Pierre et le loup

Pierre et le loup

de Suzie Templeton

  • Pierre et le loup
  • (Peter and the Wolf)
  • Grande-Bretagne, Pologne2006
  • Réalisation : Suzie Templeton
  • Scénario : Suzie Templeton, Marianela Maldonado
  • d'après : le conte musical Pierre et le Loup
  • de : Sergueï Prokofiev
  • Image : Mikolaj Jaroszewicz
  • Montage : Suzie Templeton, Tony Fish
  • Musique : Sergueï Prokofiev
  • Producteur(s) : Alan Dewhurst, Hugh Welchman
  • Animation : Adam Wyrwas
  • Date de sortie : 23 septembre 2009
  • Durée : 0h33

Pierre et le loup

de Suzie Templeton

Je n'y peux rien, j'ai été modelé comme ça...


Je n'y peux rien, j'ai été modelé comme ça...

Après cinq ans de tra­vail, la sor­tie de Pierre et le loup fait fig­ure d’événe­ment. Non seule­ment le film épuise le champ lex­i­cal de la dithyra­mbe par sa qual­ité tech­nique, couron­né à juste titre à de nom­breuses repris­es, mais son lance­ment com­mer­cial (avec une sor­tie simul­tanée au ciné­ma et en DVD) témoigne d’un exploita­tion d’une ampleur sans précé­dent pour un court métrage. Qui, pour tout dire, vaut bien l’ef­fort.

Le com­pos­i­teur Prokofiev écriv­it son Pierre et le loup tel que nous le con­nais­sons aujour­d’hui à la demande du régime sovié­tique, qui désir­ait en faire le sup­port d’une édu­ca­tion à la musique pour les jeunes Russ­es. Le résul­tat, bien con­nu, tran­scende les fron­tières – qui, en effet, n’a pas enten­du l’é­ton­nant con­te musi­cal qui met notam­ment aux pris­es Pierre, le loup, et son mal­heureux canard ? Nor­male­ment accom­pa­g­né d’un nar­ra­teur, la pièce réus­sit donc pleine­ment son rôle d’ini­ti­a­tion musi­cale, mais con­stitue égale­ment un réc­it pass­able­ment émou­vant.

Suzie Tem­ple­ton, ani­ma­trice réputée de courts-métrage, a décidé avec sa ver­sion du con­te, de se pass­er de la nar­ra­tion – une ini­tia­tive heureuse, le con­traire ayant cer­taine­ment forte­ment alour­di son style – mais égale­ment une gageure impor­tante. En effet, il fal­lait que l’ex­pres­sion ciné­matographique pal­lie cette absence, qu’elle sup­plée avec justesse le réc­it musi­cal. Force est de con­stater que le gant est relevé haut la main par Tem­ple­ton et son équipe.

Util­isant la tech­nique d’an­i­ma­tion pop­u­lar­isée par le stu­dio Aard­man pour la série des Wal­lace & Gromit, Pierre et le loup a donc néces­sité près de 60000 clichés. Cepen­dant, à la dif­férence de la roton­dité bon­homme de l’u­nivers créé par Nick Park, Suzie Tem­ple­ton et son équipe ont créé un univers d’une douloureuse pré­ci­sion, où vit chaque corps, chaque mem­bre, chaque arbre, chaque par­tie, quelque petite qu’elle soit. La mise en scène est par­fois excen­trique et proche du corps (voir les con­tre-plongées auda­cieuses du duel entre Pierre et le loup) – une rareté dans cette dis­ci­pline pré­cise de l’an­i­ma­tion.

Cette inter­pré­ta­tion lyrique et remar­quable­ment inté­grée à l’e­space représente donc tout autant un prodi­ge tech­nique qu’une per­for­mance artis­tique, un exer­ci­ce de style dénué de gra­tu­ité qu’il con­vient de décou­vrir. Suzie Tem­ple­ton s’est même payé le luxe d’opér­er quelques change­ments nar­rat­ifs par rap­port au « livret » orig­inel : elle ne se con­tente pas de livr­er une nou­velle illus­tra­tion, mais bien de pro­pos­er une nou­velle vision du con­te de Prokofiev.

En exer­gue de Pierre et le loup, la sor­tie ciné­ma du film s’ac­com­pa­gne de celle du court-métrage Le Loup blanc, de Pierre-Luc Granjon, une décou­verte tout aus­si intéres­sante – si le film ne partage pas l’aspect tech­nique mirac­uleux du film de Suzie Tem­ple­ton, sa nar­ra­tion onirique som­bre et inat­ten­due jus­ti­fie pleine­ment de le décou­vrir.

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