London Boulevard

London Boulevard

de William Monahan

  • London Boulevard
  • Angleterre2010
  • Réalisation : William Monahan
  • Scénario : William Monahan
  • d'après : le roman London Boulevard
  • de : Ken Bruen
  • Image : Chris Menges
  • Montage : Dody Dorn, Robb Sullivan
  • Musique : Sergio Pizzorno
  • Producteur(s) : Graham King, Tim Headington, Quentin Curtis, William Monahan
  • Interprétation : Colin Farrell (Mitchel), Keira Knightley (Charlotte), David Thewlis (Jordan), Anna Friel (Briony), Ben Chaplin (Billy), Ray Winstone (Gant)
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 8 juin 2011
  • Durée : 1h42

London Boulevard

de William Monahan

London Calling


London Calling

Pour sa pre­mière réal­i­sa­tion, le scé­nar­iste hol­ly­woo­d­i­en William Mon­a­han sem­ble vouloir ren­dre hom­mage à son univers fic­tion­nel de prédilec­tion : le film noir. Adap­tant le best-sell­er éponyme de Ken Bru­en, le scé­nar­iste vedette situe cette fois l’action de son film dans une cap­i­tale qu’il prend plaisir à épin­gler pour sa pré­ten­due absence de règles (ici, même les major­domes con­som­meraient de l’herbe !). Pour­tant, s’il reprend ses pro­pres repères filmiques, le réal­isa­teur ne parvient pas à s’extraire de tout con­formisme, qu’il soit visuel ou scé­nar­is­tique. Une absence d’empreinte per­son­nelle inat­ten­due et regret­table.

Scé­nar­iste oscarisé du très effi­cace Les Infil­trés de Mar­tin Scors­ese, William Mon­a­han est par­venu, en l’espace de quelques col­lab­o­ra­tions remar­quées, à impos­er un univers diégé­tique recon­naiss­able entre plusieurs, tout par­ti­c­ulière­ment grâce à des per­son­nages sou­vent som­bres et en quête d’une rédemp­tion per­son­nelle. On peut donc légitime­ment com­pren­dre son souhait de pass­er à la mise en scène, comme à la matéri­al­i­sa­tion filmique de cet univers sin­guli­er. William Mon­a­han orchestre ici la con­fronta­tion entre le star sys­tem et le ban­ditisme, sup­posés partager la même dif­fi­culté d’extraction pour celui ou celle qui en a goûté les avan­tages comme les (bien con­nus) incon­vénients. À sa sor­tie de prison et en dépit de ses bonnes inten­tions, c’est donc très rapi­de­ment que Mitchel va expéri­menter la véri­fi­ca­tion du célèbre adage pré­tex­tant qu’on ne peut entière­ment se défaire de son passé. Accep­tant d’aider son ancien com­plice Bil­ly dans quelques magouilles orchestrées par Gant, une cra­pule notoire, Mitchel va s’essayer à une ten­ta­tive de recon­ver­sion en devenant le garde per­son­nel de Char­lotte, une star de ciné­ma oblig­ée de vivre recluse dans une prison dorée afin d’éviter les paparazzi guet­tant le moin­dre de ses mou­ve­ments et de ses amants. Une idylle amoureuse s’installe pro­gres­sive­ment entre les deux per­son­nages, qui n’est pas du goût de Gant…

Même si elle n’apparaît cer­taine­ment pas béné­fici­er d’une grande nou­veauté, l’intrigue prin­ci­pale a le mérite d’être portée par un cast­ing de choix, tant Col­in Far­rell et Keira Knight­ley sem­blent avoir été eux-mêmes les vic­times d’images stéréo­typées, lim­i­tant un cer­tain temps l’étendue de leurs rôles ; celui de la petite frappe pour l’un, de la star­lette esseulée (et bien trop mai­gre !) pour l’autre. L’intrigue dévelop­pée par William Mon­a­han avait donc poten­tielle­ment de quoi représen­ter pour les deux acteurs la promesse d’une sorte de revanche sur cette forme de passé ciné­matographique. Mal­heureuse­ment, alors qu’on pou­vait se sen­tir en droit d’espérer de la part de William Mon­a­han une prise de dis­tance vis-à-vis des codes scé­nar­is­tiques accom­pa­g­nant générale­ment ce type de film, comme pour mieux décom­plex­er le genre et lui ouvrir peut-être la voie vers l’intrusion d’un humour british, l’apprenti-réalisateur tombe dans le piège de la super­fi­cial­ité formelle et des sit­u­a­tions con­v­enues. Loin de recon­fig­ur­er les traits scé­nar­is­tiques du genre, William Mon­a­han n’en pro­pose qu’une pale trans­po­si­tion dans l’univers lon­donien, dynamisant certes l’efficacité de l’action dra­ma­tique par la présence d’une musique très british (de Kasabi­an aux Clash) mais qui est loin de pou­voir refléter une quel­conque ten­ta­tive d’inventivité.

Il en résulte que cet air de “déjà-vu” étouffe bien trop rapi­de­ment les sit­u­a­tions dra­ma­tiques du film, et inter­dit toute pos­si­bil­ité d’une con­struc­tion psy­chologique suff­isante des per­son­nages. Tan­dis que Col­in Far­rell nous ressert avec tout son sérieux (et là réside tout le prob­lème) son numéro d’ex-délinquant au bon cœur, Keira Knight­ley sem­ble se com­plaire dans un rôle de star­lette inno­cente, suf­fo­cant dans un star sys­tem qui écrase sa sen­si­bil­ité et ses vieux rêves de jeune fille. La for­ma­tion d’un tel cou­ple s’apparente aus­sitôt à un élé­ment de pro­pa­gande con­formiste, invi­tant le spec­ta­teur à pass­er sans regret son chemin.

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