Be Bad !

Be Bad !

de Miguel Arteta

  • Be Bad !
  • (Youth in Revolt)
  • États-Unis2009
  • Réalisation : Miguel Arteta
  • Scénario : Gustin Nash
  • d'après : le roman Youth in Revolt: The Journals of Nick Twisp
  • de : C.D. Payne
  • Image : Chuy Chávez
  • Montage : Pamela Martin, Andy Keir
  • Musique : John Swihart
  • Producteur(s) : David Permut
  • Interprétation : Michael Cera (Nick Twisp alias François Dillinger), Portia Doubleday (Sheeni Saunders), Jean Smart (Estelle Twisp), Steve Buscemi (George Twisp)...
  • Date de sortie : 1 septembre 2010
  • Durée : 1h31

Be Bad !

de Miguel Arteta

To be (bad) or not to be


To be (bad) or not to be

Teen-comédie de la ren­trée, Be Bad ! était autant atten­du pour décou­vrir la suite de la car­rière du jeune Michael Cera que pour les promess­es de son titre fron­deur. Or si le tal­ent de l’acteur de Super­Grave se con­firme une nou­velle fois, l’ensemble du film manque de folie et affiche trop de con­ces­sions pour une comédie cen­sée s’extirper des canons du genre.

De son inti­t­ulé orig­i­nal (Youth in Revolt), le dernier film de Miguel Arte­ta n’a peut-être rien per­du au change de sa tra­duc­tion. Car de rébel­lion ado­les­cente dont on pou­vait penser qu’elle dia­loguerait avec une frange sub­ver­sive de la teen-comédie, il n’en est pas vrai­ment ques­tion ici. Autre époque et nou­veaux hori­zons, la jeunesse ici incar­née par Michael Cera débor­de d’une révolte dénaturée, dont les moti­va­tions sont d’ordre privées, amoureuses. Nick Twisp est un jeune roman­tique, une progéni­ture vierge chahutée par ses émois ado­les­cents et trans­portée d’un foy­er à l’autre de ses par­ents divor­cés. De l’inexpérience sex­uelle qui tra­vaille ses dessous (l’ouverture dévoilant une secrète activ­ité onaniste) autant que son esprit bour­geon­nant (la voix off con­fes­sant de manière éru­dite son iden­tité de puceau), on com­pren­dra rapi­de­ment que Nick vogue en plein âge ingrat. Mais au lieu d’être un ado décérébré, Nick fait preuve, comme bon nom­bre de fig­ures de la teen-comédie (Ghost World, Juno), d’une con­science aiguë du malaise qui le tra­verse. Ses con­fes­sions en font le bon­i­menteur d’un envi­ron­nement famil­ial pour le moins désas­treux (« N’y a‑t-il aucune lim­ite au sadisme parental ? » con­fiera t‑il). Vif esprit coincé dans un corps mal­ha­bile, Nick va alors être con­fron­té à une réal­ité essen­tielle, sa ren­con­tre avec Sheeni Saun­ders, belle pousse et rai de lumière boulever­sant ses pitoy­ables vacances. Il va alors devoir se débat­tre avec sa mal­adresse con­géni­tale, obéir aux caprices de la demoi­selle et remuer ciel et terre afin de la con­quérir durable­ment.

Tiré d’un livre chapitré en plusieurs sketchs, Be Bad ! est quelque part lui aus­si seg­men­tée en une dizaine d’épisodes qui mul­ti­plie les espaces tout en s’enrichissant de nou­veaux per­son­nages. Fil con­duc­teur du film, Michael Cera y nav­iguera aux côtés de sa mère et deux de ses nou­veaux amants d’une splen­dide stu­pid­ité (dont le con­tre-employé Ray Liot­ta), du fameux aparté esti­val et d’une majeure par­tie où il sera ques­tion de fuir la police suite à un désas­treux acci­dent. La portée méchante du titre repose sur les sup­pli­ca­tions de Sheeni exigeant de Nick un com­porte­ment de rebelle qu’elle fan­tasme en exem­ple des tribu­la­tions détachées de Michel Poic­card dans À bout de souf­fle. Deman­dant la lune à un Nick aus­si con­fi­ant qu’un ado mirant ses chaus­sures toute une soirée durant, la fille adopte ces airs de garce expéri­men­tée. Nick se dédou­ble alors en l’incarnation de ses rêves…

