Donoma

Donoma

de Djinn Carrénard

  • Donoma
  • France2011
  • Réalisation : Djinn Carrénard
  • Scénario : Djinn Carrénard
  • Image : Djinn Carrénard
  • Décors : Djinn Carrénard
  • Son : Djinn Carrénard
  • Montage : Djinn Carrénard
  • Musique : Frank Villabella
  • Producteur(s) : Djinn Carrénard
  • Interprétation : Emilia Dérou-Bernal (Analia), Laura Kpegli (Chris), Salomé Bechmans (Salma), Vincent « Vincente » Perez (Dacio), Sékouba Doucouré (Dama), Matthieu Longuatte (Raïné), Marine Judeaux (Soraya)
  • Distributeur : Comme Une Image Media, Donoma Guerilla
  • Date de sortie : 23 novembre 2011
  • Durée : 2h15

Donoma

de Djinn Carrénard

Le Complexe de Cyrano


Le Complexe de Cyrano

Réal­isé dans des con­di­tions d’auto-production totale par un jeune réal­isa­teur, Djinn Car­ré­nard, Dono­ma sort en salles avec l’envie d’en découdre et de rompre avec l’économie ron­ron­nante de la dis­tri­b­u­tion (voir édi­to). Le film capte la gouaille de cou­ples d’amoureux improb­a­bles. Le film oscille entre jubi­la­tion et mal­adress­es, pris, on ne sait trop où, entre le meilleur Kechiche et le pire Lelouch. Reste, après la pro­jec­tion, la sen­sa­tion d’avoir vu un film libre et hors-norme.

Dono­ma est un film qui débor­de de mots. Le film aime telle­ment expos­er la parole qu’il en devient inso­lent. En témoigne la pre­mière scène qui voit un réc­it et sa mise en images imbriqués. Une prof d’espagnol racon­te à ses amies une alter­ca­tion avec l’un de ses élèves qu’elle ter­min­era en séance expédi­tive d’éducation sex­uelle. Le réc­it est entre­coupé du flash-back de l’histoire elle-même. Au lieu d’être redon­dant, l’effet con­tient toute l’énergie du film qui aime être à la fois dans la joie de la parole et dans l’énergie des corps. L’hystérie rigo­larde de l’interprétation, le con­trechamp des amies mi-choquées mi-excitées, la caméra tou­jours aux aguets pour saisir la ten­sion entre l’élève et son enseignante entraî­nent la scène avec une force d’emballement toute cas­save­ti­enne.

Vari­a­tion con­tem­po­raine autour de La Ronde de Max Ophuls, le film déroule une chaîne de cou­ples pour épuis­er des com­bi­naisons entre per­son­nages. Ain­si Ana­lia séduit per­verse­ment son élève Dacio qui sort avec Salma qui, elle, se fait dra­guer par le meilleur ami de ce dernier. Elle jet­tera finale­ment son dévolu sur Raïné qui a croisé le chemin de Dieu. Pen­dant ce temps, Chris choisit arbi­traire­ment d’aimer Dama qui vient de rompre avec Leel­op. Les deux lignes nar­ra­tives se crois­eront le temps d’une scène furtive dans un métro parisien. À lire ce résumé, on se dit que le film est impos­si­ble. S’il frôle par­fois le tic de la struc­ture chorale, il tient aus­si grâce à l’énergie qu’il met dans des scènes de joutes ver­bales entre des per­son­nages en quête d’amour qui n’arrivent pour­tant jamais à don­ner ce qu’ils aimeraient recevoir. La caméra légère de Djinn Car­ré­nard – qui com­pose le cadre de tout son film – sait alors capter avec habileté le flot des paroles. Peu de découpage ici. Le réal­isa­teur priv­ilégie d’impressionnants plans-séquences où la caméra portée n’a pas peur des acci­dents (décadrages, flous, trem­blés) pour épouser la vitesse de ces corps et de ces mots. Dans une veine très française (lire le beau livre de Michel Chion, Le Com­plexe de Cyra­no), les beaux par­leurs ne seront pas for­cé­ment les gag­nants de l’histoire.

Le film foi­sonne aus­si de fauss­es pistes, de con­tre-pieds faits au nat­u­ral­isme. Bizarrement, ce foi­son­nement est à la fois ce qui rend le film ent­hou­si­as­mant et inabouti. Djinn Car­ré­nard sait, à la manière d’un Despleschin, décen­tr­er son scé­nario, le sus­pendre en y injec­tant une dose d’étrangeté. En même temps, le film laisse en plan des pans entier de son his­toire. Cer­taines pistes sont lit­térale­ment aban­don­nées alors qu’elles venaient à peine d’être esquis­sées. Sur la forme, le film regorge aus­si d’afféteries dont le spec­ta­teur ne sait trop quoi faire.

Dono­ma n’en est pas moins le joyeux faire-part de nais­sance d’un véri­ta­ble réal­isa­teur dont on sent un amour pas­sion­nel pour le tra­vail des acteurs et l’envie rageuse de faire du lan­gage con­tem­po­rain un matéri­au ciné­matographique. Abdel­latif Kechiche par­raine le film. On com­prend pourquoi.

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Donoma (le jour est là)
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