The Box

The Box

de Richard Kelly

  • The Box
  • États-Unis2009
  • Réalisation : Richard Kelly
  • Scénario : Richard Kelly
  • d'après : la nouvelle Le Jeu du bouton
  • de : Richard Matheson
  • Image : Steven Poster
  • Montage : Sam Bauer
  • Musique : Win Butler, Régine Chassagne, Owen Pallett
  • Producteur(s) : Sean McKittrick, Richard Kelly, Dan Lin
  • Interprétation : Cameron Diaz (Norma Lewis), James Marsden (Arthur Lewis), Frank Langella (Arlington Steward), James Rebhorn (Norm Cahill), Holmes Osborne (Dick Burns)...
  • Date de sortie : 4 novembre 2009
  • Durée : 1h55

The Box

de Richard Kelly

L'effet papillon


L'effet papillon

Comme beau­coup de cinéastes qui se relèvent d’un flop douloureux, Richard Kel­ly racon­te, à pro­pos de The Box, qu’il est son film le plus per­son­nel : un argu­ment de vente tou­jours effi­cace lorsque l’on tente tant bien que mal de jus­ti­fi­er une com­mande. On lui accordera le béné­fice du doute, bien que ce troisième long métrage soit égale­ment sa pre­mière adap­ta­tion : celle d’une nou­velle de Richard Math­e­son, l’au­teur de L’Homme qui rétréc­it et Je suis une légende, déjà portée au petit écran sous forme d’un épisode de La Qua­trième Dimen­sion. Les cor­re­spon­dances entre la série de Rod Ster­ling et l’u­nivers de Don­nie Darko sont nom­breuses et l’on retrou­ve, dans The Box, le même univers fam­i­li­er et légère­ment inquié­tant, qui font d’une sim­ple petite rue anonyme d’une ban­lieue améri­caine quel­conque le théâtre épou­vantable des angoiss­es et frus­tra­tions de per­son­nages ordi­naires. Soit l’his­toire d’un cou­ple qui reçoit une boîte avec, à l’in­térieur, un sim­ple bou­ton et la propo­si­tion suiv­ante : «Appuyez, vous recevrez un mil­lion de dol­lars. En con­trepar­tie, une per­son­ne incon­nue mour­ra.»

The Box séduit d’emblée, de la recon­sti­tu­tion de l’Amérique sev­en­ties au cou­ple car­i­cat­ur­al et niais for­mé par Cameron Diaz et James Mars­den − tous deux impec­ca­bles en icônes d’une Amérique coincée entre son dream orig­inel et la gueule de bois du Water­gate, de JFK et du Viet­nam. On croirait presque à ce sim­u­lacre de drame pres­tigieux tail­lé pour les Oscar mais, comme chez Cro­nen­berg, référence incon­testable, les sourires Émail Dia­mant cachent des chicots pour­ris. La “par­faite famille par­faite” for­mée par Nor­ma et Arthur Lewis et leur petit garçon ressem­ble à une paire de Ken et Bar­bie passée à la moulinette d’un sale gosse : papa astro­naute à la NASA est privé de la mis­sion de sa vie à la dernière minute (good­bye, Amer­i­can dream) et maman la prof sexy se fait hum­i­li­er en plein cours par un de ses élèves, à cause de son pied bot.

The Box : avec un titre pareil, Kel­ly se frotte à une autre boîte mys­térieuse, celle ouverte par Nao­mi Watts et Lau­ra Har­ring dans Mul­hol­land Dri­ve, de David Lynch. Encore un maître encom­brant auquel il est dif­fi­cile de ne pas penser : cet étu­di­ant qui vient nar­guer Arthur Lewis dans une soirée mondaine ne rap­pelle-t-il pas l’é­trange étranger harce­lant Bill Pull­man dans Lost High­way ? L’en­tourage pro­fes­sion­nel et famil­ial des Lewis ne sem­ble-t-il pas sor­ti tout droit des forêts de Twin Peaks ? Richard Kel­ly est heureuse­ment plus intéres­sant qu’un sage élève appliqué et creuse son pro­pre sil­lon. Au détour de quelques scènes, The Box parvient à se hiss­er au-dessus du sim­ple diver­tisse­ment haut de gamme : d’abord, parce que Kel­ly maîtrise par­faite­ment l’art de la fusion entre étrange et fam­i­li­er pour aboutir à un malaise par­fois insouten­able, d’au­tant plus intéres­sant que l’on ne sait jamais ce qui, du bizarre ou du nor­mal, est le plus angois­sant. Les scènes entre Cameron Diaz et Frank Lan­gel­la, qui incar­ne le mys­térieux homme d’af­faires à l’o­rig­ine de cette propo­si­tion, sont ver­tig­ineuses : le vis­age défor­mé par un effet spé­cial sai­sis­sant, le vieil homme est-il réelle­ment plus effrayant que la jeune femme ? Jamais les traits grossiers de Cameron Diaz n’avaient été util­isés à si bon escient. Le dilemme sur lequel repose tout le film et la cul­pa­bil­ité qui l’ac­com­pa­gne n’ont pour seul but que d’oblig­er le cou­ple à se regarder dans un miroir et accepter sa pro­pre mon­stru­osité. À ce titre, le final est réelle­ment boulever­sant, la rédemp­tion s’ac­com­pa­g­nant, irrémé­di­a­ble­ment, d’un sac­ri­fice.

Hélas, Richard Kel­ly ne peut pas s’empêcher de noy­er son film dans un dis­cours new age mât­iné de digres­sions fan­tas­tiques aus­si incom­préhen­si­bles que rébar­ba­tives. Si bien qu’au milieu de The Box, l’in­trigue s’é­gare dans une suc­ces­sion de scènes vague­ment spec­tac­u­laires mais à l’in­térêt très lim­ité : à quoi bon ? Là, pré­cisé­ment, Kel­ly passe pour ce qu’il n’est pas : un jeune cinéaste un brin arro­gant qui n’a pas les moyens de ses ambi­tions. En plus de plomber l’am­biance, Kel­ly fait valser le frag­ile équili­bre d’un film qui, jusque là, mar­chait avec brio sur un fil ten­du entre le diver­tisse­ment de stu­dio et l’œu­vre d’un auteur qui dyna­mite la mécanique des block­busters de l’in­térieur. Il fau­dra sans doute du temps, et un peu plus de sim­plic­ité, pour faire quelque chose de réelle­ment pas­sion­nant d’un tal­ent indé­ni­able, mais encore trop brouil­lon.

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