Sortilège

Sortilège

de Daniel Barnz

  • Sortilège
  • (Beastly)
  • États-Unis2010
  • Réalisation : Daniel Barnz
  • Scénario : Daniel Barnz
  • d'après : le roman Beastly
  • de : Alex Flinn
  • Image : Mandy Walker
  • Montage : Thomas J. Nordberg
  • Musique : Marcelo Zarvos
  • Producteur(s) : Susan Cartsonis
  • Production : Storefront Pictures
  • Interprétation : Alex Pettyfer (Kyle), Mary-Kate Olsen (Kendra), Vanessa Hudgens (Lindy), Lisa Gay Hamilton (Zola), Neil Patrick Harris (Will)...
  • Date de sortie : 6 juillet 2011
  • Durée : 1h24

Sortilège

de Daniel Barnz

Harlequinade


Harlequinade

S’il y a bien quelque chose que le suc­cès de la saga Twi­light nous aura appris, c’est qu’il y a tou­jours – tou­jours plus ? – un pub­lic pour les con­tes de fées rose bon­bon – un pub­lic guère exigeant. Pour­suiv­ant sa car­rière de j‑au­rais-pu-être-Robert-Pat­tin­son, Alex Pet­tyfer rejoue, avec ce Sor­tilège exem­plaire­ment prévis­i­ble et choupinet, une « Belle et la Bête » dont la naïveté ferait même rigol­er les auteurs de la ver­sion Dis­ney.

Pour­tant, l’adaptation de l’auteur Alex Flinn, par le réal­isa­teur Daniel Barnz lui-même, sem­ble avoir posé prob­lème : en témoigne le désas­treux twist au milieu du film. La pre­mière par­tie s’annonce fidèle aux arcanes du con­te : Kyle (Alex Pet­tyfer) est un fils-à-papa fat et insup­port­able, élevé – c’est la faute à papa ! – par un père grand avo­cat du culte de l’apparence, qui se sait beau et en joue sans la plus petite once de ver­gogne. Face à lui, deux femmes : la pre­mière est la gen­tille-trop-gen­tille Lindy qui se fait écras­er sociale­ment par le beau gosse, mignon­nette inter­prétée par Vanes­sa Hud­gens ; la sec­onde, la blonde qui se moque du regard des autres, et qui, ô hasard, est… une sor­cière (Mary-Kate Olsen).

Ben oui, c’est comme ça, deman­dez à Roald Dahl, les sor­cières sont partout. Celle-ci, humil­iée publique­ment par notre Kyle, tout de même pass­able­ment con, décide de se venger et lui refait la façade en mode maori-chauve-à-perc­ings : il restera comme ça toute sa vie s’il ne trou­ve pas, avant un an, quelqu’un pour lui dire « je t’aime ». Et, c’est évidem­ment la gen­tille Lindy qui va faire l’objet de son choix.

On ne s’étendra pas sur la con­clu­sion du film, prévis­i­ble comme on n’en fait plus (pas même un soupçon de sus­pens, pas même un doute, rien). On appréciera tout de même l’aspect par­ti­c­ulière­ment peu crédi­ble et tiré par les cheveux de la rai­son pour laque­lle Lindy se retrou­ve enfer­mée dans le « château » de Kyle-dif­forme (appelé désor­mais Hunter, ce qui est vache­ment plus cool). Tout, dans la rela­tion « à con­stru­ire » entre Kyle et Lindy, respire la facil­ité, l’approche la plus pre­mier degré pos­si­ble de son sujet : offrir du rêve niaiseux, à bon marché, sans le moin­dre risque d’opposer une con­trar­iété quel­conque à son audi­toire. Gros bémol pour les dis­trib­u­teurs : à sor­tir un machin pareil, autant que ce soit pour la Saint-Valentin…

Mais bon, soit. On pour­rait s’étendre une énième fois sur la pau­vreté de l’imaginaire, le sim­plisme crim­inel et affreuse­ment niais de la romance à la sauce « généra­tion Twi­light » – cela a‑t-il encore un intérêt ? Oublions pour une fois le procès d’intention pour nous con­cen­tr­er sur Sor­tilège lui-même. En dehors de son sujet prin­ci­pal, deux per­son­nages nous occu­pent prin­ci­pale­ment : les « aides » de Hunter, dans son isole­ment pour cause de laideur. La pre­mière, c’est Zola (sic) (Lisa Gay Hamil­ton), l’aide noire de notre mal­heureux héros, évidem­ment émi­grée, évidem­ment séparée de sa famille, évidem­ment sage et patiente. Un bon point pour les quo­tas raci­aux arché­ty­paux. Le sec­ond, c’est Will, le « prof » aveu­gle, inter­prété par Neil Patrick Har­ris, ultra­pop­u­laire inter­prète de Bar­ney Stin­son dans How I Met Your Moth­er, et dont le per­son­nage ne sert à rien, pas même de com­ic relief occa­sion­nel. Un bon point pour le cast­ing bank­able mais sans la moin­dre once d’intelligence dans l’écriture des rôles, égale­ment.

Finale­ment, Sor­tilège présente un intérêt : celui de con­stituer un exem­ple par­fait de créa­tion cynique, préoc­cupée unique­ment de caress­er son audi­toire dans le sens du poil – en somme, une écri­t­ure pub­lic­i­taire ver­sion longue, guère sur­prenante mais qui, tout de même, ne manque pas de faire frémir par son absence com­plète de scrupules.

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