Pourquoi tu pleures ?

Pourquoi tu pleures ?

de Katia Lewkowicz

  • Pourquoi tu pleures ?
  • France2011
  • Réalisation : Katia Lewkowicz
  • Scénario : Katia Lewkowicz, Marcia Romano
  • Image : Laurent Brunet
  • Décors : François-Renaud Labarthe
  • Son : Roman Dymny, David Rit, Daniel Sobrino
  • Montage : Célia Lafitedupont
  • Musique : Benjamin Biolay, Marc Chouarain
  • Producteur(s) : Grégory Barrey, Jean-Baptiste Dupont, Jean Labadie
  • Production : Panorama Films, LGM Cinéma, Le Pacte
  • Interprétation : Benjamin Biolay (Arnaud), Emmanuelle Devos (la sœur), Valérie Donzelli (Anna), Nicole Garcia (la mère), Sarah Adler (Léa), Éric Lartigau (Paco)
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 15 juin 2011
  • Durée : 1h39

Pourquoi tu pleures ?

de Katia Lewkowicz

Et pourquoi pas ?


Et pourquoi pas ?

Sec­ond rôle dis­cret, mais dont le jeu d’actrice fait générale­ment mouche, Katia Lewkow­icz tente un pas­sage risqué à la réal­i­sa­tion en plaçant sur les épaules d’un comé­di­en pas franche­ment con­fir­mé – Ben­ja­men Bio­lay – la lourde respon­s­abil­ité d’incarner le mod­èle du quadragé­naire con­fron­té aux angoiss­es du mariage. Était-ce une si bonne idée ?

Dégaine non­cha­lante, clope au bec, cheveux gras et style débrail­lé… Il est vrai que Ben­jamin Bio­lay sem­ble dégager une forme de cinégénie le prédis­posant à incar­n­er le moin­dre per­son­nage déserté par toute respon­s­abil­ité, le ren­dant générale­ment esclave d’une tutelle extérieure (récem­ment vis­i­ble sous les traits de Yolande More­au, dans le navrant La Meute de Franck Richard). Accen­tu­ant cette typ­i­fi­ca­tion, Katia Lewkow­icz démon­tre un savoir-faire dans le choix de comé­di­ens en par­faite adéqua­tion avec la car­ac­téri­sa­tion des per­son­nages du film, qu’il s’agisse de la sœur un brin colérique incar­née par Emmanuelle Devos ou de la mère endeuil­lée et quelque peu névrosée que campe Nicole Gar­cia. Cette galerie de per­son­nages car­ac­tériels s’agitent donc autour des pré­parat­ifs du mariage d’Arnaud (alias Ben­jamin Bio­lay), lais­sant à ce dernier l’impression d’assister impuis­sant à l’organisation de sa pro­pre vie. De sa sœur Cécile à son meilleur pote Lau­rent, l’excitation de son entourage proche et en par­ti­c­uli­er de son envahissante belle-famille, ne fait que ren­voy­er Arnaud à ses pro­pres doutes sur le bien­fait de l’engagement. Or un soir, au cours d’un enter­re­ment de vie de garçon impro­visé, Arnaud tombe sous le charme de Léa, une jeune danseuse dont l’indépendance lui offre certes quelques moments de res­pi­ra­tion (et autres), mais l’enferme pro­gres­sive­ment dans une impasse, qui coïn­cide égale­ment avec le retour de sa future épouse Anna.

Ce qui sem­ble au pre­mier abord instau­r­er une sin­gu­lar­ité de ton dans ce pre­mier long-métrage, c’est que les angoiss­es sus­citées par la ques­tion de l’engagement et du mariage y sont évo­quées d’un point de vue pure­ment mas­culin, à tra­vers les péripéties d’Arnaud à quelques jours de l’heure fatidique, tout en étant orchestrée des mains d’une réal­isatrice. Une dual­ité (sex­uelle) entre le per­son­nage prin­ci­pal et la réal­isatrice qu’on aurait aimé voir évoluer sous forme de dis­tan­ci­a­tion, tant cela aurait per­mis à Katia Lewkow­icz d’épingler les pseu­do-codes de mas­culin­ité avec humour, cynisme, et peut-être même féminité. Hélas, la réal­isatrice sem­ble davan­tage vouloir sculpter une mas­culin­i­sa­tion des sit­u­a­tions dra­ma­tiques plutôt que d’imprégner le film et ses intrigues prin­ci­pales d’un point de vue féminin. Au lieu de détourn­er les codes de la comédie sen­ti­men­tale dont le per­son­nage prin­ci­pal est cen­sé faire en 1h30 l’apprentissage de respon­s­abil­ités pri­maires (à l’approche de la quar­an­taine, il faudrait tout de même se pos­er des ques­tions), Katia Lewkow­icz vir­ilise autant les sit­u­a­tions comiques que les enjeux dra­ma­tiques de son film, don­nant à Arnaud et sa bande de potes l’épaisseur psy­chologique d’une misog­y­nie prim­i­tive.

En dépit de cette faib­lesse de point de vue, il con­vient néan­moins de recon­naître à la réal­isatrice une cer­taine sub­til­ité dans la manière de met­tre en scène le saccage de la ques­tion du mariage. Cette mise à mal ne passe pas tant par les frasques du per­son­nage prin­ci­pal, à la mono­ex­pres­siv­ité agaçante, mais bien plus par les agisse­ments (plutôt que les dis­cours) des per­son­nages sec­ondaires, homme ou femmes, adultes ou enfants. Ce sont même ces derniers qui appa­rais­sent comme les véri­ta­bles détracteurs du mariage, dévo­rant la fig­urine en sucre qui trône sur le gâteau, ou trans­for­mant la bou­tique du fleuriste en ter­rain de jeu. Cela per­met à la réal­isatrice de dis­tiller dans ce pre­mier film une forme d’insolence, un humour gamin en quelque sorte, mais qui n’en reste pas moins réjouis­sant. Dom­mage que ces bam­bins ne se soient pas faits plus enten­dre.

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