Cycle Congophonies Cha Cha

Cycle Congophonies Cha Cha

  • Rétrospective Cycle Congophonies Cha Cha
  • Lieu : Centre Wallonie-Bruxelles, Paris
  • Date : du 15 au 20 mars 2010
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Cycle Congophonies Cha Cha

Un Congo, des Congos, une Afrique, des Afriques


Un Congo, des Congos, une Afrique, des Afriques

Le cen­tre Wal­lonie-Brux­elles de Paris célèbre les cinquante ans des indépen­dances africaines en braquant la lumière sur le Con­go. Du 15 au 20 mars, con­certs, expo­si­tion, débats, spec­ta­cles et ciné­ma vont réson­ner dans un fab­uleux cha cha cha. Des « Con­go­phonies » pour témoign­er de la vital­ité du plus grand pays d’Afrique fran­coph­o­ne et pour célébr­er quar­ante ans de Fran­coph­o­nie. Focus sur l’enthousiasmante pro­gram­ma­tion ciné­matographique de l’événement.

Nous sommes à Brux­elles, le 25 jan­vi­er 1960. Patrice Lumum­ba, futur pre­mier Pre­mier min­istre du Con­go indépen­dant, assiste au som­met déter­mi­nant pour l’avenir de son pays. A ses côtés, le mythique jazz band « African Jazz ». Le Con­go, qui s’est très tôt acca­paré les rythmes de la rum­ba cubaine pour y adjoin­dre des influ­ences africaines et antil­lais­es, va se met­tre à réson­ner de leur chan­son Indépen­dance Cha Cha. C’est bien­tôt tout le con­ti­nent africain qui reprend cette mélopée, comme un hymne poli­tique des indépen­dances nais­sances. Patrice Lumum­ba sera assas­s­iné un an plus tard. En 2002, la Bel­gique, anci­enne puis­sance colo­niale, recon­naît une respon­s­abil­ité dans sa mort.

Cinquante ans plus tard, quel est l’« état des lieux » de l’Afrique indépen­dante ? Sur tout le con­ti­nent et dans les anciens pays colonisa­teurs, les man­i­fes­ta­tions se mul­ti­plient. Il était naturel pour le Cen­tre Wal­lonie-Brux­elles de pren­dre part à l’événement en plaçant les pro­jecteurs sur le Con­go, plus vaste pays d’Afrique fran­coph­o­ne. Un voy­age, à tra­vers une douzaine de films, au cœur de ce cœur de l’Afrique, par­mi ses habi­tants, mod­estes, dés­abusés, ent­hou­si­astes, vail­lants, drôles, cor­rom­pus… La pro­gram­ma­tion de Con­go­phonies Cha Cha dresse un panora­ma du Con­go d’aujourd’hui.

Le pays Kinshasa

Elle a 15 ans. C’est « petite Maria ». Petite Maria qui se plie aux jeux per­vers des grands, vio­lée, pros­ti­tuée. « Je me fais bais­er pour pou­voir manger. » Parce que dans son vil­lage, à la mort de ses par­ents, elle et sa petite sœur ont été estampil­lées « sor­cières », et qu’elles sont à présent toutes deux à la rue. Le court métrage que Louis Vogt Voka lui con­sacre est brut, rugueux, âpre ; le vis­age mag­nifique de Maria s’en détache. Un vis­age de stat­ue d’ébène, filmé de près en livrant son quo­ti­di­en, la nuit, dans les lumières de Kin­shasa. « Ils m’ont tabassée à tel point que je me suis habituée », dit Maria, alors que résonne Le Bon­heur de Lokua Kan­za. Onze min­utes de vidéo qui don­nent à voir une cap­i­tale ten­tac­u­laire dont les enfants arpen­tent les rues.

Petite Maria est pro­gram­mé avec cinq autres courts-métrages de jeunes cinéastes kinois, réal­isés en avril 2008 au sein d’un ate­lier doc­u­men­taire pour le cen­tre inter­na­tion­al de for­ma­tion audio­vi­suelle et de pro­duc­tion (CIFAP). À not­er, à l’heure où rares sont les États africains à accom­pa­g­n­er la pro­duc­tion ciné­matographique, la col­lab­o­ra­tion pour cet ate­lier de l’Institut con­go­lais de l’audiovisuel (ICA) et de la Radio Télévi­sion Nationale Con­go­laise (RTNC). À côté de Maria, il y a La Maraîchère de nuit, elle qui arpente aus­si la nuit, l’aube, le marché des sor­ciers. Elle y vend ses fruits et légumes, parce qu’elle ne peut pas pay­er les tax­es, le jour. Michée Sun­zu la suit dans sa cam­pagne loin­taine, comme le para­doxe d’une vie dans un lieu apaisé qu’elle doit quit­ter pour la ville et les allées pous­siéreuses de son marché des sor­ciers. Un por­trait de femme qui fait écho au court-métrage de Jules Koy­ag­ile Nzokoli, Mal­gré moi, très joli por­trait d’un vieil homme devenu marchant ambu­lant pour une société indi­enne pour sub­venir aux besoins de sa famille.

