© Warner Bros. France
Happy Feet 2

Happy Feet 2

de George Miller

  • Happy Feet 2
  • Australie2011
  • Réalisation : George Miller
  • Scénario : George Miller, Gary Eck, Warren Coleman, Paul Livingston
  • Image : David Peers, David Dulac (lumière)
  • Décors : David Nelson
  • Costumes : Brigette Thorn
  • Montage : Christian Gazal
  • Musique : John Powell
  • Producteur(s) : George Miller, Doug Mitchell, Bill Miller
  • Production : Village Roadshow Pictures, Kennedy-Miller Mitchell Films, et Dr. D Studios
  • Interprétation : Elijah Wood doublé par Clovis Cornillac (Mumble), Pink doublée par Amel Bent (Gloria), Robin Williams doublé par Anthony Kavanagh (Ramon et Lovelace), Hank Azaria doublé par Max Boublil (le Puissant Sven)...
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Date de sortie : 7 décembre 2011
  • Durée : 1h40

Happy Feet 2

de George Miller

Je danse donc je suis


Je danse donc je suis

Hap­py Feet pre­mier du nom, sor­ti en 2006, trans­for­mait les man­chots, ovipares naturelle­ment engoncés et patauds en de vire­voltantes et chan­tantes créa­tures. À l’heure de la défer­lante pub­ère de Glee et de ses décli­naisons pour les plus jeunes (High School Musi­cal, entre autres), l’ami des ani­maux George Miller rem­pile pour une suite atten­due, auda­cieuse unique­ment lorsqu’elle écrit « danse » avec 3D.

La tarte à la crème a beau être glacée, on la voit venir de loin : le pre­mier volet racon­tait la dif­fi­cile inté­gra­tion de Mum­ble à la tribu des man­chots Empereurs, pour cause d’incapacité vocale et de pattes un peu trop portées sur les cla­que­ttes. Aujourd’hui père d’un petit Erik, Mum­ble a sûre­ment l’impression de voir son reflet dans la ban­quise : le man­chot tout duveteux tout mignon, comme son pater­nel par le passé, a un « prob­lème d’intégration dans la com­mu­nauté », le même qui fait des rav­ages chez les héros de long-métrages des­tinés aux enfants depuis des généra­tions. Heureuse­ment, la ren­con­tre de Sven, un über­man­chot capa­ble de vol­er (une sorte de Buzz L’éclair nordique, en somme) lui autoris­era des rêves un peu plus pal­pi­tants que les cla­que­ttes de son ascen­dant : « Danser ? Pour quoi faire » inter­roge-t-il en sub­stance, met­tant son père face à la vacuité d’une danse gra­tu­ite, ni nup­tiale, ni com­mu­ni­ca­tion­nelle.

Ce retour à des con­sid­éra­tions biologiques s’accompagne d’une approche doc­u­men­taire des êtres vivants : George Miller, rompu à la direc­tion de ses amies les bêtes depuis Babe, le cochon dans la ville, réduit au max­i­mum la car­i­ca­ture pour con­serv­er l’apparence orig­inelle des ani­maux, et le pho­toréal­isme assez sai­sis­sant de l’animation (four­rures, cuirs et autres peaux sont ultra-détail­lées) ren­force cette empathie sen­si­ble dans chaque plan du réal­isa­teur-nat­u­ral­iste. À tel point qu’il préfère désign­er comme « grand méchant » de l’aventure la planète elle-même, dont le pôle Sud doit sans cesse être recon­quis par ses habi­tants, des mar­souins aux éléphants de mer, en pas­sant par les krills, le planc­ton dont se nour­ris­sent les énormes baleines, ou les hommes, qui appa­rais­sent ici via des images réelles incrustées (beau clin d’œil à Qui veut la peau de Roger Rab­bit de Robert Zemeck­is, dans lequel les per­son­nages dess­inées investis­saient la réal­ité). La com­mu­nauté des mar­souins fera d’ailleurs l’expérience de la rudesse de leur ter­ri­toire, indé­ni­able­ment sauvage. De ce fait, les scènes de danse et de chant, mar­que de fab­rique du pre­mier film, sont tou­jours aus­si spec­tac­u­laires, mais voient leur nom­bre con­sid­érable­ment réduit pour priv­ilégi­er un réc­it de survie. Dif­fi­cile de danser sur un ter­rain insta­ble. Ce qui n’est peut-être pas un mal : le choix des chan­sons est effi­cace, par­fois sur­prenant (la voix du rappeur Com­mon, la reprise du Rawhide des Blues Broth­ers) mais le plus sou­vent con­venu : on nous sert encore l’inévitable Queen. L’horrible scène de chant du petit Erik[ref]Le film a été vu en ver­sion orig­i­nale américaine.[/ref] parvient quant à elle à nous faire détester une des besti­oles les plus mignonnes du ciné­ma d’animation.

