Livide
  • Livide
  • France2011
  • Réalisation : Julien Maury, Alexandre Bustillo
  • Scénario : Alexandre Bustillo, Julien Maury
  • Image : Laurent Bares
  • Montage : Baxter
  • Musique : Raphaël Gesqua
  • Producteur(s) : Vérane Frediani, Franck Ribière, Thierry Desmichelle
  • Interprétation : Chloé Coulloud (Lucie), Félix Moati (William), Jérémy Kapone (Ben), Catherine Jacob (Wilson), Chloé Marq (Anna), Marie-Claude Pietragalla (Jessel)...
  • Distributeur : La Fabrique 2
  • Date de sortie : 7 décembre 2011
  • Durée : 1h31

Danse macabre


Danse macabre

Après leur coup d’essai À l’intérieur, le duo français remet le cou­vert avec Livide, encore un film de genre. Moins gore que son prédécesseur (même si cer­taines séquences dégouli­nent d’hémoglobine), le film met en présence des vam­pires fan­toma­tiques et des ado­les­cents décérébrés dans un grand manoir inhab­ité. Si le scé­nario vous rap­pelle les ingré­di­ents d’autres métrages, la mise en scène ne ressem­ble à rien de déjà-vu. À rien tout court.

Lucie (Chloé Coul­loud), étu­di­ante infir­mière en stage, fait équipe avec Wil­son (Cather­ine Jacob à con­tre-emploi), infir­mière à domi­cile sen­sée lui appren­dre les rudi­ments du méti­er. D’un patient à l’autre (l’isolement des pau­vres vieux bougres sen­tant bon la cri­tique d’une société qui aban­donne ses aînés), la tournée s’achève dans une grande bâtisse délabrée où croupit Jes­sel (Marie-Claude Pietra­gal­la), pro­fesseur de danse cen­te­naire aujourd’hui plongée dans le coma. Mais Hal­loween don­nant de mau­vais­es idées aux jeunes gens paumés, Lucie, son petit ami William (Félix Moati) et Ben (Jérémy Kapone) déci­dent la nuit même de cam­bri­ol­er la demeure où un tré­sor serait caché. Après quelques ter­giver­sa­tions moral­istes, le trio s’introduit dans l’immense mai­son. Le jeu de mas­sacre peut com­mencer.

Les grands films de genre ne s’embarrassent que rarement d’un bon scé­nario (les who­dunits d’Argento dans les années 1970 en sont un exem­ple) mais Bustil­lo et Mau­ry (scé­nar­istes de leurs films) ont vis­i­ble­ment planché sur Livide. Peut-être trop… Mélangeant les codes du ghost movie (la mai­son aban­don­née menaçante) et ceux du film de vam­pire (sans compter les clins d’œil à l’univers de la sor­cel­lerie), ils entassent des références sans par­venir à men­er à terme l’un ou l’autre des gen­res. Volon­taire­ment touf­fu, Livide ouvre trop de pistes : la mère de Chloé s’est sui­cidée et sem­ble hanter sa fille (les appari­tions de Béa­trice Dalle en matrone ecto­plas­mique frô­lent le grotesque), Ben passe à tra­vers un miroir (une réal­ité alter­na­tive ? le passé ?) et se fait mas­sacr­er par des petites bal­ler­ines ultra-vio­lentes (pourquoi ?), la fille de Jes­sel, trans­for­mée par sa mère en poupée mécanique cherche sa rédemp­tion (qu’elle trou­vera dans un final hila­rant où elle vole au milieu des mou­ettes !). En ajoutant à cela Jes­sel à la recherche de sang frais et Wil­son qui tru­cide des enfants dans sa baig­noire, on obtient un grand n’importe quoi nar­ratif, un amon­celle­ment de séquences esthéti­santes non déplaisantes (les déplace­ments de la féline Pietra­gal­la par exem­ple) qui ne font pas, loin s’en faut, un film.

Quant à la mise en scène, le duo se con­tente du min­i­mum syn­di­cal. Les sit­u­a­tions qui auraient pu sus­citer la peur ou l’angoisse sont sou­vent plom­bées par des effets faciles et atten­dus (un champ avec trois per­son­nages puis un con­tre-champ sur l’espace vide, retour au champ ini­tial où il ne reste que deux héros). Alors que le décor, sorte de cab­i­net des curiosités géant, aurait pu instiller un malaise souhaitable sur le spec­ta­teur, il demeure une coquille belle mais vide de sens. Jamais sym­bol­ique, Livide joue sa par­ti­tion au pre­mier degré, entre des gamins qui jouent à se faire peur sans nous inquiéter, des séquences sanglantes trop esthé­tiques et auto-com­plaisantes et des envolées qui lorgnent le lyrique pour mieux se vautr­er dans le ridicule. Livide sera le pub­lic au sor­tir de ce spec­ta­cle grand-guig­no­lesque. Un genre en soi mais peut-être pas celui recher­ché par les ama­teurs.

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Julien Maury et Alexandre Bustillo
Julien Maury et Alexandre Bustillo