Very Bad Cops

Very Bad Cops

de Adam McKay

  • Very Bad Cops
  • (The Other Guys)
  • États-Unis2010
  • Réalisation : Adam McKay
  • Scénario : Adam McKay, Chris Henchy
  • Image : Oliver Wood
  • Montage : Brent White
  • Musique : Jon Brion
  • Producteur(s) : Patrick Crowley, Jimmy Miller
  • Interprétation : Will Ferrell (Allen Gamble), Mark Wahlberg (Terry Hoitz), Eva Mendes (Sheila Gamble), Samuel L. Jackson (P.K. Highsmith), Michael Keaton (capitaine Gene Mauch), Dwayne Johnson (Danson), Lindsay Sloane (Francine), Paris Hilton (Jane), Steve Coogan (David Ershon)
  • Date de sortie : 27 octobre 2010
  • Durée : 1h47

Very Bad Cops

de Adam McKay

L'action et la parole


L'action et la parole

Une pour­suite mus­clée entre­coupée de répliques cocass­es, des véhicules en tous gen­res, une pop­u­la­tion affolée, des flics et gang­sters excités… Very Bad Cops se déclare dès la pre­mière séquence comme une par­o­die de film d’action. Adam McK­ay, habitué de la comédie améri­caine, retrou­ve l’imposant Will Fer­rell pour la qua­trième fois en tant que réal­isa­teur au ciné­ma après Fran­gins mal­gré eux, Ricky Bob­by : roi du cir­cuit, et l’hilarant Présen­ta­teur vedette : la légende de Ron Bur­gundy dans lequel Fer­rell pous­sait très loin son art vocal. Un peu étouf­fé ici par de nom­breuses autres stars et un scé­nario qui ne débride pas son per­son­nage, il hisse cepen­dant Very Bad Cops un peu au-delà de sa seule fac­ture par­o­dique.

Will Fer­rell est con­nu aux États-Unis pour avoir été une star du Sat­ur­day Night Live avant de pass­er au ciné­ma, par­cours fréquent pour les comiques issus du stand-up tels Ben Stiller, Steve Car­rel, Jim Car­rey, ou de l’autre côté de la caméra le nou­veau roi de la comédie améri­caine Judd Apa­tow. Ce dernier, scé­nar­iste, réal­isa­teur et pro­duc­teur touche-à-tout, a copro­duit les trois pre­miers films de McK­ay. Si le réal­isa­teur de Fun­ny Peo­ple n’est cette fois pas au générique[ref]Sur Very Bad Cops par Judd Apa­tow, lire Comédie, mode d’emploi, entre­tien avec Emmanuel Bur­deau, Capric­ci, 2010, p. 104–106.[/ref], un large plateau de stars hétéro­clites a pris la relève : Mark Wahlberg, Samuel L. Jack­son, Eva Mendes, Paris Hilton, Michael Keaton, The Rock, Steve Coogan… Ce qui fait crain­dre de trans­former l’affaire en cock­tail pour jet-set, crainte par moments jus­ti­fiée.

C’est que cha­cun fait le cabot, joue d’autant plus de son cliché qu’une par­o­die en est le lieu rêvé. Et les par­o­dies de films d’actions se sont mul­ti­pliées, rarement vrai­ment hila­rantes comme Ton­nerre sous les tropiques ou atteignant un sec­ond niveau (on voudrait citer The Mis­sion, de John­ny To, mais le film ne cor­re­spond pas réelle­ment à une par­o­die, d’abord parce qu’il parvient à se pren­dre au sérieux, et à le rester). Le film de McK­ay use du clas­sique ressort du cou­ple que tout oppose : ici deux flics bêtes et incom­pé­tents. Vu cent fois, le dis­posi­tif ne fait d’abord pas mouche tant l’ensemble paraît décousu. L’un préfère rester der­rière son ordi­na­teur à traiter des dossiers sec­ondaires et sait si mal maîtris­er son arme qu’on lui échange con­tre un pis­to­let en bois (Will Fer­rell). L’autre, moins bien défi­ni, a tout de l’homme d’action mais ne com­prend jamais rien, sinon qu’il n’aime per­son­ne (Mark Wahlberg).

