Alyam ! Alyam !

Alyam ! Alyam !

de Ahmed el-Maânouni

  • Alyam ! Alyam !
  • Maroc1978
  • Réalisation : Ahmed el-Maânouni
  • Scénario : Ahmed el-Maânouni
  • Image : Ahmed el-Maânouni
  • Son : Ricardo Castro
  • Montage : Martine Chicot
  • Musique : Nass el-Ghiwane
  • Producteur(s) : Rabii Film
  • Interprétation : Ben Brahim...
  • Date de sortie : 7 mars 2001
  • Durée : 1h20

Alyam ! Alyam !

de Ahmed el-Maânouni

Misère et beauté du quotidien dans une campagne marocaine


Misère et beauté du quotidien dans une campagne marocaine

Alyam ! Alyam ! (Ô les jours), d’Ahmed el-Maâ­nouni, date de 1978. Pre­mier film maro­cain en sélec­tion offi­cielle à Cannes, il racon­te l’his­toire du jeune fel­lah Abdel­wa­had qui, pour fuir la mis­ère sévis­sant dans la cam­pagne où il est né, a demandé des papiers pour émi­gr­er en France. En atten­dant de les recevoir, il exprime, en off, les espoirs qu’il nour­rit quant à son avenir sur une terre qu’il croit plus clé­mente. La France, à coup sûr, lui per­me­t­tra de gag­n­er suff­isam­ment d’ar­gent pour ren­tr­er au pays s’in­staller con­fort­able­ment. Abdel­wa­had doit con­va­in­cre sa mère, qui dés­ap­prou­ve un tel départ : seule depuis la mort de son mari, et ayant en charge sept enfants, elle a besoin que son fils reste près d’elle. Selon elle, il faut tra­vailler dur et atten­dre la récom­pense divine. Abdel­wa­had ne sem­ble plus croire à cette dernière. Son prag­ma­tisme, pour­tant, tarde à obtenir sat­is­fac­tion. Les papiers, en effet, n’ar­rivent pas…

L’his­toire de ce jeune homme est moins l’ob­jet cen­tral du film que le fil con­duc­teur per­me­t­tant de dépein­dre le quo­ti­di­en dans cette cam­pagne maro­caine. La vie ici n’est pas facile : la terre est ingrate, les hommes ne cessent de tra­vailler aux champs et restent pau­vres. Mais par-delà les dif­fi­cultés, Ahmed el-Maâ­nouni met en évi­dence la beauté des gestes accom­pa­g­nant les travaux agri­coles. Ici, tout s’ef­fectue avec lenteur. De même, le cinéaste prend le temps de laiss­er les actes se déploy­er sous nos yeux : fauch­er les champs, ramass­er des oignons, s’oc­cu­per des bêtes, faire du pain, pétrir la semoule, vers­er du thé… sont autant de moments qui fasci­nent par la noblesse qui s’en dégage. L’au­then­tic­ité est au cen­tre du film, qui nous plonge dans l’u­nivers rur­al qu’il dépeint, auprès des êtres, de leurs actes et de la nature qui les entoure. Divers­es échelles de plans sont util­isées. (Très) gros plans sur des détails (une main, une théière), plans larges mon­trant l’in­ter­ac­tion des per­son­nages dans les décors, plans moyens lorsqu’ils par­lent (notam­ment lors des dis­cus­sions récur­rentes entre Abdel­wa­had, sa mère et son grand-père)… Cette vari­a­tion des échelles donne l’im­pres­sion que le cinéaste tente d’ap­procher les êtres, d’en faire le tour, pour ren­dre compte de ce qu’ils sont du mieux qu’il peut. La présence de la caméra est pal­pa­ble : de ses trav­el­lings latéraux à ses longs plans fix­es, de ses mou­ve­ments d’ap­proche et de recul, on la sent en alerte, en recherche, de l’an­gle appro­prié, du mou­ve­ment à adopter pour capter du mieux pos­si­ble ce qui se joue. La coex­is­tence du doc­u­men­taire et de la fic­tion dans Alyam ! Alyam ! est des plus intéres­santes, car ce qui se dégage de ces deux dimen­sions tend à se con­tredire. Tan­dis que le réc­it d’Ab­del­wa­had fait de cette cam­pagne maro­caine un lieu à fuir, le regard qu’Ahmed el-Maâ­nouni porte sur ce qu’il filme est à tel point empreint de respect, voire d’amour, qu’il finit par le ren­dre aimable.

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