Last Night

Last Night

de Massy Tadjedin

  • Last Night
  • États-Unis2010
  • Réalisation : Massy Tadjedin
  • Scénario : Massy Tadjedin
  • Image : Peter Deming
  • Décors : Tim Grimes
  • Costumes : Ann Roth
  • Son : Danny Michael
  • Montage : Susan E. Morse
  • Musique : Clint Mansell
  • Producteur(s) : Nick Wechsler, Massy Tadjedin, Sidonie Dumas
  • Production : Gaumont, Nick Wechsler Productions, Westbourne Films
  • Interprétation : Keira Knightley (Joanna), Sam Worthington (Michael), Eva Mendes (Laura), Guillaume Canet (Alex)
  • Distributeur : Gaumont
  • Date de sortie : 16 février 2011
  • Durée : 1h32

Last Night

de Massy Tadjedin

La séduction dans le coton


La séduction dans le coton

Keira Knight­ley ver­sus Eva Mendes, l’af­fiche est alléchante. Cou­ple d’u­nion con­tre cou­ple de désir, le duel n’est pas nou­veau, bien que régulière­ment renou­velé. Mais les atours de comédie de mœurs new-yorkaise vague­ment branchée que Last Night ne cesse de se don­ner font s’é­va­por­er rapi­de­ment le film, que l’on oublie, tel un joli guéri­don en sol­de, en dépas­sant la vit­rine.

Keira Knight­ley en jeune mar­iée char­mante et légère… rien de plus évi­dent. Eva Mendes en bombe sex­uelle un brin aguicheuse, un brin cha­grinée par les épreuves de la vie… rien de très orig­i­nal non plus. C’est sans doute ce qui plombe le pro­jet dès le départ : l’év­i­dence de ses sit­u­a­tions, de ses per­son­nages et de ses décors recon­sti­tués de bour­geoisie améri­caine urbaine, l’év­i­dence d’un réc­it min­i­mal qui cache der­rière un impres­sion­nisme aérien une grande super­fi­cial­ité. Tout n’avait pour­tant pas si mal com­mencé. Par petites touch­es donc, Last Night présente son héroïne : d’un trait de maquil­lage, d’une con­ver­sa­tion inter­rompue et reprise maintes fois sans dénoue­ment, ce pre­mier film installe une tem­po­ral­ité curieuse, cassée, détachée. Une jeune femme, Joan­na, sem­ble décel­er l’at­ti­rance de son mari pour une col­lègue (Eva Mendes, l’éter­nel démon ten­ta­teur). Après avoir ras­suré sa femme, Michael part avec ladite col­lègue en voy­age d’af­faires, lais­sant l’épouse méfi­ante crois­er elle-même son pro­pre démon, un ancien amant parisien dont elle n’a par­lé à per­son­ne qui fait ressur­gir la douleur de l’i­nachevé. Last Night se con­stru­it dès lors sur le par­al­lèle entre les deux cou­ples inter­dits : la femme mar­iée et son ancien amour insat­is­fait, l’homme mar­ié et sa futur amante. La mise en con­cur­rence des désirs mène fatale­ment, nous dit-on, à la dual­ité entre répres­sion et assou­visse­ment de ces derniers.

Tout est affaire de démon­stra­tion. Or, celle-ci ne pro­gresse pas réelle­ment. Après une pre­mière entrée en matière intéres­sante, faite de mou­ve­ments sac­cadés, opposés, le film aban­donne l’insin­u­a­tion pour l’en­chaîne­ment sys­té­ma­tique. On devine vite qui va cra­quer tant les cadres sont lour­de­ment défi­nis : la char­mante et fraîche Keira Knight­ley, à nette ten­dance minau­dante, est moins ensor­celeuse qu’E­va Mendes ; l’a­mant parisien (Guil­laume Canet) est néces­saire­ment écrivain et ado­les­cent dans l’âme… les clichés ont la vie dure. Mais à force d’in­sis­tance sur la car­ac­téri­sa­tion psy­chologique et sociale (le loft new-yorkais par­faite­ment meublé et cadré, le bar lounge aux ban­quettes épurées, les femmes tou­jours tirées à qua­tre épin­gles même au saut du lit), le super­flu, pièce instan­ta­née d’un puz­zle qui devrait se con­stru­ire sous nos yeux, devient arti­fi­ciel, cat­a­loguant les scènes comme des étapes oblig­a­toires, et la réal­i­sa­tion comme une mise en décor sim­plette du réc­it. Et si, pour une fois, Keira Knight­ley était la séduc­trice ? Et si la comédie sen­ti­men­tale ces­sait de n’ex­plor­er que les apparte­ments témoins du Meat­pack­ing et les lieux de con­som­ma­tion pour jeunes yup­pies ? Et si les moments d’a­ban­don pre­naient davan­tage de place que les temps forts d’une ou deux rela­tions écrites ? Sans doute arriverait-on à une pein­ture plus enlevée, plus poé­tique, moins clas­sique de la fidél­ité et du doute. Mal­heureuse­ment, Last Night prend plus de chemins bal­isés qu’il ne se laisse aller, et c’est dom­mage, à cet aban­don.

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