Complices

Complices

de Frédéric Mermoud

  • Complices
  • France, Suisse2009
  • Réalisation : Frédéric Mermoud
  • Scénario : Frédéric Mermoud, Pascal Arnold, Yann Le Nivet
  • Image : Thomas Hardmeier
  • Montage : Sarah Anderson
  • Musique : Grégoire Hetzel
  • Producteur(s) : Tonie Marshall, Damien Couvreur
  • Interprétation : Gilbert Melki (Hervé), Emmanuelle Devos (inspecteur Mangin), Nina Meurisse (Rebecca), Cyril Descours (Vincent), Joana Preiss (mère de Rebecca)
  • Date de sortie : 20 janvier 2010
  • Durée : 1h33

Complices

de Frédéric Mermoud

Vices et vertus


Vices et vertus

Pour son pre­mier long-métrage, Frédéric Mer­moud fait cohab­iter la noirceur du polar et une his­toire d’amour fou entre deux jeunes gens. Il y a là une belle matière, notam­ment deux beaux tandems, l’un de flics, l’autre de jeunes amants ; dom­mage que la vigueur et la den­sité n’agissent que de manière inter­mit­tente.

Le genèse du film de Frédéric Mer­moud ressem­ble à celui de sa com­pa­tri­ote suisse Ursu­la Meier : après quelques courts-métrages remar­qués, un pre­mier long bien pro­duit, notam­ment avec un cast­ing de pre­mier choix, Isabelle Hup­pert et Olivi­er Gourmet pour Home, ici Emmanuelle Devos et Gilbert Mel­ki. Si sa com­pa­tri­ote éton­nait et fai­sait plus qu’emporter le morceau avec son his­toire de famille mis­an­thrope au bord d’une autoroute désaf­fec­tée remise en ser­vice ; loin du ratage, Com­plices présente toute­fois un bilan plus mit­igé.

On a quelques craintes au début de Com­plices, quant à son aspect de polar un peu man­u­fac­turé. Quelques plans décrivent le cadre urbain, Lyon, entre chien et loup, puis un cadavre gisant au bord du fleuve, la face con­tre le fond du cours d’eau. Hervé (Gilbert Mel­ki) que l’on décou­vre dans une fête de famille passe en un coup de fil de cette dernière à l’atroce scène de crime. Avec son acolyte Karine (Emmanuelle Devos), l’enquête débute avec les étapes oblig­a­toires : la famille, les copains, la vis­ite de la cham­bre de la vic­time. S’installe alors un dou­ble régime nar­ratif : les flics remon­tent la piste tan­dis que le spec­ta­teur, par un sys­tème de flash-back (non sig­nalé), chem­ine vers les orig­ines du crime. En quelques regards dans un web­café, Rebec­ca et Vin­cent, 18 ans, tombent amoureux. La pre­mière sans doute attirée par ce garçon entre­prenant qui n’a pas froid aux yeux, le sec­ond séduit par cette donzelle un brin délurée issue d’un milieu plutôt favorisé. Vin­cent vit en fait d’une pros­ti­tu­tion auprès de la bonne société, organ­isée par Thomas. Ce qui, au pas­sage, après La Fille coupée en deux de Claude Chabrol, ferait de Lyon une sorte de cap­i­tale ciné­matographique française du vice.

C’est lors d’une soirée, avec quelques regards de ce Thomas, que l’on com­prend que cette union sera la source de sérieux prob­lèmes. Lorsque Vin­cent apprend à Rebec­ca qu’il n’est pas agent immo­bili­er free­lance, c’est le clash. Mais bien­tôt elle marche avec lui, c’est-à-dire qu’elle se joint à lui pour sat­is­faire la libido et les fan­tasmes de la clien­tèle, notam­ment d’un oph­tal­mo porté sur les coups. C’est sur ce ter­rain – norme et déviance des désirs – que Com­plices présente ses meilleurs pas­sages d’un point de vue ciné­matographique. Empreinte d’un soin nat­u­ral­iste trop sage et un peu sco­laire par ailleurs, le traite­ment des corps dénudés est mar­qué par une belle cap­ta­tion de ceux-ci, en étant près d’eux, dans un geste de mise en scène empathique et sen­suel. Ce sont plus encore les scènes de pros­ti­tu­tion qui présen­tent davan­tage de ten­sions, cela peut pass­er par un sim­ple regard des deux amant par-dessus l’épaule du client.

Polar et his­toire d’amour, le film est aus­si celui de la soli­tude com­plice du duo de polici­er, qui agit en con­tre­point des amours et désirs brûlants de Rebec­ca et Vin­cent. Karine cherche l’âme sœur sur inter­net, allant de frus­tra­tions en con­ster­na­tions. Hervé représente une forme de renon­ce­ment et d’inhibition face à la chose sen­ti­men­tale, comme s’il avait choisi, pour se pro­téger, d’être tiède et terne. Le sys­tème d’allées et venues entre l’enquête et les prémices du meurtre nour­rit la pos­ture touchante de ces quadragé­naires et forme un por­trait aigre-doux du chemin que l’on veut/peut bien don­ner à une exis­tence. Il est cer­tain que le duo de policiers vit quelque chose par procu­ra­tion à mesure qu’il éclaire l’in­ten­sité de la rela­tion entre Vin­cent et Rebec­ca. Si glob­ale­ment le cast­ing fait mer­veille (à l’exception du sec­ond rôle Thomas, un net cran en dessous), il faut soulign­er com­bi­en le sens de la fan­taisie de Gilbert Mel­ki, sa capac­ité à se plac­er et à nav­iguer à l’interstice de la drô­lerie et de la grav­ité, du con­trôle et de l’a­ban­don, est un spec­ta­cle à lui tout seul.

Si Com­plices s’avère hon­or­able, on regrette une forme d’intermittence, une indé­ni­able valeur y cohab­ite avec une cer­taine banal­ité. Avec un genre plutôt mal­traité, on pour­ra tou­jours dire que ce n’est pas si mal, mais on peut penser que Frédéric Mer­moud et ses comé­di­ens avaient poten­tielle­ment un film plus dense qui leur tendait les bras, notam­ment en resser­rant davan­tage le réc­it sur les aspérités et en s’éloignant d’aspects qui ressem­blent à s’y mépren­dre à des fig­ures imposées.

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