Oxygène

Oxygène

de Hans Van Nuffel

  • Oxygène
  • (Adem)
  • Belgique2011
  • Réalisation : Hans Van Nuffel
  • Scénario : Jean-Claude Van Rijckeghem, Hans Van Nuffel
  • Image : Ruben Impens
  • Son : Dirk Bombey
  • Montage : Alain Dessauvage
  • Musique : Spinvis
  • Producteur(s) : Dries Phlypo, Jean-Claude Van Rijckeghem
  • Production : A Private View, Lemming Film
  • Interprétation : Stef Aerts (Tom), Wouter Hendrickx (Xavier), Marie Vinck (Anneleen), Anémone Valcke (Eline), Rik Verheye (Jimmy)
  • Date de sortie : 12 octobre 2011
  • Durée : 1h38

Oxygène

de Hans Van Nuffel

À bout de souffle


À bout de souffle

Pour son pre­mier long-métrage, le jeune réal­isa­teur belge Hans Van Nuffel a choisi, non sans courage tant l’exercice est périlleux, de traiter d’une mal­adie géné­tique, la muco­vis­ci­dose, à tra­vers une fic­tion. Oxygène sem­blait sur le papi­er plein de promess­es : sans drames et sans larmes, un por­trait de groupe de malades atteints de la muco­vis­ci­dose, par­mi lesquels un ado­les­cent dévoré par le besoin de se sen­tir exis­ter avant de n’être plus capa­ble de respir­er sans bouteille d’oxygène. Mais mal­gré un sujet ambitieux, le film se can­tonne à une pein­ture terne de cette quête de soi ado­les­cente desservie par une mise en scène assez plate.

Tom, ani­mal de lab­o­ra­toire depuis sa plus ten­dre enfance, habitué des longs séjours hos­pi­tal­iers, sait que ses jours sont comp­tés à mesure que sa capac­ité res­pi­ra­toire dimin­ue. Implaca­ble fardeau de la muco­vis­ci­dose dont son frère aîné est égale­ment atteint et dont il voit, de mois en mois, la pro­gres­sion infail­li­ble. Tom refuse de vivre comme ce frère, enchaîné à une bouteille d’oxygène et atten­dant son tour pour obtenir une greffe de poumons. Enfant crain­tif observé comme un cas d’école par des savants au cen­tre d’un théâtre anatomique dans la séquence d’ouverture, devenu un ado­les­cent dés­abusé qui porte son mal de vivre dans les couloirs et la cafétéria d’un hôpi­tal qu’il fréquente plus que sa pro­pre mai­son, il préfère brûler la chan­delle par les deux bouts que de se con­sumer dans l’attente d’une greffe qui ral­longerait son espérance de vie.

Assor­ti de son pote Jim­my, ver­sion fla­mande du par­fait cock­ney, la mèche lus­trée avec le même soin que ses jantes de voiture, Tom tue le temps entre petits larcins et virées sans but dans une tire car­rossée comme un Kinder sur­prise. Si le film est chapitré d’ellipses de plusieurs années, le temps ne sem­ble pas avoir de prise sur Tom, qui reste le même ado­les­cent indé­cis. Le scé­nario ébauche des pistes invraisem­blables, tel un improb­a­ble traf­ic de médica­ments auquel se livr­eraient les deux copains après un pre­mier vol fructueux dans les réserves de l’hôpital ouvertes à tous les vents. Au détour d’un couloir d’hôpital, Tom finit quand même par ren­con­tr­er des têtes moins abru­ties que son vieux copain Jim­my dont le QI dépasse dif­fi­cile­ment sa tem­péra­ture annale. Xavier, un baroudeur aux airs de grand frère (Wouter Hen­drickx, tout droit sor­ti de La Merdi­tude des choses), souf­fre lui aus­si de la muco­vis­ci­dose, tout comme sa petite amie Anneleen (la pétil­lante Marie Vinck) qui ne veut pas que sa mal­adie soit un obsta­cle à son désir d’enfant. Face à ce cou­ple parental bien plus com­bat­if que les siens, Tom échappe au fatal­isme qui plombe son quo­ti­di­en, longues dis­putes famil­iales où les adultes, médecins ou par­ents, voudraient pren­dre à sa place des déci­sions qui lui appar­ti­en­nent, et anniver­saires sans joie où ni son frère ni lui n’ont jamais assez d’air pour souf­fler leurs bou­gies. Avec Eline, princesse con­tagieuse en quar­an­taine dans une cham­bre vit­rée, Tom ébauche une his­toire d’amour télé­phonique aux accents de sous-Rest­less. Sor­tie de l’univers ouaté de l’hôpital, leur romance tourne à l’aigre et Tom revient bien­tôt à ses ami­tiés mas­cu­lines.

En dépit d’une toile de fond sai­sis­sante, la muco­vis­ci­dose, à laque­lle la mise en scène aurait pu don­ner toute sa dimen­sion d’étouffement et d’urgence, Oxygène se con­tente d’un por­trait sans relief d’un ado­les­cent maus­sade. À force de recen­tr­er toute son intrigue sur un jeune homme inca­pable de faire un choix de vie, le film pié­tine dans des scènes sans véri­ta­ble enjeu nar­ratif. Tom est sans cesse con­fron­té à des fig­ures d’autorité (père, médecin) qu’il dén­i­gre en bon ado­les­cent, ou bien à des miroirs de lui-même (son frère ou Xavier) dans lesquels il ne parvient pas à trou­ver des mod­èles. Reflets des doutes qui habitent le jeune homme, ces fig­ures en miroir ne font pas pro­gress­er un réc­it qui s’embourbe dans une chronique monot­o­ne du spleen ado­les­cent sur fond de couloirs d’hôpital. Le mon­tage aurait pu être sen­soriel et hale­tant, témoign­er de l’essoufflement pro­pre à la mal­adie qui acca­ble presque tous les per­son­nages du film. Au lieu de quoi il s’étire en intrigues par­al­lèles sans grand intérêt. Reste un film dont on pour­rait bien écrire sans mau­vais jeu de mots qu’il manque de souf­fle.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !