La Comtesse

La Comtesse

de Julie Delpy

  • La Comtesse
  • (The Countess)
  • France, Allemagne2009
  • Réalisation : Julie Delpy
  • Scénario : Julie Delpy
  • Image : Martin Ruhe
  • Décors : Hubert Pouille
  • Costumes : Pierre-Yves Gayraud
  • Son : Dirk Bombey
  • Montage : Andrew Bird, Julie Delord
  • Musique : Julie Delpy, Marc Streitenfeld
  • Producteur(s) : Andro Steinborn, Julie Delpy, Christopher Tuffin, Matthew E. Chausse
  • Production : Social Capital, Tempête Sous Un Crâne, Tuffin Entertainment, X Filme International, Celluloid Dreams, Bloodworks
  • Interprétation : Julie Delpy (Erzsébet Báthory), Anamaria Marinca (Anna Darvulia), Daniel Brühl (István Thurzó), William Hurt (György Thurzó)
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 21 avril 2010
  • Durée : 1h34

La Comtesse

de Julie Delpy

On achève bien les vampires...


On achève bien les vampires...

Julie Delpy, char­mante actrice au demeu­rant, n’en est pas à son pre­mier for­fait de réal­isatrice : après une comédie détour­nant bien trop peu ses clichés pour être bien hon­nête (Two Days in Paris), la voici de retour devant et der­rière une caméra peu inspirée pour nous con­ter l’his­toire alléchante d’un Drac­u­la au féminin. Ne sachant expos­er ni l’hor­reur ni l’am­biguïté de son per­son­nage, Julie Delpy tombe dans la fadeur. Ni peur ni mal.

Bien loin­taine sem­ble la froideur comique du Bal des vam­pires de Roman Polan­s­ki, ou même l’hu­mour grinçant d’Entre­tien avec un vam­pire de Neil Jor­dan, quand on se retrou­ve devant la Comtesse de Julie Delpy. On peut not­er cepen­dant le courage de la “réal­isatrice” qui, après s’être frot­tée molle­ment à la comédie sen­ti­men­tale dans son pre­mier film, Two Days in Paris, tente de franchir le Rubi­con du film d’hor­reur his­torique. Elle n’a mal­heureuse­ment aucune maîtrise de l’épou­vante et de la ter­reur ren­trée qu’est cen­sé inspir­er son noble per­son­nage. Celui-ci n’est autre que la fameuse comtesse Batho­ry qui, selon la légende, aurait assas­s­iné plusieurs dizaines de vierges effarouchés dans une région reculée de Hon­grie ‑donc pas très loin des Carpates- pour con­serv­er, grâce à leur sang, l’éter­nelle jeunesse d’un vis­age et d’un corps souf­frant des out­rages du temps. Le prob­lème pre­mier du film de Julie Delpy est d’abord sa ten­dance au sur­vol, à la com­pi­la­tion : voulant tout dire, elle ne filme jamais vrai­ment rien. Batho­ry repousse les attaques de mer­ce­naires étrangers pour s’at­tir­er les faveurs du roi, Batho­ry a une aven­ture avec le trop jeune Ist­van qui la délaisse et ne s’en remet pas, Batho­ry a une con­fi­dente qui, par amour, va absoudre et cacher ses crimes. Le film appa­raît comme un enchaîne­ment de scènes très linéaires qui pour­raient con­tenir un mys­tère plus pro­fond… mais non. Rien d’autre que de bien factuel ne transparaît de ces images très liss­es, très droites, trop descrip­tives.

Le décor lui-même n’est pas exploité : on imag­ine bien les pos­si­bil­ités spa­tiales que pro­cure un château faits de recoins et de par­celles som­bres et énig­ma­tiques. Il est tou­jours temps d’u­tilis­er les clichés de l’hor­reur pour les per­son­nalis­er, mais Julie Delpy ne le prend jamais. De la rela­tion trou­blante, morale­ment et sex­uelle­ment, d’An­na avec sa maîtresse, elle ne filme que des dia­logues sans ambigüités et des larmes presque trop affec­tées. Mais c’est surtout le per­son­nage de la comtesse elle-même qui se perd dans les limbes de la plat­i­tude : engoncée dans des cos­tumes trop lourds et trop encom­brants, elle n’ap­pa­raît jamais réelle­ment dans toute son hor­reur. Quelques scènes, qui sem­blent donc com­plète­ment hors sujet, échap­pent à la balour­dise mal­gré tout, notam­ment lorsque Julie Delpy, qui incar­ne la comtesse, se filme sans fard dans une lumière dif­fuse, lorsqu’elle décide de met­tre à nu son vis­age angélique emprunt de la noirceur des meur­tri­ers. Encom­brée de décors et d’anec­do­tique, sa comtesse reste pour­tant bien fade tant elle s’acharne à ne pos­er aucune ques­tion. La moti­va­tion de ses crimes est sim­ple, mais les con­séquences engen­drées par sa ter­reur de la décrépi­tude ne sont jamais vrai­ment évo­quées. On assiste au crime, on assiste au châ­ti­ment. Entre les deux, point de nuance, point d’at­mo­sphère, point de com­plex­ité. Ain­si la Drac­ulette que Julie Delpy sem­ble rêver comme une fémin­iste avant l’heure n’est-elle pas vrai­ment un per­son­nage. Elle ressem­ble plutôt à une femme rongée par des doutes de quadragé­naire qui aurait joué un peu trop bru­tale­ment avec les acces­soires d’un film de vam­pires.

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