Gamines

Gamines

de Éléonore Faucher

  • Gamines
  • France2009
  • Réalisation : Éléonore Faucher
  • Scénario : Éléonore Faucher
  • d'après : le roman Gamines
  • de : Sylvie Testud
  • Image : Pierre Cottereau
  • Montage : Joële Van Effenterre
  • Musique : Laurent Petitgand
  • Producteur(s) : Blanche Guichou, Robert Guédiguian
  • Production : AGAT Films & Cie
  • Interprétation : Amira Casar (Anna Di Biaggio), Jean-Pierre Martins (Salvatore, le parrain Di Biaggio), Zoé Duthion (Sybille enfant), Sylvie Testud (Sybille adulte), Roxane Monnier (Georgette enfant), Élise Otzenberger (Georgette adulte), Louise Herrero (Corinne enfant), Laurence Cordier (Corinne adulte), Marc Barbé (le père)
  • Date de sortie : 16 décembre 2009
  • Durée : 1h47

Gamines

de Éléonore Faucher

Père dans l'ombre


Père dans l'ombre

Éléonore Fauch­er, réal­isatrice de Brodeuses en 2004, a lu et aimé le roman de Sylvie Tes­tud. Voici donc l’ouvrage adap­té au ciné­ma par la pre­mière, avec la présence de la sec­onde à l’écran. Une comédie dra­ma­tique gen­til­lette, non sans faib­less­es mais estimable.

Dès l’ouverture, c’est la voix-off de Sybille adulte (Sylvie Tes­tud) qui prend en charge le réc­it, le sien puisque que l’actrice a signé le livre dont est tiré le film. Gamines se déploie de manière enchâssée, avec un sys­tème d’aller-retour entre des voix-in et off, passé et présent, intéri­or­ité et extéri­or­ité du per­son­nage prin­ci­pal. Il advient que ça fonc­tionne plutôt en matière de réc­it, mais ces pas­sages ressem­blent beau­coup à un procédé quelque peu sys­té­ma­tique, pas tou­jours très heureux au niveau visuel, et assez redon­dant en terme de nar­ra­tion. D’autant que l’on com­prend que ceci n’est pas fait pour nous per­dre, mais pour nous men­er quelque part, à un point bien pré­cis.

Ce quelque part est une quête famil­iale en com­pag­nie de qua­tre per­son­nages de sexe féminin, une mère et trois filles d’environ six à treize ans. Et un absent, sorte d’ombre portée : un père que l’on désigne par « il » ou encore « lui ». Par­mi les progéni­tures au sein de cette famille affichant une ital­ian­ité très pronon­cée, il y a donc Sybille, env­i­ron dix ans, garçon man­qué efflan­qué et dégin­gandé affichant un vis­age con­stel­lé de tâch­es de rousseur et un blond certes véni­tien mais pas très ital­ien. Elle porte en quelque sorte les stig­mates de cette fig­ure pater­nelle fugi­tive. C’est son père tout craché ; pour preuve : il est pein­tre, elle des­sine, et son charis­ma­tique par­rain aux gros bras (Jean-Pierre Mar­tins) la surnomme « l’artiste ».

Gamines sus­cite plus d’in­térêt lorsqu’il sem­ble chercher sa voie. Une fois que l’on est sur les rails, on devient moins curieux et plus indif­férent quant à son déroulé. On est en fait face à un métrage plutôt franc du col­lier, mais qui con­nait quelques baiss­es de régime. Mal­gré cela, on est tout de même séduit par cette fig­ure soli­taire de la mère (Ami­ra Casar), que ses filles font danser lors des soirées. La douleur des dif­férents choix trans­gres­sifs qui furent les siens finit par for­mer un beau por­trait au féminin. Aus­si, il se dégage un cer­tain charme des tonal­ités de la pho­togra­phie, des décors et du jeu sur les couleurs qui ne sont pas sans emprunter au visuel pub­lic­i­taire des années 1950 et 1960. On se situe plus près des choix pic­turaux d’Elia Suleiman dans Le Temps qu’il reste, le génie du cadre et des durées en moins, que du chro­mo passéiste de cer­tains. Une belle émo­tion pointe par­fois dans l’image, notam­ment lors de ce trav­el­ling arrière suiv­ant Sybille et son par­rain sur un Ves­pa sur une petite route per­due d’I­tal­ie. Un joli moment, d’une indé­ni­able effi­cac­ité ciné­matographique, dans lequel beau­coup est dit sur l’absence d’un père et d’une présence mas­cu­line. Ajou­tons aus­si à cette même case crédit l’irréprochable cast­ing, les gamines sont impec­ca­bles et ne jouent pas à jouer les actri­ces. Grâce à cela, on évite com­plète­ment l’ef­froy­able péché mignon du film avec enfants, qui donne sou­vent envie de décocher des baffes (ceci un aveu peu glo­rieux) aux têtes blondes.

Bref, quand on voit c’qu’on voit ma bonne dame dans la comédie (dra­ma­tique ou non) française, et puisque la cri­tique doit bien tenir compte d’un état de la pro­duc­tion, Gamines se trou­ve indi­recte­ment rehaussé. On sent qu’Éléonore Fauch­er a envie de racon­ter cette his­toire sans que le spec­ta­teur n’ait qu’à pos­er son der­rière sur le fau­teuil (et son cerveau à côté), de la filmer en se posant quelques ques­tions de mise en scène et en image. Sans attein­dre tout à fait la justesse et la force de Stel­la (Sophie Ver­heyde, 2008), Gamines est un film hon­or­able et estimable, bien loin des nom­breux infâmes brou­ets qui peu­plent nos chers grands écrans.

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