© Mars Distribution
Polisse

Polisse

de Maïwenn

  • Polisse
  • France2010
  • Réalisation : Maïwenn
  • Scénario : Maïwenn, Emmanuelle Bercot
  • Image : Pierre Aïm
  • Décors : Nicolas de Boiscuille
  • Costumes : Marité Coutard
  • Son : Nicolas Provost, Sandy Notarianni, Rym Debbarh-Mounir, Emmanuel Croset
  • Montage : Laure Gardette, Yann Dedet
  • Musique : Stephen Warbeck
  • Producteur(s) : Alain Attal
  • Production : Mars Films, Les Productions du trésor, Arte France Cinéma
  • Interprétation : Karin Viard (Nadine), JoeyStarr (Fred), Marina Foïs (Iris), Nicolas Duvauchelle (Mathieu), Maïwenn (Melissa), Karole Rocher (Chrys), Emmanuelle Bercot (Sue Ellen), Frédéric Pierrot (Balloo), Arnaud Henriet (Bamako), Naidra Ayadi (Nora), Jérémie Elkaïm (Gabriel), Riccardo Scamarcio (Francesco), Sandrine Kiberlain (Mme de La Faublaise), Wladimir Yordanoff (Beauchard), Louis-Do de Lencquesaing (M. de La Faublaise), Anthony Delon (Alex), Audrey Lamy (la mère indigne), Martial Di Fonzo Bo (le prof de gym), Lou Doillon (la sœur de Melissa)...
  • Distributeur : Mars Distribution
  • Date de sortie : 19 octobre 2011
  • Durée : 2h07

Polisse

de Maïwenn

Gloubi-boulga


Gloubi-boulga

Si jamais, en allant au ciné­ma, votre téléviseur vous man­quait, Maïwenn a pen­sé à tout ! En prenant une place pour son film, vous vous retrou­verez devant un beau plateau télé, bien bigar­ré comme chez Ruquier, avec plein de célébrités qui se pren­nent pour des flics, des rac­cour­cis soci­aux à la pelle, le zap­ping expédi­tif d’un sujet à l’autre, des gross­es plages glu­antes de com­plic­ité. Et les goss­es, alors ? Parce qu’il faut quand même sig­naler que le film se déroule à la Brigade de Pro­tec­tion des Mineurs. Eh bien, ils sont aus­si là pour vous atten­drir, vous faire sourire, vous faire chialer. Vous séduire, quoi. Allez, tout le monde sur le trot­toir !

Vous êtes-vous jamais retrou­vé dans ce genre de soirée où des amis, que vous con­naissiez tous séparé­ment, cherchent ensem­ble à vous prou­ver la con­nivence qui les lie ? N’avez-vous sen­ti aucune gêne devant ce spec­ta­cle d’un entre-soi rejoué spé­ciale­ment pour vous et qui, à force de vouloir vous con­va­in­cre, finit par vous exclure de sa scène ? Polisse reprend à son compte les principes de ce rit­uel social. On vous invite, vous spec­ta­teur, à jouir de la con­nivence qui règne entre le trou­peau de célébrités qui peu­ple le film (Mari­na Foïs, Karin Viard, Nico­las Duvauchelle, JoeyStarr, Maïwenn, San­drine Kiber­lain, Lou Doil­lon, Antho­ny Delon, Audrey Lamy, et l’on en passe, un véri­ta­ble défilé). Ces célébrités, qui ont endossé pour votre plus grand plaisir le cos­tume de flics, plus pré­cisé­ment ceux de la Brigade de Pro­tec­tion des Mineurs, voient se suc­céder les affaires devant leurs bureaux. Non seule­ment nous sommes priés d’at­tester de leur franche cama­raderie, mais d’ad­mir­er leur pro­fes­sion­nal­isme, de com­patir à leurs faib­less­es, etc. À force, on a du mal à dis­tinguer de quel groupe Maïwenn voudrait nous con­va­in­cre à la fois de la rigueur et de l’hu­man­ité : s’ag­it-il des flics ou des célébrités elles-mêmes ?

Deux choses nous poussent à nous porter sur la deux­ième solu­tion. D’une part, les cas représen­tés par le film, et qui se présen­tent tous les jours à la BPM – enfants molestés, exploités, abusés sex­uelle­ment, séparés de leurs par­ents – ne ser­vent qu’à lancer les longs numéros d’act­ing-out de ses acteurs, tan­tôt épuisants, drôles ou bril­lants. Ces numéros ont un trait com­mun : ils sont tous poussés jusqu’à l’épuise­ment, essorés jusqu’à plus soif, his­toire de laiss­er tout le champ libre à l’ex­pres­sion des acteurs. Au point que rien ne paraît plus méprisant que ce car­ac­tère de promon­toire à célébrités que le film accorde à sa matière doc­u­men­taire. Les « cas » sur lequel il se penche, les per­son­nes ou per­son­nages que ces « cas » englobent, sont lais­sés pure­ment et sim­ple­ment de côté, bal­ayés par le réc­it, ne ser­vant guère plus que de marche-pied à ce bal des peo­ple.

D’autre part, le film est obsédé par la ques­tion de l’au­then­tic­ité – dif­fi­cile de trou­ver un plus affreux terme. Le regard que porte Maïwenn sur ses acteurs est mis en scène à l’in­térieur du film par son rôle de pho­tographe, cen­sé doc­u­menter le tra­vail quo­ti­di­en de la brigade. Dis­crète, intro­ver­tie, elle se fait remar­quer par sa pos­ture d’ob­jec­tiv­ité qui jure avec l’en­gage­ment pro­fond des flics, leur ancrage au ter­rain, et lui vaut des reproches. JoeyStarr l’in­ter­roge à plusieurs repris­es : n’ex­is­terait-il pas un plus juste point de vue, entre l’an­odin et le mis­éra­bil­isme ? Entre les déman­tèle­ment hard­core d’un réseau de Roumains et la décon­nade entre col­lègues autour de la machine à café ? Le prob­lème de l’au­then­tifi­ca­tion, c’est qu’elle n’est rien d’autre qu’une procé­dure, et qu’elle ne con­naît d’autre hori­zon que sa recon­duc­tion infinie. Ain­si, à mesure qu’il se pose sur chaque cas, le film adopte une forme sérielle, faite d’épisodes suc­ces­sifs, sans qu’une quel­conque pro­gres­sion n’in­ter­vi­enne. Et quand l’au­then­tic­ité est atteinte – et, par­fois, elle l’est, surtout avec JoeyStarr, assez impres­sion­nant – elle ne ren­voie qu’à la per­for­mance de ses inter­prètes, dans un cir­cuit fer­mé sur lui-même, auto-sat­is­fait et qui ne rechigne jamais à user de dém­a­gogie pour arriv­er à ses fins (les inces­sants appels du pied faits au spec­ta­teur sur le dos des per­son­nages sec­ondaires, dont les acteurs prin­ci­paux se moquent sou­vent). En somme, Polisse prof­ite d’une solide matière doc­u­men­taire pour redonner un peu d’au­then­tic­ité aux créa­tures médi­a­tiques qu’il emploie. Il fait sou­vent penser à ces plateaux de télé bigar­rés où tout le monde se serait déguisé en flic le temps d’un sketch.

Bref, sous quelque angle qu’on le prenne, Polisse ne pro­pose rien d’autre à son spec­ta­teur qu’un rap­port de com­plic­ité envers le petit groupe d’artistes qui a con­tribué à sa pro­pre exis­tence. En voilà un qui tend déjà les mains vers sa (prob­a­ble) récom­pense.

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