Il y a aus­si le mer­veilleux con­teur de Kuso­ma – Lire, que Didi­er Lis­sa filme au milieu des herbes hautes comme un per­son­nage de l’oralité autant que de la moder­nité. Puis vient Papa Buna et son cortège d’enfants des rues recueil­lis dans un foy­er-école coranique. Arsène Kaman­go le filme comme pour un reportage jour­nal­is­tique, ques­tion­nant l’immigré malien sur ses moti­va­tions, véri­fi­ant celles des gamins qui veu­lent devenir « de bons musul­mans » et des jeunes filles con­ver­ties qui ont adop­té le foulard.

Pour couron­ner cette sélec­tion de courts, il y a, enfin, la pétu­lante Hélène, héroïne du Ral­lye d’Hélène, fémin­iste avant l’heure avec son méti­er de receveuse de taxi-brousse. Chouna Man­gon­do filme les débats qui s’élèvent dans le taxi avec un plaisir non dis­simulé. Pleine d’humour, Hélène lance à la can­ton­ade un « vous voulez la par­ité non ? » qui sonne un peu dif­férem­ment lorsqu’on apprend que le chauf­feur n’est autre que son jaloux de mari ! La tra­jec­toire d’un cou­ple qui, jamais l’un sans l’autre, fait douce­ment évoluer les men­tal­ités et force l’admiration des voyageurs.

Six films, six quarts d’heure pour trac­er le por­trait d’une ville qui avance mal­gré les obsta­cles, roy­aume de la débrouille et où fleuris­sent les ini­tia­tives, les élans de vie.

De Kinshasa à Matonge, via le Katanga

Face à ces jeunes cinéastes, le cen­tre Wal­lonie-Brux­elles invite un autre fameux réal­isa­teur kinois, Balu­fu Baku­pa-Kanyin­da, chargé dans son pays des activ­ités ciné­ma accom­pa­g­nant l’anniversaire de l’indépendance. L’auteur de Juju Fac­to­ry (2005), mag­nifique métaphore de la créa­tion, ode au quarti­er africain brux­el­lois de Matonge, réminis­cences de l’exil et des illu­sions post-indépen­dance, vien­dra ren­con­tr­er le pub­lic autour de trois de ses courts métrages, évo­quant tour à tour la cor­rup­tion (Arti­cle 15 bis), les régimes poli­tiques africains (Le Dami­er) et l’alunissage d’Apollo 11 suivi du Con­go, ce 21 juil­let 1969 (Nous aus­si avons marché sur la Lune).

Trois longs-métrages doc­u­men­taires ouvriront et cloront le cycle ciné­matographique de ces Con­go­phonies. En une grosse heure, L’Or noyé de Kami­tu­ga, de Colette Braeck­man et Yvon Lam­mens, retrace l’histoire du Katan­ga, région minière la plus riche du Con­go, objet de toutes les con­voitis­es. Colette Braeck­man, jour­nal­iste au quo­ti­di­en belge Le Soir, com­pa­tri­ote de Thier­ry Michel, qui expose au cen­tre Wal­lonie-Brux­elles ses pho­tos pris­es au Katan­ga, racon­te en vidéo, dans une ver­sion inédite en France, com­ment mourir de faim sur une mine d’or. Tout le para­doxe du Con­go et d’une grande par­tie de l’Afrique. A la coloni­sa­tion a suc­cédé la mon­di­al­i­sa­tion, source de nou­veaux con­flits pour les ter­res et les richess­es souter­raines. D’une his­toire l’autre, les réal­isa­teurs plon­gent leur caméra dans une seule ville qui devient métaphore de tout un pays, voire de tout un con­ti­nent.

D’une his­toire l’autre, mais aus­si d’un pays, d’un con­ti­nent l’autre. Exils, migra­tions, sources de pré­cari­sa­tion pour nom­bre d’Africains, mais aus­si sources de richesse, de muta­tions cul­turelles, d’heureux mélanges. C’est un peu l’histoire des ZAP MAMA, réjouis­sant groupe de chanteuses con­nues pour leurs envolées a cap­pel­la, entre deux métis­sages, à l’image de Marie Daulne, que Vio­laine de Villers suit dans Mizike Mama. Mêlant rythmes con­go­lais des pyg­mées Ba-Banzélé et Mang­be­tu aux rythmes du jazz, de la rum­ba cubaine, du gospel, les ZAP MAMA sont à l’image d’un échange afro-européen renou­velé, apaisé. Ou com­ment tir­er le meilleur par­ti des deux con­ti­nents dans une recette drôle et touchante.

Com­ment clore autrement ce cycle de ciné­ma que par l’histoire de la chan­son même qui devien­dra comme l’hymne des indépen­dances africaines, Indépen­dance Cha Cha ? En retraçant l’histoire de cette chan­son dans le Con­go actuel, Jean-François Bastin et Isabelle Chris­ti­aens revi­en­nent sur les his­toires indi­vidu­elles de ceux qui ont vécu les indépen­dances. Des his­toires d’espoirs pour un film bilan en forme de réquisi­toire, pour que se lève le soleil des indépen­dances.

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