Nicholas Ray [courrier]

Nicholas Ray [courrier]

Nicholas Ray [courrier]

Cour­ri­er des lecteurs

Nous avons organ­isé — avec mon fils, ado­les­cent — un week-end Nicholas Ray : j’ai retenu trois films, tous reliés par des “couloirs souter­rains”, appar­ents ou invis­i­bles, et qui con­sacrent indu­bitable­ment Ray comme un auteur représen­tant l’en­vers du décor améri­cain. Ce sont “La Mai­son dans l’om­bre”, “John­ny Gui­tare” et “Traque­nard”. A chaque fois, un univers cru­el et sor­dide, la vio­lence des hommes (et des femmes aus­si), celle des autres et celle que nous por­tons en nous et ce besoin irré­press­ible d’aimer aus­si, tout cela Ray n’a jamais cessé de nous le dire. Nicholas Ray souligne, à quel point, il est inutile d’e­spér­er quoi que ce soit si nous restons enc­los dans notre mur de souf­france et de haine. “Il faut savoir don­ner pour recevoir”, dit un des policiers col­lègues de Jim Wil­son (Robert Ryan, quel acteur !) dans “On the Dan­ger­ous Ground” ; Vien­na rép­ri­mande John­ny (Gui­tare) et lui reproche sa vio­lence intrin­sèque : la vio­lence n’en­seigne rien, qu’elle soit jus­ti­fiée par de soi-dis­antes bonnes ou mau­vais­es caus­es. Cinéaste de la souf­france, de l’ado­les­cence mal-aimée et incom­prise (les per­son­nages d’ado­les­cents dans “John­ny Gui­tare et “La Mai­son dans l’om­bre”, à la trag­ique et injuste des­tinée, tués par des adultes irre­spon­s­ables (Ward Bond présent à deux repris­es), de la ten­dresse et de la pas­sion amoureuse tri­om­phante, Ray nous donne une autre image de la vie, non celle des pré­ten­du­ment “forts”, arro­gants et matéri­al­istes, mais celle de ceux qui con­sacrent leur vie à aimer en toute sim­plic­ité le monde, les êtres et la terre qui les bercent depuis l’aube de l’hu­man­ité. Mer­ci pour vos con­tri­bu­tions qui nous ont aidé à voir ces films. Impos­si­ble de vous dire ici tout ce que m’in­spire les films de Nikkie. Que de richess­es insoupçon­nées con­ti­en­nent ses films !

Michel S.

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La vio­lence n’en­seigne rien et n’a jamais de bonnes raisons, certes, et Ray n’a cessé d’en explor­er les caus­es et con­séquences funestes. Pour­tant je me demande s’il con­ce­vait un monde sans vio­lence. Il s’ag­it surtout de savoir qu’elle existe, de ne pas la nier et de faire avec… Bref, c’est une réflex­ion qui me vient à la lec­ture de vos pro­pos. Mer­ci, en tout cas, pour ce mes­sage !

Bien à vous,

Raphaël Lefèvre

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Mer­ci pour votre réponse. Certes, vous avez rai­son : ne ver­sons pas dans une forme d’idéal­isme roman­tique incon­sis­tant. Quant à Nicholas Ray ses films sont, me sem­ble-t-il, une réflex­ion sur la vio­lence, mais son œuvre, comme vous le sug­gérez, intè­gre la vio­lence comme inhérente à sa vision du monde. C’est le fruit de son expéri­ence d’homme et de sa pro­pre cul­ture : on peut très bien se ren­dre compte des lim­ites et des dan­gers dans laque­lle la vio­lence nous entraîne tout en admet­tant lucide­ment le fait qu’elle existe.

Michel S.

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Lire les arti­cles asso­ciés : la cri­tique de John­ny Gui­tar et l’analyse de Traque­nard, toutes deux signées Raphaël Lefèvre.

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