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Millenium 3 – La Reine dans le palais des courants d’air

Millenium 3 – La Reine dans le palais des courants d’air

de Daniel Alfredson

  • Millenium 3 – La Reine dans le palais des courants d’air
  • (Luftslottet som Sprängdes)
  • Suède2009
  • Réalisation : Daniel Alfredson
  • Scénario : Jonas Frykberg, Ulf Ryberg
  • d'après : le roman La Reine dans le palais des courants d'air
  • de : Stieg Larsson
  • Image : Peter Mokrosinski
  • Montage : Mattias Morheden
  • Musique : Jacob Groth
  • Producteur(s) : Søren Stærmose
  • Interprétation : Michael Nyqvist (Mikael Blomkvist), Noomi Rapace (Lisbeth Salander), Lena Endre (Erika Berger), Peter Andersson (Nils Bjurman), Per Oscarsson (Holger Palmgren), Annika Hallin (Annika Giannini)...
  • Distributeur : UGC
  • Date de sortie : 28 juillet 2010
  • Durée : 2h27

Millenium 3 – La Reine dans le palais des courants d’air

de Daniel Alfredson

L'homme qui aimait les femmes


L'homme qui aimait les femmes

Suite et fin de la trilo­gie sué­doise tirée des romans à suc­cès de Stieg Lars­son. L’heure du bilan donc. Peu de ciné­ma, c’est clair, mais l’avènement d’une héroïne mod­erne, Lis­beth Salan­der, et la grâce de son inter­prète, Noo­mi Rapace.

Et voilà c’est fini. Enfin pour l’instant puisque David Finch­er souhaite à son tour adapter les trois romans de Stieg Lars­son, sans doute en un seul et même film. Et puis l’on par­le égale­ment d’un qua­trième tome large­ment entamé par l’auteur sué­dois avant sa mort et qui pour­rait lui aus­si à terme être porté à l’écran. Joli coup en tout cas pour le ciné­ma nordique qui, espérons-le, utilis­era l’argent récolté pour soutenir de nou­veaux Wind­ing Refn.
Au niveau formel, ces trois longs métrages ne res­teront pas dans les annales. La réal­i­sa­tion est d’ordre télévi­suel. Pas de mise en scène, unique­ment de l’illustration. Peu de moments qui impri­ment la rétine. À sauver néan­moins une ges­tion intéres­sante des scènes d’action, sans grands effets pyrotech­niques faute de moyens, mais du coup avec une sécher­esse effi­cace, tout en adré­naline, avec une vio­lence frontale qui élec­trisent ces séquences, notam­ment celles met­tant en scène le géant blond insen­si­ble à la douleur.

Mais ces rares sail­lies ne sont que des excep­tions à un fil­mage bien terne. La magie étrange des décors nordiques est peu util­isée, n’est pas Bergman qui veut. La lumière gran­uleuse sied au côté polar de l’ensemble, mais s’avère sou­vent juste laide. Le cast­ing joue sa par­ti­tion hon­nête­ment sans grandes envolées, à l’image d’un Mikael Blomkvist, cen­sé être le George Clooney du nord, mais très loin du charme de l’amateur de café poivre et sel.
Pour le reste, la nar­ra­tion s’appuie sur le sens du réc­it de Stieg Lars­son, qui sait tenir en éveil par le rebondisse­ment per­ma­nent. On suit tout en se foutant pas mal l’enquête jour­nal­is­tique par­tant d’un réseau de pros­ti­tu­tion pour arriv­er à une société secrète jouant avec la rai­son d’État. Tout cela n’est que décor, vite expédié, en quelques dia­logues lour­dauds, pour traiter du sujet prin­ci­pal de la trilo­gie, le per­son­nage de Lis­beth Salan­der, sym­bole de la vio­lence faite aux femmes.

