The Thing
  • The Thing
  • États-Unis2011
  • Réalisation : Matthijs van Heijningen Jr
  • Scénario : Eric Heisserer
  • d'après : la nouvelle Who Goes There ?
  • de : John W. Campbell Jr
  • Image : Michel Abramowicz
  • Montage : Julian Clarke, Peter Boyle
  • Musique : Marco Beltrami
  • Producteur(s) : Marc Abraham, Eric Newman
  • Interprétation : Mary Elizabeth Winstead (Kate Lloyd), Joel Edgerton (Sam Carter), Adewale Akinnuoye-Agbaje (Derek Jameson), Ulrich Thomsen (Dr Sander Halvorson), Eric Christian Olsen (Adam Goodman), Trond Espen Seim (Edvard Wolner)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 12 octobre 2011
  • Durée : 1h43

Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur...


Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur...

Au ray­on des pre­quels que per­son­ne n’a vus venir tant leur néces­sité est loin d’être évi­dente, The Thing — prélude, donc, à The Thing — se pose là. Sous le coup de la per­plex­ité, on prendrait presque pour un bon présage le fait que ce film reprenne le titre exact de son inspi­ra­tion, rompant ain­si avec le stan­dard pom­peux des titres de pre­quels, qui nous promet­tait des instants d’hi­lar­ité comme The Thing Begins ou Rise of the Thing. Il a un bon pré­texte pour cela : son intrigue précède directe­ment celle du film de John Carpenter[ref]Ce qui en fait, ironique­ment, le remake de la pre­mière adap­ta­tion de la nou­velle Who Goes There ? de John W. Camp­bell Jr : La Chose d’un autre monde de Chris­t­ian Nyby, œuvre sémi­nale dont le film de Car­pen­ter se veut lui-même un remake, mais placé d’un point de vue dif­férent, a pos­te­ri­ori — un peu comme une suite, en fait… Vous suiv­ez ?[/ref], au point de se con­clure en bouclant la boucle sur la pre­mière scène choc de ce dernier (celle qui, rap­pelons-le, implique un chien et un héli­cop­tère). Les pro­duc­teurs de ce pre­quel ambi­tion­nent de ne pas offrir un épisode de plus, mais une par­tie qui, jux­ta­posée au film orig­inel, con­stituerait un seul et même réc­it. L’am­bi­tion nar­ra­tive est louable. Seule­ment, au vu de la jux­ta­po­si­tion, un déséquili­bre saute aux yeux.

Si mal­gré nos efforts, le préjugé sup­posant l’in­féri­or­ité de tout remake/suite/pre­quel com­paré à l’œu­vre orig­i­nale sub­siste d’en­trée de jeu, c’est parce que dans ce cas pré­cis, la notion même de pre­quel, d’ “orig­ine du mal”, paraît antin­o­mique de la sub­stance du film de Car­pen­ter. Celui-ci base son effi­cac­ité sur le doute sus­cité non seule­ment par les zones d’om­bre, la caméra sug­ges­tive, les apparences humaines soudain indignes de con­fi­ance, mais aus­si par le fait que la men­ace est d’o­rig­ine tout à fait incon­nue. Pas d’ex­pli­ca­tion, pas d’his­torique : la “chose” est sim­ple­ment là — elle y a peut-être tou­jours été avant que les hommes ne vien­nent la déranger — il ne saurait être ques­tion d’en saisir les con­tours. De son côté, le pre­quel recon­stitue con­scien­cieuse­ment tout ce qui s’est passé dans cette base norvégi­en­ne de l’Antarc­tique avant que Kurt Rus­sell et sa bande ne vien­nent en inspecter les décom­bres, exhibe sa “chose” et ses rav­ages physiques — comme l’as­sim­i­la­tion de ses vic­times — plein cadre et plutôt dix fois qu’une. Ain­si porté par son cahi­er des charges d’ex­po­si­tion et de réponse à des ques­tions de scé­nario qu’on ne se posait pas vrai­ment, il donne l’im­pres­sion d’a­vancer à rebours de l’héritage du film qui l’a inspiré, alors même qu’il en reprend osten­si­ble­ment les principes les plus facile­ment sai­siss­ables (muta­tion, con­t­a­m­i­na­tion, para­noïa, usage du lance-flamme…). Les ponts qu’il lance vers le film de Car­pen­ter appa­rais­sent dès lors comme autant de points de com­para­i­son en sa défaveur, et lais­sent seule­ment espér­er l’émer­gence d’une valeur ajoutée qui lui serait pro­pre.

L’horreur standardisée

Le meilleur ser­vice à ren­dre à “la Chose” de 2011 serait a pri­ori de le con­sid­ér­er hors de toute référence à “la Chose” de 1982, comme un film de mon­stre se suff­isant à lui-même — et annonçant évidem­ment une suite. Ceci dit, même sous cet angle (dif­fi­cile à attein­dre, tant le film fait des efforts pour mon­tr­er sa fidél­ité au matéri­au de base), le spéci­men peine à se faire une iden­tité. Le novice néer­landais Matthi­js van Hei­jnin­gen Jr se révèle un bon exé­cu­tant, qui plus est aidé par des effets spé­ci­aux con­va­in­cants nous ser­vant une “chose” loin d’être ridicule, pro­téi­forme aux con­tours de chair tor­turée. Mais il ne mon­tre pas le quart de l’ef­fi­cac­ité, du sens de l’e­space et du temps pro­pres à tir­er le meilleur des com­posantes que lui et le scé­nario qu’il illus­tre ont repris d’un autre film et artic­u­lent mécanique­ment : peur de l’as­sim­i­la­tion, para­noïa général­isée, l’homme se retour­nant con­tre l’homme et remet­tant en ques­tion son human­ité. Les élé­ments sus­cep­ti­bles de porter ces idées — les per­son­nages dont cha­cun pour­rait cacher un mon­stre et en engen­dr­er un autre, l’usage d’une arme aus­si ter­ri­fi­ante que le lance-flamme, les petits coups de théâtre fin­aux (lesquels n’en seront pas vrai­ment pour qui se sou­vient des pre­mières min­utes du film de 1982) — restent ici des acces­soires tris­te­ment stan­dard­is­és aux­quels on s’habitue : mot ter­ri­ble pour un film d’hor­reur. Seules les dernières images, rac­cord avec le film de Car­pen­ter con­clu abrupte­ment par les coups de feu marte­lant l’ur­gence face à la men­ace, ren­dent tant soit peu pal­pa­bles les enjeux. Elles n’en éclairent guère pour autant sur ce qui a pu pouss­er à adjoin­dre, à un joy­au du ciné­ma d’épou­vante se suff­isant large­ment à lui-même, cet appen­dice tout à fait anec­do­tique.

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