© Zootrope Films
La Lisière

La Lisière

de Géraldine Bajard

  • La Lisière
  • France, Allemagne2010
  • Réalisation : Géraldine Bajard
  • Scénario : Géraldine Bajard
  • Image : Josée Deshaies
  • Son : Olivier Dandré, Kai Tebbel, Matthias Schwab
  • Montage : Bettina Böhler
  • Musique : Mrs Good
  • Producteur(s) : Tom Dercourt, Britta Knöller, Hans-Christian Schmid
  • Interprétation : Melvil Poupaud (François), Audrey Marnay (Jeanne), Hippolyte Girardot (Sam), Alice de Jode (Claire), Phénix Brossard (Phénix)...
  • Distributeur : Zootrope Films
  • Date de sortie : 27 avril 2011
  • Durée : 1h40

La Lisière

de Géraldine Bajard

Chères petites têtes blondes


Chères petites têtes blondes

Pas franche­ment nova­teur dans ses thé­ma­tiques (l’ado­les­cence et ses tour­ments), trop touf­fu dans ses références et mal­adroit dans ses dia­logues, La Lisière n’en est pas moins un pont intéres­sant avec la “nou­velle vague alle­mande”, adop­tant sa forme glacée pour met­tre en place une atmo­sphère “lynchi­enne” plutôt maîtrisée.

Qu’il traite de ses prémices (Tomboy), de son cœur tor­turé (Des filles en noir), des émois amoureux (Un poi­son vio­lent, Les Beaux Goss­es…) qui en font le sel, de sa fin plus ou moins éloignée (Belle Épine, La Vie au ranch…), voire de ses réminis­cences (Mem­o­ry Lane), l’adolescence s’impose ces derniers temps comme le thème favori du ciné­ma français, notam­ment celui des pre­miers films. Pourquoi pas finale­ment ? Cet âge médi­an tra­verse l’histoire du sep­tième art et a servi de toile de fond à nom­bre de chefs d’œuvre. Mais n’est pas Gus Van Sant ou Lar­ry Clark qui veut. Et le risque de s’engager sur des chemins bat­tus et rebat­tus sans nou­v­el angle d’attaque a quelque chose d’un peu vain. Et puis, à trop creuser ce sil­lon juvénile de manière rap­prochée, ces pre­mières œuvres – frag­iles par nature – prê­tent le flanc au petit jeu des com­para­isons. Com­ment ne pas penser à Simon Wern­er a dis­paru en voy­ant La Lisière ? Dans les deux films, les pre­mières séquences mon­trant un corps éten­du dans la forêt. Qui est-il ? Est-il mort ? Autre équiv­a­lence : le drame s’est noué au sein d’un groupe ado­les­cents tra­ver­sé de désirs et de vio­lence. Bref, les enjeux nar­rat­ifs sont les mêmes, et pour le coup traités avec plus d’efficacité dans le long-métrage de Fab­rice Gob­ert.

La Lisière pâtit de ce côté déjà-vu et en mieux. Et pour­tant, la mise en scène de Géral­dine Bajard con­tient des élé­ments intéres­sants. Il y a d’abord cette volon­té de chaque plan de créer une atmo­sphère. Anti-nat­u­ral­iste, le film sait se créer un espace cohérent : une zone pavil­lon­naire en con­struc­tion, une forêt, une route qui la tra­verse… La con­struc­tion des lieux a la force de l’évidence. Vous y rajoutez une boîte de nuit, un café, une salle des fêtes, et vous avez une con­struc­tion à la Twin Peaks, chaque séquence dévoilant peu à peu la carte d’un ter­ri­toire com­plexe. Il y a égale­ment ce goût pour l’étrange, plus d’ailleurs que pour le fan­tas­tique, même si les références au Vil­lage des damnés saut­ent aux yeux. La stat­ue plan­tée au cœur du petit bourg n’apporte que peu de choses au réc­it, mais con­tribue à créer une ambiance. Tout comme ces per­son­nages éton­nants de femmes man­nequins (Audrey Mar­nay en tête) qui peu­plent le film, traits fins et vis­ages froids, que leurs filles ado­les­centes (dont une Alice de Jode très douée) sem­blent vouloir con­tr­er à grands coups de rouge à lèvres, jusqu’à flirter avec la pros­ti­tu­tion dans les sous-bois.

La référence est facile vu que Géral­dine Bajard a étudié à la DffB (Deutsche Film- und Fernse­hakademie Berlin) et col­laboré avec quelques réal­isa­teurs berli­nois émi­nents (Hans-Chris­t­ian Schmid est l’un de ses pro­duc­teurs), mais ce cli­mat par­ti­c­uli­er fait penser à la « nou­velle vague alle­mande ». La froideur de la forme évoque celle de Chris­t­ian Pet­zold (Con­trôle d’identité, Yel­la…), voulant comme lui limer tout affect, faire ten­dre la direc­tion d’acteurs vers l’épure, la dés­in­car­na­tion. Mais tout l’intérêt de l’« école de Berlin » se situe dans ce que cha­cun de leur film est une attaque frontale con­tre la société occi­den­tale, l’économie qui prime sur l’humain, l’incommunicabilité qu’il engen­dre, en par­ti­c­uli­er dans le cou­ple. Jamais La Lisière n’arrive à faire autant sens. Le film ne maîtrise pas l’allégorie du huis clos vil­la­geois comme Le Ruban blanc ou la men­ace ado­les­cente comme Eden Lake. Il s’égare dans trop de direc­tions con­tra­dic­toires pour pou­voir trou­ver sa voie. Géral­dine Bajard a du tal­ent, c’est cer­tain, il lui manque encore la matu­rité.

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