The Swimmer

The Swimmer

de Frank Perry

  • The Swimmer
  • États-Unis1968
  • Réalisation : Frank Perry
  • Scénario : Eleanor Perry
  • d'après : la nouvelle The Swimmer
  • de : John Cheever
  • Image : David L. Quaid
  • Montage : Sidney Katz
  • Musique : Marvin Hamlisch
  • Producteur(s) : Roger Lewis, Frank Perry
  • Interprétation : Burt Lancaster (Ned Merril), Janet Landgard (Julie Ann Hooper), Janice Rule (Shirley Abbott), Tony Bickley (Donald Westerhazy)...
  • Distributeur : Splendor Films
  • Date de sortie : 24 novembre 2010
  • Durée : 1h34

The Swimmer

de Frank Perry

Plongeons sous la pluie


Plongeons sous la pluie

Égaré à la lisière du Nou­v­el Hol­ly­wood, The Swim­mer n’en a jamais totale­ment fait par­tie aux yeux des his­to­riens et des puristes qui se sont jusque-là escrimés à l’ignorer. Le film a rongé son frein dans une con­fi­den­tial­ité for­cée, con­nais­sant un naufrage à sa sor­tie en 1968, encer­clé par les mètres étalons du Lau­réat et d’Easy Rid­er. L’historiographie du ciné­ma est par­fois injuste. Prof­i­tant d’un regain d’intérêt cinéphile aux États-Unis, le film fait une plongée dans nos con­trées. Grande curiosité.

Par­mi le flot inin­ter­rompu des nou­velles sor­ties et la rota­tion accélérée des copies en salles, il est de plus en plus ardu de pren­dre du recul par rap­port à la con­som­ma­tion de films. Com­bi­en de films sur­ven­dus au poten­tiel anec­do­tique ? Com­bi­en d’œuvres frag­iles con­damnées en deux­ième semaine ? L’épreuve de la sélec­tion est sauvage, la dis­tri­b­u­tion taille dans le gras, les choix du pub­lic con­fir­ment ou con­damnent. Il arrive, de temps à autres, que la machine s’enraye et répare d’elle-même un procès mal instru­it grâce à une sin­gu­lar­ité française qui fait de cer­tains dis­trib­u­teurs et exploitants un effi­cient con­tre-pou­voir à la fatal­ité économique. The Swim­mer con­naît ain­si une deux­ième expo­si­tion en salles, le temps de réa­juster un écrin à sa hau­teur dans l’histoire du ciné­ma malpoli des années 1960 et 1970. Le temps de mesur­er aus­si l’insoumission de sa nar­ra­tion et de sa mise en scène, toutes deux touchant sur le fil naïveté et mal­ice.

À l’envers de son image, Burt Lan­cast­er joue à l’anti-héros. Il campe Ned Mer­ryl, un voisin envahissant, pro­prié­taire d’une vil­la d’un quarti­er hup­pé du Con­necti­cut. Armé de son slip de bain moulant, il s’invite chez d’anciens amis qu’il n’a apparem­ment plus vus depuis des années. Accueil­li avec chaleur par ses hôtes et com­pli­men­té sur sa fraîcheur physique, il décide de ren­tr­er chez lui à pieds et à la nage en emprun­tant les piscines ren­con­trées sur la route. Cette escapade fait étapes dans tous les nou­veaux bassins du quarti­er, fraîche­ment moulés, fil­trés du matin, telle une tra­ver­sée d’un Styx domes­tiqué. À chaque lieu vis­ité cor­re­spond un jalon sup­plé­men­taire dans l’évolution du per­son­nage. Il remonte ain­si le cours de la riv­ière syn­thé­tique à mesure qu’il se con­fronte à ses anciens amis aux regards répro­ba­teurs et à ses créanciers méprisants blo­qués dans une case­mate pour rich­es. L’Amer­i­can way of life fan­tas­mé des années 1950 et 1960 en prend un vilain coup.

Bien que d’abord fort cour­tois, avisé des méth­odes qu’il faut employ­er pour amadouer ce monde qui s’évalue au nom­bre d’invitations envoyées pour ses par­ties, Ned Mer­ryl détonne. Il est cet inadap­té qu’affectionne l’imminent Nou­v­el Hol­ly­wood, ce per­son­nage qui gravite aux marges, qui con­tem­ple le monde d’un œil extérieur, amusé ou querelleur. À ceci près que Ned est issu du monde qu’il vis­ite. Il sem­ble n’en être qu’un invité car il a per­du de sa splen­deur sociale : il est finale­ment le Jan­nings défro­qué du Dernier des hommes. Même quand il sem­ble avoir prise sur l’univers auquel il se con­fronte, il est ren­voyé à son atti­tude « vieux jeu » ou à ses dettes qui n’en font plus un humain respectable.

The Swim­mer fait mon­tre égale­ment d’une belle rad­i­cal­ité formelle, mul­ti­pli­ant les essais sur la lumière, le flou, les focales. Ces efforts sont réus­sis, à l’exception d’une ou deux approx­i­ma­tions out­ran­cières (la course de haies au ralen­ti est franche­ment de trop). Les kaléi­do­scopes lumineux et brumeux qui jouent sur le point ont l’apparence de la gra­tu­ité, ce qui les rend d’autant plus néces­saires car évolu­ant hors de la démon­stra­tion. À not­er égale­ment la moder­nité des dia­logues, on assiste ici – sans doute – à la pre­mière évo­ca­tion d’une « ren­con­tre amoureuse par ordi­na­teur » au ciné­ma. Un vrai film d’avant-garde.

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