des événe­ments avec les témoignages filmés, mais min­imise ceux-ci avec des séquences d’animation qui n’apportent pas grand-chose.

Le par­ti pris d’Ali Sama­di Aha­di avait tout pour séduire : pour con­stituer son doc­u­men­taire, il a choisi de mélanger des vidéos orig­i­nale­ment postées sur YouTube, des com­men­taires d’intervenants, inter­rogés spé­ciale­ment pour l’occasion, et, élé­ment le plus notable, des séquences d’animation pour per­me­t­tre la bonne vis­i­bil­ité des événe­ments les plus secrets, jamais filmés, comme la déten­tion illé­gale et les tor­tures qu’ont subies des quidams arrêtés au seul motif d’une citoyen­neté dou­teuse aux yeux du gou­verne­ment. Il s’avère que c’est trop pour séduire : ce dernier par­ti pris fait entr­er le doc­u­men­taire dans la sphère nébuleuse et impré­cise de la fic­tion, qui peut faire bas­culer l’ensemble dans un sen­sa­tion­nal­isme plutôt inat­ten­du.

C’est mal­heureuse­ment l’effet pro­duit par près de 42 min­utes (soit la moitié du film) de séquences ani­mées qui vam­pirisent les témoignages sur le vif, et sem­blent jus­ti­fi­er leur présence par le ren­force­ment de la « vis­i­bil­ité » de la révo­lu­tion irani­enne. Sous un style graphique qui fait par­fois penser au splen­dide Valse avec Bachir, les événe­ments s’enchaînent chronologique­ment mal­gré des sauts entre des points de vue épars. C’est que l’esthétisation de la guerre (qui s’arrêtait bru­tale­ment à la fin de Valse avec Bachir) n’est ici qu’un acces­soire bien utile pour fig­ur­er dans des tableaux rel­a­tive­ment sta­tiques les deux per­son­nages cen­traux du doc­u­men­taire.

Alors, certes, le spec­ta­teur prof­it­era d’un cours bien mené sur l’atmosphère bouil­lante d’un véri­ta­ble rassem­ble­ment des con­sciences, notam­ment autour de l’opposant Mir-Hos­sein Mous­savi, mais il restera dans le flou quant à l’impact his­torique des événe­ments. Se per­dant dans le fil des déc­la­ra­tions d’intervenants qu’il ne pour­ra pas tou­jours iden­ti­fi­er, il se sou­vien­dra tout de même d’une petite attaque con­tre les puis­sances inter­na­tionales qui n’ont appliqué aucune sanc­tion à l’encontre d’un régime despo­tique sor­ti vain­queur du com­bat urbain.

Sans doute, un des pre­miers mod­èles de révo­lu­tion mod­erne a fourni un exem­ple frap­pant de l’implication des dis­posi­tifs numériques nomades dans la résis­tance à l’ordre établi, à l’information unique et aux mesures répres­sives déployées par les régimes autori­taires. Mais ce doc­u­men­taire, qui sem­ble avoir été sous-titré « l’his­toire d’une révo­lu­tion 2.0 » pour répon­dre à des besoins pro­mo­tion­nels, manque finale­ment toute l’étrangeté de ces images d’un pays loin­tain, cap­tées à l’arrachée dans l’urgence du réel, et que l’on visionne dans un rec­tan­gle (un aspect struc­turant Frag­ments d’une révo­lu­tion (2010), qui pro­po­sait aus­si une pré­cieuse refor­mu­la­tion et remise en scène de ces images). Ironique­ment, Ali Sama­di Aha­di inclut dans Le Print­emps de Téhéran une[ref]INJA KOJAST INJA IRAN AST SARZAMINE MANO TO, sur YouTube [/ref] des vidéos les plus célèbres du mou­ve­ment, un plan fixe presque entière­ment plongé dans l’obscurité et une voix de femme qui prononce une prière pour son pays. Rien dans l’image ne laisse devin­er le drame, après tout la nuit irani­enne ressem­ble à toutes les autres, seul le dis­cours, les sons et le regard du spectateur/visionneur actu­alisent l’ensemble et font réson­ner la puis­sance du témoignage Le seul mérite de l’inclusion est le sous-titrage de la séquence, mais le doc­u­ment rend par là même ses séquences d’animation encore plus plate­ment démon­stra­tives. Comme s’il fal­lait ren­dre la révo­lu­tion – et la répres­sion – cinégénique.

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