Bizarrement, les per­son­nages prin­ci­paux pâtis­sent de cette pos­ture scé­nar­is­tique plutôt auda­cieuse : sans enne­mi désigné à com­bat­tre, sans prouesse choré­graphique à accom­plir, Mum­ble, sa com­pagne Glo­ria ou leur petit Erik ne sont les fades por­teurs que des valeurs inal­ién­ables au film d’animation pour enfants, à savoir le courage, la loy­auté ou la pitié. Les per­son­nages sec­ondaires s’avèrent tous bien plus intéres­sants : Ramon, que l’on retrou­ve du pre­mier opus, est par­fait en anti­héros gouailleur, et con­firme après Le Chat pot­té que l’accent his­panique fait désor­mais plus rire qu’il ne séduit. Mais ce sont surtout les deux krills, Will et Bill (respec­tive­ment Brad Pitt et Matt Damon pour les voix orig­i­nales, s’il vous plaît) qui déclenchent le plus l’hilarité, non pas grâce à des mésaven­tures qui rap­pel­lent celles du Scrat de L’Âge de glace, mais grâce à des dia­logues plus libres et plus enlevés : leur quête per­son­nelle en duo prend ain­si des allures de romance gay.

Les deux infi­nis chers à Pas­cal, du micro­scopique au macro­scopique, sont les bases de la vision de Miller et font l’objet d’un va-et-vient inces­sant, par­fois étour­dis­sant, de la part du cinéaste. Sa caméra suit le mou­ve­ment, priv­ilé­giant des zooms ver­tig­ineux pour ren­dre compte d’un point de vue qui part de l’espace pour plonger dans les eaux de l’Arctique. La 3D s’avère par­faite­ment opérationnelle[ref]Le court-métrage précé­dant Hap­py Feet 2 s’avère plutôt jouis­sif et révéla­teur quant à l’utilisation intel­li­gente de la 3D : il s’agit d’un car­toon tra­di­tion­nel de Warn­er Bros, Titi et Gros­minet, réal­isé entière­ment en images de syn­thèse. En 2D, l’exercice con­stitue une amu­sante « mise à jour » des per­son­nages et de la sit­u­a­tion habituelle, dou­blé d’un hom­mage à Mel Blanc, voix orig­i­nale des per­son­nages, mais il est trans­fig­uré par la 3D : mou­ve­ments, chutes, chocs et mim­iques acquièrent une autre dimen­sion, et ren­for­cent con­sid­érable­ment les ressources bur­lesques de l’ensemble.[/ref] lors des scènes se déroulant sur des fonds unis : la blancheur immac­ulée de la ban­quise, le bleu acide du ciel ou le noir pro­fond de l’océan ren­dent le relief bien plus vis­i­ble.

Pour une fois, l’image tridi­men­sion­nelle vient ain­si ren­forcer l’intérêt d’un long-métrage certes bien mené, mais peu inven­tif, en y ajoutant un impératif spa­tial. En effet, pour tous les ani­maux per­dus sur la glace, l’enjeu n’est plus de « remon­ter la chaîne ali­men­taire », objec­tif de Bill le Krill, mais bien de sur­vivre à une sélec­tion naturelle encore plus impi­toy­able (car gou­vernée par la planète) en tra­ver­sant un espace (ou une image) qui n’est plus sim­ple­ment large, mais égale­ment pro­fond grâce aux trois dimen­sions. Recon­quérir le ter­ri­toire, une prouesse qu’il fau­dra réalis­er en l’occupant et en le mod­e­lant à sa con­ve­nance, par la danse ou le mou­ve­ment inces­sant : vous sur­viviez ? Et bien, dansez main­tenant.

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