Halloween II

Halloween II

de Rob Zombie

  • Halloween II
  • États-Unis2009
  • Réalisation : Rob Zombie
  • Scénario : Rob Zombie
  • Image : Brandon Trost
  • Montage : Glenn Garland
  • Musique : Tyler Bates
  • Producteur(s) : Malek Akkad, Andy Gould, Rob Zombie
  • Interprétation : Sheri Moon Zombie (Deborah Myers), Chase Vanek (Michael enfant), Scout Taylor-Compton (Laurie Strode), Brad Dourif (shérif Lee Brackett), Caroline Williams (Dr Maple), Malcolm McDowell (Dr Samuel Loomis), Tyler Mane (Michael Myers), Margot Kidder (Barbara Collier)...
  • Éditeur DVD : Wild Side Vidéo
  • Date de sortie DVD : 1 avril 2010
  • Durée : 1h41

Halloween II

de Rob Zombie

Alice au pays des horreurs


Alice au pays des horreurs

On le sait depuis le mon­strueux The Devil’s Rejects : Rob Zom­bie a une vision pour l’Amérique, et ce n’est pas joli à voir. En 1974, Tobe Hoop­er soule­vait le cou­ver­cle recou­vrant une Amérique rurale dev­enue cloaque mon­strueux – aujourd’hui, Rob Zom­bie sem­ble bien décidé, au fil de sa fil­mo­gra­phie, à en explor­er les recoins les plus pro­fonds, les plus scabreux. Avec son Hal­loween II rien moins que baroque, il pour­suit à la fois son por­trait d’une Amérique pour­ris­sante, et son explo­ration de la psy­ché malé­fique de Michael Myers. Glaçant.

Alors qu’il était fer­me­ment opposé à la réal­i­sa­tion d’une suite à son Hal­loween – cer­taine­ment l’un des remakes les plus per­ti­nents jamais tournés –, c’est finale­ment Rob Zom­bie qui s’est instal­lé der­rière la caméra pour Hal­loween II. L’ex-star du rock refu­sait que l’on déna­ture sa « vision ». Qu’il soit ras­suré – après ce nou­v­el épisode, bien téméraire sera celui qui décidera de touch­er au tueur au masque, tant le film représente une vision unique du slash­er.

Hal­loween II reprend donc pré­cisé­ment à la fin du pre­mier volet (comme d’ailleurs l’avait fait The Devil’s Rejects vis-à-vis de son prédécesseur/brouillon, La Mai­son des 1000 morts). Sur­vivante du pre­mier mas­sacre, Lau­rie Strode n’en demeure pas moins vio­lem­ment trau­ma­tisée. En par­ti­c­uli­er, elle reste per­suadée que le ter­ri­fi­ant Michael Myers n’est pas mort, et va revenir pour la chercher, pour finir ce qu’il a com­mencé. Bien enten­du, elle a par­faite­ment rai­son – peut-être même pas autant que ce qu’elle s’imagine…

Héri­ti­er du gial­loVen­dre­di 13 et con­sorts n’étant que des resucées de l’extraordinaire Baie sanglante de Mario Bava – le slash­er est cer­taine­ment un genre con­sti­tu­tif de l’identité ciné­matographique des années 1980 aux États-Unis. De ses myr­i­ades d’avatars, on retien­dra avant tout les his­toires grand-guig­no­lesques de Fred­dy Krueger, et le min­i­mal­isme répéti­tif de l’interminable saga des Ven­dre­di 13. L’unique incur­sion du maître John Car­pen­ter dans le genre mérite cepen­dant qu’on s’y arrête, nonob­stant la médiocre qual­ité de sa litanie de suites. En 1978, en créant le tueur masqué Michael Myers, Car­pen­ter reprend le pro­pos para­noïaque de son pre­mier film, Meurtre au 43e étage : l’Amer­i­can way of life, cap­i­tal­iste et WASP, n’est qu’un leurre ; rien, ni la sacro-sainte famille, ni la fausse sécu­rité des biens de con­som­ma­tion ne seront un rem­part con­tre la sauvagerie tou­jours à l’affut au plus pro­fond de l’être humain. Nous étions à l’aube des années Rea­gan, et Car­pen­ter, dans la décen­nie suiv­ante, n’eut de cesse de pour­suiv­re son com­bat, le mors aux dents. Cette dimen­sion idéologique, Rob Zom­bie l’a bien inté­grée, mais il n’est pas l’héritier du seul Car­pen­ter. Fig­ure aus­si dans son cor­pus le Mas­sacre à la tronçon­neuse de Tobe Hoop­er (1974) – et le croise­ment de ces deux univers est enrichi de son pro­pre par­a­digme, qui se man­i­feste dans sa galerie de freak broth­ers per­vers, bien plus hal­lu­cinés que ceux de Gilbert Shel­ton.