Dans sa prime jeunesse, Stieg Lars­son avait assisté au viol d’une jeune fille par une bande, mais n’était pas inter­venu pour lui venir en aide. Recroisant sa vic­time dans la rue, il lui deman­da d’excuser sa lâcheté. Elle lui répon­dit qu’elle ne lui par­don­nerait jamais. Boulever­sé par cet épisode, il en conçut un fémin­isme rad­i­cal qui irrigue la saga Mil­le­ni­um.
Dans les deux pre­miers films, on a ain­si vu Lis­beth Salan­der se faire agress­er dans un métro, vio­lée par son tuteur légal, qua­si assas­s­inée par un ser­i­al-killer, mais tou­jours droite dans ses bottes cloutées, déter­minée à punir ces hommes qui n’aiment pas les femmes, elle qui a vu sa mère mourir sous les coups de son père.
À la fin de ce troisième opus, on la voit revenir à la vie, et après moult aven­tures se libér­er de son passé, de la tutelle imposée depuis son ado­les­cence, des cauchemars qui la ren­voient à l’hôpital psy­chi­a­trique où elle a été internée. Blanchie par la jus­tice à la suite d’un procès à la Jeanne d’Arc qui recon­naît son statut de vic­time. À l’abri de ses per­sé­cu­teurs mul­ti­ples et var­iés, pater­nel et demi-frère com­pris, envoyés tout droit en cel­lule, voire au cimetière.

Au bout du compte, et c’est là la force de cette trilo­gie, on laisse à regret ce per­son­nage hors norme, avec sa dégaine de pétroleuse, éten­dard du girl-pow­er en jeans ser­rés, blou­son noir, tatouage géant dans le dos, coupe de cheveux déstruc­turée et pierc­ings à gogo.
Elle laisse un vide, parce qu’elle nous par­le, comble de moder­nité qu’elle est, hackeuse dans une société qui craint de voir la tech­nique grig­not­er la moin­dre par­celle de vie privée, fémin­iste face à un patri­ar­cat frag­ilisé qui se main­tient par la vio­lence, les­bi­enne amoureuse d’un homme dans un monde où le genre n’est heureuse­ment plus une fron­tière au désir.
Elle touche par sa schiz­o­phrénie, celle des grandes métrop­o­les, à la soli­tude lanci­nante qui y règne, aux ombres urbaines ne croy­ant plus en rien ni à per­son­ne qui se vendent et s’achètent au grand marché de l’emploi et du sexe, aux corps si prompts à jouir mais aux âmes si rétives à se laiss­er aimer.
Elle est notre miroir, un de ces per­son­nages de fic­tion qui mar­que une époque, dont dans quelques années les traits romanesques dessineront en creux le por­trait de notre temps. Un phénomène d’autant plus notable dans un sep­tième art peinant ces derniers mois à faire émerg­er des arché­types forts comme a pu l’être un Tony Mon­tana.

Noo­mi Rapace – quel nom ! – l’incarne mag­nifique­ment. Voir jouer cette actrice est un plaisir de chaque instant. Elle impose une sil­hou­ette, frag­ile et forte, loin des canons de beauté habituels avec ses tout petits seins, mais avec un vrai sex-appeal, et de belles scènes de sexe à la clef, sen­suelles et jamais vul­gaires. Con­fron­tée à autrui, elle a ce retrait physique qu’ont les blessés de la vie, le dos appuyé au dossier de la chaise, tou­jours à dis­tance respectable. Elle a ce regard flou de la sur­vivante, con­cen­tré de rage ren­trée, enfant per­due der­rière le masque, comme tou­jours sous la men­ace.
Alors que le générique de fin approche, que l’histoire touche à sa fin, il y a cet avant-dernier plan où Lis­beth Salan­der / Noo­mi Rapace referme la porte sur Michael Nyqvist / Mikael Blomkvist, avec qui elle a couché, qui l’a sauvé de la mort, qui a mis sa vie en dan­ger pour elle, faisant tout pour la ren­dre de nou­veau libre. Elle baisse le vis­age vers le sol, la main sur la poignée, hési­tant à rap­pel­er cet homme qu’elle aime, peut-être même sans vrai­ment le savoir. Beau moment de ciné­ma. Grand moment de ciné­ma. Incroy­able comé­di­enne que David Finch­er aura bien du mal à rem­plac­er.

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