Winter Vacation

Winter Vacation

de Li Hongqi

  • Winter Vacation
  • (Han Jia)
  • Chine2010
  • Réalisation : Li Hongqi
  • Scénario : Li Hongqi
  • Image : Qin Yurui
  • Montage : Li Hongqi
  • Musique : Zuokiao Zuzhou, Top Floor Circus
  • Producteur(s) : Alex Chung
  • Interprétation : Zhang Naqi, Bai Jinfeng, Xie Ying...
  • Distributeur : Capricci
  • Date de sortie : 23 février 2011
  • Durée : 1h31

Winter Vacation

de Li Hongqi

Stuck inside China


Stuck inside China

Léopard d’Or du dernier fes­ti­val de Locarno, Win­ter Vaca­tion de Li Hongqi ne ressem­ble à rien de ce qu’on croy­ait con­naître du ciné­ma chi­nois. Celui qu’on a rapi­de­ment affil­ié à Kau­ris­mä­ki (dont il n’a pas vu les films) signe un film à la fois sim­ple et ambitieux, grinçant et drôle, rock et placide. On a hâte de voir ce que ce jeune réal­isa­teur nous réserve à l’avenir.

“Stuck inside Mobile with that Mem­phis blues again” (“Coincé ici à Mobile avec tou­jours ce blues de Mem­phis”) chante Bob Dylan sur “Blonde on Blonde”. Le refrain revient en tête à la décou­verte du for­mi­da­ble et atyp­ique Win­ter Vaca­tion, tant son réal­isa­teur, Li Hongqi, sem­ble refor­muler en Chine ce blues dylanien et provin­cial d’une jeunesse coincée dans un milieu lesté par l’ennui, l’étroitesse et l’ordinaire. C’est effec­tive­ment à un imag­i­naire améri­cain que Win­ter Vaca­tion se rac­croche bizarrement en racon­tant les erre­ments d’un petit groupe d’amis qui tuent le temps pen­dant les vacances d’hiver d’une petite ville du nord de la Chine. La drô­lerie et la mélan­col­ie évo­quent ce spleen et cette langueur ado­les­cents que les réal­isa­teurs et musi­ciens out­re-Atlan­tique ne cessent de réin­ter­préter dans une forme de tra­di­tion.

Win­ter Vaca­tion a le charme du film punk pro­pre­ment habil­lé, l’air de rien, pour la sor­tie du mer­cre­di, parce que d’apparence calme et épurée, il n’en explose pas moins chaque idée pré­conçue que le spec­ta­teur peut avoir de la Chine et de son ciné­ma. Le par­cours artis­tique de Li Hongqi, aus­si romanci­er, poète et pein­tre, n’est peut-être pas étranger à la sin­gu­lar­ité de Win­ter Vaca­tion. Sans faire du film le révéla­teur d’une réal­ité cachée, le réal­isa­teur devra être remer­cié pour nous par­ler de la Chine de cette manière-là. Ni mis­éreuse ni for­tunée, ni per­for­mante ni déliques­cente, la Chine de Li Hongqi est surtout ter­ri­ble­ment banale. Elle n’oublie pas de s’ennuyer ferme et d’en rire de sur­croît.

Si le pre­mier plan du film peut faire croire à un tableau nat­u­ral­iste, le dia­logue lui désamorce d’emblée tout le sérieux que la fix­ité et la durée du plan sem­blaient impos­er. À la ques­tion de savoir si une fille est jolie, un ado­les­cent répond placide­ment que le prin­ci­pal intérêt de la demoi­selle est de n’être “pas d’ici”. Le film se struc­ture alors dans une mosaïque de scènes qua­si autonomes où la rigid­ité formelle est comme par­a­sitée par le comique d’une réplique ou d’un gag visuel. Les per­son­nages ne sem­blent ain­si jamais subir leur envi­ron­nement, jamais totale­ment dupes de l’apathie qui les men­ace ain­si que le film. Mais il serait mal­venu de réduire Win­ter Vaca­tion à ce procédé unique. La réus­site tient aus­si dans un art très per­son­nel de la mise en scène. Dans le peu de plans qui com­posent le film, Li Hongqi fait preuve d’un tal­ent choré­graphique dans ses choix de change­ment de valeur de plan ou dans les sor­ties et entrées des per­son­nages qui vien­nent sou­vent relancer l’enjeu d’une scène. De même son atten­tion au hors-champ sonore anéan­tit tout reproche d’un ciné­ma min­i­mal. Bruit de coup de feu, grésille­ments, haut-par­leurs qui crachent, inlass­ables, des mes­sages obscurs appor­tent tou­jours une pro­fondeur et une étrangeté au plan.

Le film pour­rait faire crain­dre d’être dans la redon­dance de l’ennui que subis­sent les per­son­nages et dans l’anecdotique. Pour par­er cela, il peut en fait tou­jours compter sur des effets ou des fig­ures inat­ten­dus. Le plus beau per­son­nage d’enfant philosophe vu depuis Yi-Yi d’Edward Yang fait par­tie de ceux-ci. Et le for­mi­da­ble final du film en est à la fois la syn­thèse et le som­met parce que de l’apathie sur­git un pied de nez sur­prenant. Il enfonce le clou pour nous dire que tout cela était bien une his­toire de rage intéri­or­isée. Un film austère­ment punk en somme.

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