Zom­bie est loin d’aimer son prochain. Sa pein­ture, dépourvue du moin­dre humour, de l’Amérique pro­fonde ou ban­lieusarde, en témoigne. L’humanité y est vile, odieuse, fade et repous­sante – une lie per­pétuelle dont il jus­ti­fie le mas­sacre bar­bare par ses rebelles dans The Devil’s Rejects, comme par l’automate Michael Myers dans Hal­loween. Pass­er de l’autre côté du miroir, voilà la démarche logique qui restait à entre­pren­dre à Rob Zom­bie. C’est chose faite avec Hal­loween II, où le réal­isa­teur imprime à nou­veau une mar­que orig­i­nale à la fran­chise, en attachant à la famille Myers un monde onirique baroque, une approche inédite dans une car­rière par ailleurs plutôt portée sur le gore cradasse et déli­rant. Autant dire que les exégètes de la fran­chise Hal­loween comme les ama­teurs de slash­er seront désarçon­nés.

Dans une mise-en-scène très majori­taire­ment noc­turne, jouant sur les ombres et la men­ace latente, Zom­bie va donc répon­dre à son pro­pre cahi­er des charges et align­er une belle série de meurtres bar­bares. Mais bien­tôt, le réc­it va opter pour une plongée con­cen­trique dans un monde imag­i­naire som­bre, aux ténèbres bilieuses. Car ce que met en scène Rob Zom­bie, ce n’est rien moins que son Alice au pays des mer­veilles. Celle de Lewis Car­roll veut-elle échap­per à l’oppressante société vic­to­ri­enne ? La fig­ure d’Alice chez Zom­bie n’est pas celle qui fuit vers les élé­ments chao­tiques, mais celle-là même dont sur­gis­sent ces élé­ments, après qu’elle s’est déjà écartée de la norme.

Le mon­stre d’Hal­loween représente l’apex de l’étude de la folie par Rob Zom­bie. Baroque (autant au sens pre­mier d’imparfait, qu’à celui plus com­muné­ment admis de chao­tique), cru­el, déca­dent, et déséquili­bré, Hal­loween II a le mérite de men­er cette étude presque soci­ologique à son terme. Les ciné­mas provo­ca­teurs des années 1970 (road-movie, fan­tas­tique et épou­vante, notam­ment) ont débusqué la fig­ure insane du mon­stre tapi chez l’Américain. Zom­bie pour­suit et achève la per­ti­nente et ter­ri­ble analyse de Tobe Hoop­er, à une époque poli­tique­ment cor­recte où pouss­er son dis­cours et sa vision du monde à de telles extrémités artis­tiques et esthé­tiques con­stitue presque un acte mil­i­tant. Car il fut un temps, dont se sou­vient man­i­feste­ment Zom­bie, où le fan­tas­tique et l’horreur étaient par excel­lence les gen­res sub­ver­sifs du 7e art. Ce que Rob Zom­bie a à nous dire a atteint, avec Hal­loween II, une forme de com­plé­tude. Ce que sera son prochain pro­jet, en regard de cette descente aux enfers voulue et pen­sée, ne peut que nous fascin­er – ou nous ter­ri­fi­er.

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