Et le réal­isa­teur de pal­li­er ce grand écart schiz­o­phrénique en usant d’un vieux procédé de dessin ani­mé matéri­al­isé par la lutte de l’ange et du démon. Ain­si, l’on suit deux incar­na­tions de Nick se côtoy­er, s’affronter selon l’antagonisme pure timidité/violence insou­ciante. Même si le truc s’inscrit dans le genre comique et qu’il est quelque part savoureux d’observer les mim­iques d’un Cera (renom­mé François) adop­tant une dés­in­vol­ture latine (avec mous­tach­es et clopes au bec), le jeu du dou­ble n’implique jamais de trou­vailles visuelles et demeure un effet finale­ment assez con­venu. Loin de sus­citer l’intérêt, le procédé sera rapi­de­ment écarté et oublié lors de la course en avant de Nick vers le col­lège français où est enfer­mée sa belle. L’enjeu cen­tral se retrou­ve alors un peu per­tur­bé et le film de se rat­trap­er par des gags liés à de folles péripéties et l’apport de per­son­nages sec­ondaires, plus ou moins far­felues. La mise en scène un peu plate, lais­sant à l’acteur le soin de porter Be Bad ! sur ses frêles épaules, demeure alors étouf­fée par son large cast­ing et ne sort de ses gonds que pour dessin­er de gen­til­lettes par­en­thès­es ani­mées et s’autoriser d’inoffensives pro­jec­tions men­tales à teneur sex­uelle.

Loin des ping-pongs ver­baux qui s’échangent chez Judd Apa­tow, Be Bad ! ne se car­ac­térise donc pas par de déli­rantes tranch­es de folie (peut-être son final…) puisqu’il lui préfère la carte d’un en-dedans roman­tique quelque peu acidulé. Son prin­ci­pal défaut tient sans doute à son refus d’assumer une imper­ti­nence crasse et de rester sans grand débor­de­ment dans le sil­lon d’un genre qui devrait davan­tage se prêter à une désobéis­sance morale et formelle. Et c’est sans grand risque qu’il nous trans­portera loin d’une fron­deuse méchanceté sur les rails d’une teen-comédie qui obéit docile­ment à ses pas­sages oblig­és comme un mau­vais élève qui n’en aurait que l’apparence.

Sim­ple­ment, Be Bad ! laisse plus qu’entrevoir une veine bur­lesque au tra­vers une phy­s­ionomie et désor­mais fig­ure dont on est encore (répé­tons-le) loin de se lass­er. À ne plus vrai­ment con­sid­ér­er comme un nou­veau venu, Michael Cera (Une nuit à New York, L’An 1: des débuts dif­fi­ciles pour les moins con­nus) exerce un point de fix­a­tion (de fas­ci­na­tion) qui fait de Be Bad ! son intérêt prin­ci­pal. Épi de blé qui trans­porte un mal-être gauche, loin­tain par­ent d’un Woody Allen moins ver­beux, ce longiligne corps tou­jours aux pris­es avec son envi­ron­nement, trans­porte un malaise, un embar­ras fab­uleux qui s’exerce par un art de l’effacement, un min­i­mal­isme ren­tré. Son corps qui refuse le sur­régime de l’agitation, sem­ble comme boulon­né, inca­pable de se mou­voir tant le monde alen­tour parait hos­tile, ses obsta­cles insur­monta­bles. Et la mise en marche de ce corps, lorsque les événe­ments jouent en sa défaveur, pro­duit alors cette incar­na­tion bur­lesque par laque­lle les mem­bres ne s’incurvent jamais naturelle­ment, obéis­sent à une droi­ture, un retard à l’allumage. Sa fig­ure qui fait penser à une espèce d’écureuil trop frileux pour point­er son nez dehors, joue con­stam­ment d’une sub­tile plas­tique de gim­micks. Les vents de panique, la fébril­ité des natures que ce vis­age affronte et incar­ne, se des­sine tou­jours selon un mou­ve­ment qui, d’une con­fronta­tion à l’autre, doit retrou­ver son cen­tre, le moi privé de son efface­ment. Coquille recro­quevil­lée sur elle-même, les regards lancés vers l’altérité obéis­sent finale­ment à une dif­fi­culté d’ouverture, une ter­ri­ble mal­adresse qui parvi­en­nent à exprimer un trou­ble tout intérieur. Et c’est toute la force de Michael Cera de par­venir à ani­mer, en quelques traits, une fig­ure d’adolescent trop effrayé pour crier, trop gauche pour se déten­dre, trop bril­lant pour se car­i­ca­tur­er.

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