Dif­fi­cile d’allier un homme de parole à un homme d’action, d’ailleurs leurs films ne se ressem­blent pas. L’un est bâti à la hache, le vis­age boud­iné dont chaque par­tie sem­ble capa­ble de s’animer, pos­sède une voix de sten­tor (il faut le voir en Ron Bur­gundy dans Présen­ta­teur vedette, vocalis­er, déblatér­er, chan­ton­ner devant les caméras avant que le direct ne com­mence), il par­le et bouge à la per­fec­tion mais ne court pas. L’autre est petit, per­si­fleur, tou­jours près d’un com­plot, il ne lâche d’ordinaire pas plus de trois répliques avant de tra­vers­er un quart d’heure de scènes d’action. Et la pre­mière demi-heure, le film hésite sur la place à don­ner au cou­ple et à ses mem­bres. Leurs bour­des sont assez plates, le spec­ta­teur pour­rait avoir l’impression de zon­er en même temps qu’eux. L’intrigue, vrai­ment parce qu’il en faut une – il est fla­grant de not­er le rap­port dif­fi­cile au long métrage des hommes issus du sketch et de la télévi­sion –, reprend l’affaire Bernard Mad­off. Steve Coogan y joue un cham­pi­on de l’arnaque pyra­mi­dale, peu à peu débor­dé par les investis­seurs floués (inévita­bles Tchétchènes, Nigériens…). On pour­rait s’amuser à une car­togra­phie géopoli­tique de ces cinquante dernières années en suiv­ant l’origine des per­son­nages de films d’action. Inutile de chercher une réelle vision poli­tique du sujet. McK­ay s’amuse à pouss­er la cor­rup­tion jusqu’à la ren­dre omniprésente et autode­struc­trice, mais elle n’est approchée véri­ta­ble­ment que comme un milieu. McK­ay et la comédie améri­caine con­tem­po­raine pren­nent ain­si sou­vent un cadre très ciblé (le foot­ball améri­cain, la course de vitesse auto­mo­bile…) et s’en ser­vent pour y exac­er­ber la verve de quelques scé­nar­istes et comé­di­ens.

Le film est pour­tant par­tielle­ment sauvé par une forte dose d’absurde, surtout basée sur la con­tra­dic­tion. C’est comme par hasard le moment où Fer­rell s’impose davan­tage et mène Wahlberg, pas tou­jours mau­vais dès lors qu’il agit en sec­ond. Là où la comédie cible presque sys­té­ma­tique­ment un los­er ou au moins un inadap­té qui s’ignore, le plus riche de l’actuelle pro­duc­tion améri­caine a par­tielle­ment dépassé sa fas­ci­na­tion pour les acteurs, et s’intéresse enfin aux per­son­nages. Être en décalage ne suf­fit plus, il faut un sec­ond niveau ; le min­i­mum étant l’absurde. Ici une série d’exemples met­tent l’idée en pra­tique : Fer­rell, aus­si pleu­tre soit-il, attire toutes les femmes splen­dides qu’il croise (l’inspecteur est mar­ié à Eva Mendes). Aus­si droit soit-il, il racon­te avoir été « pour dépan­ner », un maque­reau pen­dant ses études. Wahlberg, lui, se révèle au détour d’une scène anodine un danseur clas­sique hors pair. Les cartes des losers se brouil­lent ain­si et l’absurdité développe une pro­fondeur viv­i­fi­ante.

Il n’empêche, Very Bad Cops ne tri­om­phe pas, sans doute trop de stars et d’argent balisent le film là où des aven­tures plus anci­ennes dégageaient une plus grande force. C’est pourquoi Apa­tow domine cette nou­velle comédie améri­caine. Soit en sachant encadr­er ses per­son­nages et com­pars­es pour créer d’étonnantes per­for­mances (comme le va-et-vient du stand-up les postes d’acteurs, de scé­nar­istes, de pro­duc­teurs s’échangent sans cesse) dans la vaine de Délire Express (l’incroyable parole fleuve de Seth Rogen) ou des deux pre­miers Adam McK­ay. Soit en créant une puis­sante empathie pour des losers dont même le spec­ta­teur finit par con­sid­ér­er la bulle comme un monde. Exem­plaire­ment les ado­les­cents ou affil­iés (Super­Grave, En cloque mode d’emploi, 40 ans tou­jours puceau, Freaks and Geeks). Qu’ils soient glan­deurs, fumeurs de joints tire-au-flanc et flem­mards (les freaks), ou des aso­ci­aux inca­pables de s’insérer dans les com­mu­nautés de leur généra­tion (les geeks), une impor­tante par­tic­u­lar­ité d’Apatow est de leur don­ner con­science de leur inadapt­abil­ité. Dans Super­Grave, Jon­ah Hill, racon­tant que chaque belle fille a déjà été saoule au point de couch­er avec un moche, affirme plein d’espoir : « On peut être cette erreur ! » Dans les films d’A­p­a­tow, le per­son­nage recon­naît sans cesse et accepte franche­ment son inadap­ta­tion, et part de ce con­stat pour se faire une place. C’est cette place rare du per­son­nage comique que ne fran­chit pas ici McK­ay, et qui bride l’ampleur de son film.

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