[Festival des 3 Continents] The Fourth Portrait

[Festival des 3 Continents] The Fourth Portrait

de Chung Mong-Hong

  • [Festival des 3 Continents] The Fourth Portrait
  • (Di Si Zhang Hua)
  • Taïwan2010
  • Réalisation : Chung Mong-Hong
  • Scénario : Chung Mong-Hong, Tu Hsiang-Wen
  • Image : Nagao Nakashima
  • Son : Tu Duu-Chih
  • Montage : Lo Shih-Jing
  • Production : Cream Film Production
  • Interprétation : Leon Dai, Lei Hao, Shih-Chieh King, Terri Kwan, Na Dow, Xiao-Hai Bi...
  • Durée : 1h42

[Festival des 3 Continents] The Fourth Portrait

de Chung Mong-Hong


Prix du Pub­lic

Présen­té au dernier fes­ti­val de Locarno, The Fourth Por­trait est le sec­ond long métrage du Taïwanais Chung Mong-Hong, après Park­ing en 2008. Suite à la mort de son père, Xiang, 10 ans, va vivre avec sa mère qu’il con­naît à peine, et son beau père. En plus du deuil, l’en­fant est con­fron­té à la froideur de sa famille qui l’ac­cueille à con­tre cœur. L’ar­gent manque, la mère tra­vaille dans un club, le beau père dans un marché de nuit. Aucune ten­dresse ici, ni entre le cou­ple, ni envers Xiang. Livré à lui-même, le petit se lie d’ami­tié avec un jeune voy­ou et avec le vieux gar­di­en de son anci­enne école. Il se réfugie aus­si dans le dessin, qua­tre de ses com­po­si­tions intro­duisant les qua­tre chapitres dont est com­posé le film.

Comme dans Park­ing, ce qui sem­ble intéress­er Chung Mong Hong est davan­tage le por­trait de per­son­nages que la trame dans laque­lle ils s’in­scrivent. Ces por­traits sont plutôt réus­sis. Celui de la mère surtout, inter­prétée par Hao Lei (Une jeunesse chi­noise), dont on épouse le dés­espoir. Dans une scène assez poignante, con­vo­quée par l’in­sti­tutrice de Xiang, elle se laisse aller à racon­ter son douloureux passé, à exprimer une souf­france qui provoque l’empathie de son inter­locutrice comme celle du spec­ta­teur. La mère est chi­noise, elle fait par­tie de ces immi­grés qui, pen­sant accéder à une vie meilleure à Taipei, n’ont ren­con­tré que la pré­car­ité. Ce qui la tor­ture, surtout, est la dis­pari­tion de son fils ainé, le frère de Xiang, qu’elle avait pris avec elle en quit­tant le cocon famil­ial. De ce frère, Xiang se met à rêver régulière­ment. Voulant savoir ce qu’il est devenu, il inter­roge. Pour tous les per­son­nages, la présence du dis­paru devient d’au­tant plus obsé­dante qu’ils se refusent à en par­ler. Acteur pop­u­laire et récent réal­isa­teur du beau Je ne peux pas vivre sans toi, Leon Dai, dans le rôle du beau-père, campe un per­son­nage fort, devenu aigri et vio­lent suite à trop de mis­ère. Face au sin­istre cou­ple, le vieux gar­di­en d’é­cole, dont la noblesse du vis­age mar­que, offre à l’en­fant un point d’a­paise­ment, une inci­ta­tion à la sagesse. Le jeune voy­ou, lui, tout en con­vo­quant un triste aspect de la société, est vecteur d’hu­mour décom­plexé. Si Xiang émeut, il cap­tive moins que ceux qui l’en­tourent, peut-être parce que nous con­nais­sons trop bien cette fig­ure de l’en­fant qui, con­frontant sa pureté à un con­texte hos­tile, apprend à regarder le monde. Rap­pelant en cela Park­ing, The Fourth Por­trait est surtout le tableau de soli­tudes qui font ce qu’elles peu­vent pour sur­vivre dans une société qui peine à leur trou­ver une place.

Chung Mong Hong prend un évi­dent plaisir à jouer avec les formes et les gen­res. Il explore ses per­son­nages sous des angles var­iés, du gros plan met­tant en valeur leurs émo­tions à des plans larges les inscrivant dans un décor sou­vent rur­al. Sa caméra tan­tôt s’im­mo­bilise tan­tôt se dote d’un mou­ve­ment autonome, comme pour tester les dif­férentes approches pos­si­bles des actes qu’il met en scène. Le cinéaste passe aus­si d’un reg­istre à l’autre. The Fourth Por­trait oscille entre la fable enfan­tine, le réc­it ini­ti­a­tique, le mélo­drame, le film de fan­tôme, le film por­trait, la chronique sociale, la comédie (cer­tains pas­sages frôlant un absurde que Park­ing avait général­isé). La per­ti­nence de ces explo­rations formelles pose ques­tion, on peut se deman­der quel pro­pos elles ser­vent. L’im­age léchée, le tra­vail fait sur les lumières, men­a­cent le film d’une cer­taine arti­fi­cial­ité. The Fourth Por­trait n’est ni très pro­fond ni très orig­i­nal, mais l’évo­lu­tion assez sub­tile de son scé­nario (notam­ment en ce qui con­cerne la rela­tion de la mère et l’en­fant), la con­sis­tance de ses per­son­nages et la justesse de ses acteurs en font un film tout à fait hon­or­able.

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