Honey 2 – Dance Battle

Honey 2 – Dance Battle

de Bille Woodruff

  • Honey 2 – Dance Battle
  • (Honey 2)
  • États-Unis2011
  • Réalisation : Bille Woodruff
  • Scénario : Alyson Fouse, Blayne Weaver
  • Image : David Klein
  • Montage : Paul Millspaugh
  • Musique : Tim Boland, Sam Retzer
  • Producteur(s) : Paul Hellerman
  • Interprétation : Katerina Graham (Maria), Randy Wayne (Brandon), Christopher «War» Martinez (Luis), Seychelle Gabriel (Tina)...
  • Date de sortie : 20 juillet 2011
  • Durée : 1h50

Honey 2 – Dance Battle

de Bille Woodruff

Ne zappez pas


Ne zappez pas

La forme de diver­tisse­ment que pro­cure Hon­ey 2 – Dance Bat­tle est de celles qui ont ten­dance à pren­dre peu à peu un goût amer. Il est facile de se laiss­er bercer – ou plutôt sec­ouer – par un tel réc­it, mais son effi­cac­ité repose sur des tac­tiques si dénuées de noblesse que c’est là un plaisir presque coupable.

Hon­ey 2 n’est pas vrai­ment la suite de Hon­ey, mais plutôt une deux­ième pro­duc­tion à par­tir d’un même moule. Plus, donc, de Jes­si­ca Alba à l’horizon, c’est cette fois Kate­ri­na Gra­ham qui va vivre une suc­cess-sto­ry semée d’embûches. Son char­mant petit ami Luis lui ayant fait porter le cha­peau pour un délit dont il était coupable, la jeune Maria est con­trainte de pass­er quelque mois dans une prison pour mineurs. À sa sor­tie, elle tente d’éviter les ennuis inévitable­ment liés au 718, le crew de danseurs dirigé par Luis dont elle fai­sait jadis par­tie. En tra­vail­lant comme femme de ménage dans l’école de danse de la Hon­ey du pre­mier volet, elle ren­con­tre bien­tôt un groupe de danseurs qu’elle prend en main dans le but de bat­tre le 718 (et donc de se venger de son petit ami et de ses acolytes délin­quants) dans l’émission télévisée « Dance Bat­tle Zone ». On ne peut donc pas dire que le scé­nario évac­ue totale­ment la dimen­sion sociale asso­ciée aux pra­tiques de street dance, mais celle-ci est instru­men­tal­isée avec une telle lour­deur qu’il eût été préférable qu’il s’ab­sti­enne de s’aven­tur­er sur ce ter­rain.

Le film est à l’im­age de son actrice prin­ci­pale : il table sur l’én­ergie plutôt que de chercher à dépein­dre une quel­conque forme de réal­ité – psy­chologique, émo­tion­nelle, soci­ologique… Kate­ri­na Gra­ham a trois expres­sions faciales, mais une présence néan­moins cap­ti­vante qui a ici tout le loisir de se déploy­er. Qu’elle passe la ser­pil­lère, mange une piz­za ou démon­tre à son nou­veau crew ses tal­ents de danseuse, le mélange entre la vul­gar­ité irré­press­ible de l’ac­trice et la déter­mi­na­tion du per­son­nage pro­duit un résul­tat qui peut fascin­er. On notera au pas­sage que l’im­pact du male gaze sur le cast­ing est ici évi­dent, car si ses cama­rades féminines déga­gent cha­cune une présence intéres­sante, le blond jeune homme qui séduira l’héroïne pos­sède lui, comme par hasard, un charisme proche du zéro.

Pour oblig­er le spec­ta­teur à s’intéresser à l’his­toire lour­de­ment morale qu’il a entre­pris de racon­ter, Bille Woodruff a recours aux méth­odes les plus bass­es : out­re le sex-appeal de l’actrice prin­ci­pale, l’efficience du film repose presque exclu­sive­ment sur le rythme, aus­si bien nar­ratif (les rebondisse­ments s’enchaînent sans arrêt) que plas­tique – la durée moyenne des plans devant se situer au dessous de deux sec­on­des –, le tout enrobé d’une bande-son con­sti­tuée de tubes du moment.

À con­di­tion d’avoir un cer­tain goût pour l’observation du déchaîne­ment d’énergie totale­ment gra­tu­it que représente un tel type de danse, et mal­gré la présence con­tre-pro­duc­tive du con­tenu moral, on peut donc pren­dre plaisir à ce mitrail­lage d’images. Mais l’on risque égale­ment de ressen­tir à un moment ou un autre une cer­taine tristesse face au manque d’am­bi­tion absolu que le film man­i­feste. À aucun moment il ne cherche à être autre chose que l’ap­pli­ca­tion d’une recette qui a fait ses preuves. Cela est par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble au niveau du scé­nario : cha­cun des per­son­nages est sché­ma­tique­ment défi­ni par quelques traits rapi­de­ment iden­ti­fi­ables, facil­i­tant l’identification de n’importe quel spec­ta­teur-cible à l’un ou l’autre d’entre eux. La trame nar­ra­tive ne nous épargne aucun lieu com­mun, mais ce sont encore les dia­logues qui impres­sion­nent le plus puisqu’ils sont exclu­sive­ment con­stru­its à par­tir de répliques éculées (pour cer­taines, le mot est faible). On aimerait attribuer cela à une forme d’audace mais soyons réal­istes, il faut plutôt y voir le signe d’un mépris absolu de l’intelligence du pub­lic.

L’écriture et la réal­i­sa­tion de Hon­ey 2 obéis­sent en somme à une seule devise : « ne zappez pas ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Bille Woodruff est d’abord et surtout réal­isa­teur de clips, et si le film intè­gre dans toute sa dernière par­tie la ver­sion fic­tion­nelle d’une émis­sion télévisée réelle. Sans vouloir égaler son pro­pre manichéisme, on se dit qu’à un objet ayant voca­tion à être con­som­mé plutôt que regardé, l’appellation de « pro­duit audio­vi­suel » con­viendrait mieux que celle de « film ».

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