The Trip

The Trip

de Michael Winterbottom

  • The Trip
  • Grande-Bretagne2010
  • Réalisation : Michael Winterbottom
  • Scénario : Michael Winterbottom
  • Image : Ben Smithard
  • Montage : Mags Arnold, Paul Monaghan
  • Musique : Michael Nyman
  • Producteur(s) : Andrew Eaton, Melissa Parmenter
  • Interprétation : Steve Coogan (Steve), Rob Brydon (Rob), Margo Stilley (Mischa)…
  • Distributeur : Ad Vitam
  • Date de sortie : 20 juillet 2011
  • Durée : 1h47

The Trip

de Michael Winterbottom

Has been made in England


Has been made in England

On prend les mêmes et on recom­mence : cinq ans après Tour­nage dans un jardin anglais, Michael Win­ter­bot­tom réu­nit, pour la sec­onde fois, Steve Coogan et Rob Bry­don dans leur pro­pre rôle pour un road-movie culi­naire dans la cam­pagne anglaise qui se fait l’occasion d’un con­flit d’amour-propre tra­gi-comique.

À un moment où la car­rière des deux stars bri­tan­niques se trou­ve en légère perte de vitesse et qu’ils men­a­cent de vir­er has been, Win­ter­bot­tom leur offre avec The Trip un espace où exercer leur caboti­nage d’acteurs comiques frus­trés. D’ailleurs, de quelle nature est cette frus­tra­tion ? Pour Coogan, on le com­prend rapi­de­ment, elle est de ne pas faire de ciné­ma. « I want to be in films ! » assène-t-il à son agent out­re-Atlan­tique. On entrevoit ici l’éternel com­plexe du come­di­an qui voudrait bien devenir un vrai actor et décrocher, pourquoi pas, un oscar. En cela, le film est intéres­sant parce qu’il dresse un con­stat plutôt triste, à savoir que la comédie n’a pas fini d’être con­sid­érée comme un genre ingrat. Mais là où le bât blesse, c’est quand Win­ter­bot­tom tombe lui-même dans cette dépré­ci­a­tion des puis­sances du genre et ponctue son trip par des scènes d’émotions gra­tu­ites qui brisent lit­térale­ment la dynamique du film. On aurait appré­cié plus d’insolence, mais le cinéaste nous offre à la place une comédie qui ne s’assume pas tou­jours et sol­licite le pathos pour légitimer son exis­tence.

Dis­cus­sion entre Coogan et Bry­don : le sec­ond demande au pre­mier s’il accepterait que son fils soit malade pen­dant quelques jours pour décrocher un oscar ; hési­ta­tion de Coogan puis réso­lu­tion morale : non quand même faut pas décon­ner, son fils c’est plus impor­tant. On aurait préféré, bien sûr, voir l’acteur accepter un tel com­pro­mis et le réal­isa­teur assumer une telle incon­ve­nance. Mais dès que les acteurs vont trop loin, Win­ter­bot­tom les reprend et les replace sur les rails de la bien-pen­sance, jusqu’à con­clure son film dans le mélo­drame et nous livr­er une leçon de morale dont on se serait bien passé (l’amour parental prenant le pas sur son ambi­tion, Coogan refuse un rôle impor­tant pour la télé améri­caine pour ne pas s’éloigner de son fils). Le point de départ est pour­tant là : la présence de Coogan et Bry­don en ringards qui ne font plus rire qu’eux pou­vait laiss­er sup­pos­er un film imper­ti­nent, mais Win­ter­bot­tom les con­traint mal­heureuse­ment trop sou­vent à la politesse et à l’apitoiement et les enferme dans un scé­nario ron­ron­nant.

Le film con­tient néan­moins son lot de scènes très drôles, mais celles-ci ont l’allure de sketch­es qu’on regarderait volon­tiers sur YouTube sans pour autant voir le film dans son entier (la dou­ble imi­ta­tion de Michael Caine compt­abilise déjà plus d’un mil­lion de vues sur le site nom­mé). Si YouTube aime à frag­menter les films pour ériger cer­tains pas­sages en moments d’anthologie, The Trip se prête par­ti­c­ulière­ment bien à l’exercice, ce qui nous dit quelque chose de sa forme et de sa con­struc­tion. À l’image des restau­rants vis­ités par Coogan et Bry­don, il y a à pren­dre et à laiss­er dans ce film, et les moments d’imitation comme celui cité font par­tie de ce que l’on veut bien retenir. À laiss­er sur le bord de l’assiette : les scènes filmées façon Les Escapades de Petitre­naud des restau­rants et cuisines qui ponctuent la route des deux cabotins. Win­ter­bot­tom, con­nu pour nav­iguer d’un extrême à un autre – de la comédie anglaise au thriller sud­iste en pas­sant par le drame poli­tique – se perd un peu ici entre la comédie com­plexé et le reportage culi­naire. On aimerait à l’avenir qu’il s’attarde un peu plus sur les pos­si­bil­ités du genre qu’il explore à chaque film plutôt que de les sur­v­ol­er. Car à force de vouloir être partout, il donne finale­ment l’étrange impres­sion d’être en décalage horaire con­stant.

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