© Warner Bros. Pictures
Whiteout

Whiteout

de Dominic Sena

  • Whiteout
  • États-Unis2007
  • Réalisation : Dominic Sena
  • Scénario : John Hoeber, Erich Hoeber, Chad Hayes, Carey W. Hayes
  • d'après : la bande dessinée Whiteout
  • de : Greg Rucka, Steve Lieber
  • Image : Christopher Soos
  • Montage : Stuart Baird, Martin Hunter
  • Musique : John Frizzell
  • Producteur(s) : Joel Silver, Susan Downey, David Gambino
  • Interprétation : Kate Beckinsale (Carrie Stetko), Gabriel Macht (Robert Pryce), Columbus Short (Delfy), Tom Skerritt (Dr John Fury), Alex O'Loughlin (Russell Haden)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 21 octobre 2009
  • Durée : 1h40

Whiteout

de Dominic Sena

Calme blanc


Calme blanc

L’af­fiche du film est un trompe-l’œil. Il y a bien le vis­age d’une star en gros plan dessus, mais la vraie présence du film appa­raît entre les lignes de ce vis­age : le blanc et les cristaux neigeux. C’est que le charisme prob­lé­ma­tique de Kate Beck­in­sale est bien en peine de rivalis­er avec l’au­ra du décor antarc­tique, imposant par sa seule uni­for­mité froide, immense et dan­gereuse. White­out, thriller polaire : argu­ment pas tout à fait orig­i­nal, mais promesse d’au moins un peu d’ef­fi­cac­ité. Les lat­i­tudes extrêmes de notre planète, avec leur blancheur presque vir­ginale, leurs hivers éter­nels, leurs nuits qui durent plusieurs semaines, leurs tem­péra­tures con­stam­ment néga­tives et pro­pres à con­serv­er des secrets géologiques et biologiques, n’al­i­mentent-elles pas depuis tou­jours la curiosité des sci­en­tifiques et les fan­tasmes des artistes ? La lit­téra­ture fan­tas­tique (Poe, Love­craft…) a brodé avec force imag­i­na­tion sur les mys­tères qu’ils rece­laient à l’époque où l’in­con­nu y rég­nait en maître. Et le ciné­ma de genre, après avoir longtemps préféré arpen­ter ces espaces géo­graphiques en s’in­spi­rant de cette même lit­téra­ture (La Chose d’un autre monde, son fab­uleux remake The Thing…), a récem­ment com­mencé à en exploiter les sin­gu­lar­ités en dehors de cette tra­di­tion, comme dans 30 jours de nuit, qui en 2007 lâchait des vam­pires en Alas­ka dans une ambiance assez poseuse (“regardez com­ment on renou­velle le genre de façon élé­gante et branchée”).

Zéro absolu de la risque de risques

Sorte de symétrique géo­graphique de 30 jours de nuit (même insis­tance sur la durée des jours et des nuits, et coïn­ci­dence ? tous les deux sont adap­tés de ban­des dess­inées acclamées), White­out est un film polici­er dont les prémiss­es ont un intérêt très lim­ité : une jeune mar­shal en ayant gros sur le cœur (manuel de psy­cholo­gie du héros polici­er hol­ly­woo­d­i­en, page 128, à ajouter à celui se rap­por­tant à l’héroïne hol­ly­woo­d­i­enne post-Alien, page 54) enquête sur ce qui sem­ble être le pre­mier assas­si­nat jamais com­mis en Antarc­tique. Mais les rigueurs du six­ième con­ti­nent n’y sont pas pour autant qu’un beau décor, elles s’in­vi­tent de façon évi­dente dans l’en­quête. La vis­i­bil­ité, réduite par la neige et le jour qui n’en est pas vrai­ment un, per­met au tueur de ne se laiss­er voir de sa vic­time que lorsqu’il est tout près. On a bien sûr droit aux scènes atten­dues de chutes dans un trou caché par la neige et rece­lant de som­bres secrets. Et dans les scènes de luttes avec l’as­sas­sin, la tem­pête s’in­vite en bel­ligérant impromp­tu, prenant tout le monde à la fois et faisant l’ar­bi­trage.

Dom­mage que ces imposantes man­i­fes­ta­tions ne fassent sur l’ensem­ble du film que l’ef­fet d’une curiosité, impuis­sante à elle seule à dérouiller un peu la mécanique fatiguée du who­dunit où ne se déga­gent que les rebondisse­ments et révéla­tions sur les secrets cachés sous la neige, aux ten­ants et aboutis­sants au fond assez arbi­traires et peu crédibles[ref]Qui saura nous expli­quer, à la réso­lu­tion du film, pourquoi le tueur était aus­si acharné à tra­quer et décimer tout ce qui bougeait ?[/ref], au détri­ment de l’in­térêt pour des per­son­nages creux et de ceux qu’eux ou une caméra paresseuse et sans idées peu­vent nous trahir sur eux-mêmes, sur le monde, sur quoi que ce soit. Que cet académisme du genre fasse de White­out le pre­mier film pas trop navrant de la car­rière du réal­isa­teur Dominic Sena — faiseur de clips déjà respon­s­able de 60 sec­on­des chrono et Opéra­tion Espadon — la belle affaire : en lieu et place d’un film de genre à l’esthé­tique pub­lic­i­taire et putas­sière red­outée, on se retrou­ve avec un pro­duit à la démarche de télé­film bien rodé qui n’a­gresse pas l’œil, mais ne fait pas vrai­ment frémir l’e­sprit ni quoi que ce soit d’autre. Où les divers plaisirs qu’un cinéaste peut pren­dre à filmer et ceux d’un spec­ta­teur à regarder sont bien sage­ment com­par­ti­men­tés pour ne pas mélanger les tor­chons et les servi­ettes : le réal­isa­teur passe toute sa libido — et celle du spec­ta­teur — au bout de dix min­utes de métrage dans une scène de Beck­in­sale sous la douche, et voilà, “ça c’est fait”, on reste pour toute la suite dans les clous du thriller asep­tisé et asexué[ref]Détail symp­to­ma­tique : aux deux tiers du film, l’héroïne décide, curieuse­ment, de pren­dre une autre douche — mais hors champ, comme si on avait décidé qu’il ne fal­lait pas pouss­er quand même…[/ref] (ce n’est guère la romance oblig­ée entre Beck­in­sale et le tout aus­si fade Gabriel « Spir­it » Macht qui épicera l’ensem­ble). Même en amputant son héroïne — dans une scène assez touchante, néan­moins — ou en offrant le rôle de l’arché­typ­al vieux sage à un Tom Sker­ritt (Alien) qui sur­v­ole tout le cast­ing sans effort, Sena a bien du mal à insuf­fler un peu de vie à son film qui sem­ble momi­fié par la rigueur du zéro absolu de la prise de risque. White­out, thriller polaire : plutôt du surgelé pour les soirées de dis­ette.

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