Blitz

Blitz

de Elliott Lester

  • Blitz
  • Royaume-Uni2011
  • Réalisation : Elliott Lester
  • Scénario : Nathan Parker
  • d'après : le roman N&B Blitz
  • de : Ken Bruen
  • Image : Rob Hardy
  • Décors : Max Gottlieb
  • Montage : John Gilbert
  • Musique : Ilan Eshkeri
  • Producteur(s) : Zygi Kamasa
  • Production : Lionsgate UK
  • Interprétation : Jason Statham (Brant), Paddy Considine (Nash), Aidan Gillen (Blitz), Zawe Ashton (Falls), David Morrissey (Harold Dunlop), Mark Rylance (Roberts), Bill Champion (Dr Leonard), Elly Fairman (Sandra Bates), Stephen Harwood-Brown (Stokes)...
  • Date de sortie : 22 juin 2011
  • Durée : 1h37

Blitz

de Elliott Lester

Coups de feu à Notting Hill


Coups de feu à Notting Hill

Il n’est pas rare que cer­taines vedettes du ciné­ma d’action, traî­nant avec elles une fil­mo­gra­phie par­fois écras­ante, engloutis­sent les pro­jets de sec­ond plan qui s’offrent leurs ser­vices. C’est ce qu’il y avait à crain­dre de Blitz, polar lon­donien pas dénué de poten­tiel, mais dont la tête d’affiche – l’inexpressif Jason Statham – lais­sait présager, au mieux, un per­son­nage borné à une défer­lante de testostérone écervelée, au pire, la con­ta­gion de ce grand vide à l’ensemble du film. Au temps pour nous : Blitz est une rel­a­tive bonne sur­prise, à la faveur d’un scé­nario qui n’emprunte pas les autoroutes du genre, et ménage quelques à‑côtés servis par un cast­ing friand de con­tre-emplois plutôt savoureux.

Ain­si donc Statham enfile-t-il le cos­tume usé, rapiécé, rac­com­modé, exténué du « flic au bout du rouleau / aux méth­odes dis­cuta­bles » – motif infati­ga­ble du ciné­ma polici­er, bien qu’avant tout issu de la lit­téra­ture dont il découle. Il est par­fois agaçant de voir avec quelle fatal­ité la con­struc­tion d’un per­son­nage de polici­er opte volon­tiers pour un mod­èle aus­si mythologique, sat­uré de références, quand elle pour­rait dévelop­per une infinité d’autres pistes. De sur­croît, l’habit sied a pri­ori bien mal à la fig­ure acto­rielle dévelop­pée par le pas­sif de Statham, dont on dégagera prin­ci­pale­ment un début de car­rière – occa­sion­nelle­ment recon­vo­qué – dans le polar par­o­dique bri­tan­nique post-Taran­ti­no, et une explo­sion à l’international dans des rôles mus­culeux qui lui val­urent même son ordi­na­tion dans un récent film à valeur de pan­théon du genre. Bref, une entrée en matière bien déli­cate pour Blitz, qui tire une dou­ble mau­vaise pioche entre un motif réchauf­fé jusqu’à l’écœurement et un comé­di­en qui peine à l’assumer.

Un Statham movie agréablement fissuré

C’est dans l’arrière-plan du tableau qu’Elliott Lester – encore par­faite­ment incon­nu du pub­lic hexag­o­nal – tire son épin­gle du jeu. Pas de con­tre-emploi pour le trans­porteur : il demeure la casse­role du film, traîne les savates dans des scènes équiv­o­ques où son jeu de body­builder fait chou blanc. On ne joue pas de la harpe avec des mou­fles. C’est avec ses per­son­nages sec­ondaires que le scé­nario de Blitz – grâce, peut-être, au roman de Ken Bru­en – réveille la potée habituelle. Le cast­ing présente en effet une poignée d’à‑côtés savoureux : un tueur en série peu à peu moins prévis­i­ble qu’il sem­blait être dans le rôle du fou incon­trôlable, une jeune offi­cière issue des bas quartiers, qui fait face à un cer­tain com­plexe quant à sa légitim­ité à « pass­er de l’autre côté », et surtout un lieu­tenant gay qui doit compter avec la pop­u­la­tion toute en tolérance d’un com­mis­sari­at de l’East End. Le film de Lester est peu­plé d’étranges sur­pris­es qui tein­tent d’humanité ce pro­duit d’apparence plutôt typée ciné­ma de genre.

Men­tion spé­ciale pour le per­son­nage du col­lègue homo­sex­uel, qui con­cen­tre autour de lui les prin­ci­paux atouts du film. D’abord, une approche vierge de références : d’autant plus appré­ciée dans le cas d’un thème que le con­formisme pousserait à abor­der de façon tris­te­ment réac­tion­naire. Rien de pit­toresque dans l’homosexualité de Nash – remar­quable­ment inter­prété, et cette fois-ci dans un réel con­tre-emploi, par Pad­dy Con­si­dine: elle n’est que le motif douloureux, puis cica­trisé, d’une cer­taine soli­tude, dans un milieu où on la lui par­donne dif­fi­cile­ment. Pas non plus de cama­raderie chiqué entre les tra­di­tion­nels « per­son­nages que tout oppose » : le piège du bud­dy movie est soigneuse­ment évité, et les parte­naires, unis par un sim­ple respect mutuel, font front com­mun à une ques­tion morale plutôt qu’à un apprivoise­ment toc[ref]À ce niveau, énorme bémol tout de même : le film se vautre à la fin dans une bête apolo­gie de la jus­tice expédi­tive. Bien qu’anecdotique, cette erreur reste d’une mal­adresse assez effarante.[/ref].

À la faveur de ses mul­ti­ples intrigues sec­ondaires, la cav­al­cade du tueur et de ses pour­suiv­ants s’avère éton­nam­ment vivante, prenant à revers quelques habi­tudes de nar­ra­tion, choix grat­i­fié d’un sus­pense authen­tique. Même s’il cède par­fois à quelques automa­tismes prob­a­ble­ment résidu­els de la car­rière de pub­lic­i­taire du réal­isa­teur, Blitz main­tient peu ou prou le ton et s’en tire assez hon­or­able­ment.

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