La Grande Farandole

La Grande Farandole

de H.C. Potter

  • La Grande Farandole
  • (The Story of Vernon and Irene Castle)
  • États-Unis1939
  • Réalisation : H.C. Potter
  • Scénario : Richard Sherman, Oscar Hammerstein II, Dorothy Yost
  • d'après : les nouvelles My Husband et My Memories of Vernon Castle
  • de : Irene Castle
  • Image : Robert De Grasse
  • Montage : William Hamilton
  • Musique : Robert Russell Bennett
  • Producteur(s) : George Haight
  • Interprétation : Fred Astaire (Vernon Castle), Ginger Rogers (Irene Castle), Edna May Oliver (Maggie Sutton), Walter Brennan (Walter), Lew Fields (lui-même), Etienne Girardot (Papa Aubel)...
  • Éditeur DVD : Éditions Montparnasse, coll. RKO
  • Date de sortie DVD : 8 septembre 2009
  • Durée : 1h33

La Grande Farandole

de H.C. Potter

Ce n'est qu'un au revoir...


Ce n'est qu'un au revoir...

Ce devait être la dernière col­lab­o­ra­tion de Fred Astaire et Gin­ger Rogers, sept films ensem­ble et autant de suc­cès pour le cou­ple de danseurs le plus célèbre de l’his­toire du ciné­ma. Ils revien­dront cepen­dant, dix ans plus tard, suite à un heureux con­cours de cir­con­stance, avec Entrons dans la danse de Charles Wal­ters (1949). La Grande Faran­dole a tout de même un air de salut final; plus trag­ique, moins dansant que ses fameux prédécesseurs (Swing Time, Top Hat), il est égale­ment mal­heureuse­ment moins réus­si. La faute sans doute au con­cept de l’his­toire «inspirée de faits réels», rarement con­va­in­cante au ciné­ma.

Ils pop­u­lar­isèrent la danse de salon et intro­duisirent le tan­go, le fox-trot ou la valse auprès du grand pub­lic améri­cain dans les années 1910. Ver­non et Irene Cas­tle, jeune cou­ple de rêve, furent les stars de ces années d’a­vant-guerre, avant que Ver­non, engagé dans l’ar­mée anglaise pen­dant la Pre­mière Guerre mon­di­ale, ne décède trag­ique­ment dans un acci­dent d’avion. La comédie musi­cale ne pou­vait que leur ren­dre hom­mage, tant une par­tie de son suc­cès leur était dû; et le choix des comé­di­ens pour les inter­préter allait tout naturelle­ment vers Fred Astaire et Gin­ger Rogers, qui incar­naient déjà le genre (et la danse de cou­ple notam­ment) dans les années 1930. Gin­ger et Fred étaient lassés de tra­vailler ensem­ble, et avides de pour­suiv­re une car­rière indi­vidu­elle (elle dans la comédie pure, lui tou­jours dans la comédie musi­cale, avec d’autres parte­naires). Ils accep­tèrent néan­moins de tourn­er ce dernier film ensem­ble, dont l’échec pub­lic ne fit que con­firmer leur déci­sion.

La Grande Faran­dole racon­te la ren­con­tre de Ver­non et Irene Cas­tle, alors que Ver­non n’est qu’un comé­di­en de troisième zone, et Irène une ado­les­cente qui aspire à devenir actrice sans en avoir le tal­ent. Leur mariage les décide à mon­ter un spec­ta­cle ensem­ble, Ver­non apprenant la danse à Irène. Mais les pro­duc­teurs sont dif­fi­ciles à con­va­in­cre… Jusqu’à la révéla­tion, à Paris, et la gloire. Le gros prob­lème du film est d’être ter­ri­ble­ment ban­cal: la pre­mière moitié s’é­tend avec une lenteur infinie sur les débuts dif­fi­ciles des Ver­non quand la sec­onde saute les étapes à une vitesse impres­sion­nante – le réal­isa­teur jouant même d’une surim­pres­sion du cou­ple dansant en une minute sur une carte des États-Unis pour illus­tr­er leur pre­mière tournée. Pourquoi pas, a pri­ori, si la méth­ode nar­ra­tive est jus­ti­fiée; mais ici, cela se fait au détri­ment des dans­es, très peu nom­breuses, et rarement com­plètes: au moment où les Ver­non com­mence à avoir véri­ta­ble­ment du suc­cès, nous voici frus­trés de ne décou­vrir que dix sec­on­des de tan­go, puis dix sec­on­des de fox-trot, puis dix sec­on­des de valse. Un comble lorsqu’on a des danseurs aus­si extra­or­di­naires sous la main!

Parce qu’in­spiré d’une his­toire vraie, le film se veut plus réal­iste que les précé­dentes col­lab­o­ra­tions de Gin­ger et Fred, car­ac­térisées par des scé­nar­ios invraisem­blables dans des décors de car­ton-pâte. Ici, on sent une volon­té assez mal­adroite de racon­ter les années 1910; mal­adroite, mais plutôt intéres­sante tout de même, dans ce qu’elle illus­tre du star-sys­tem et de son util­i­sa­tion pub­lic­i­taire, très peu dif­férents à l’époque de ce qu’ils sont aujour­d’hui. Il faut voir ain­si com­ment les cos­tumes des Cas­tle ou les coif­fures d’Irene inspirent les Améri­caines au point que toutes les modes vont s’u­ni­fi­er sous leur mod­èle (avec cette saynète très réussie où deux femmes se croisent et s’aperçoivent avec colère qu’elles por­tent la même robe – réplique de celle d’Irene Cas­tle).

La Grande Faran­dole, pour la petite his­toire, est le seul film, avec Aman­da, qui mon­tre Fred Astaire et Gin­ger Rogers échangeant un bais­er. Il est surtout le seul à finir trag­ique­ment, avec la mort du per­son­nage inter­prété par Fred Astaire – ce qui dérou­ta le pub­lic et explique l’échec du film. Le ton de fin est alors un peu trop mélo­dra­ma­tique, ce qui ne con­vient pas du tout à l’e­sprit du cou­ple. Mais Irene Cas­tle ayant été con­seil­lère sur le film, on ne pou­vait sans doute s’at­ten­dre à moins que cet hom­mage un peu pom­pi­er. On notera égale­ment dans le rôle du fidèle domes­tique le génial Wal­ter Bren­nan, dont c’é­tait le qua­tre-vingt-sep­tième film, mais qui n’avait pas encore accédé au statut de vedette. Il inter­prète ici un per­son­nage plutôt con­testé, puisque le véri­ta­ble domes­tique des Cas­tle était noir. Il est regret­table, mais finale­ment peu sur­prenant, que ce soit le seul élé­ment du film qui ait dérogé à la vérité.

La Grande Faran­dole n’est cer­taine­ment pas un indis­pens­able de la comédie musi­cale améri­caine. Ceux qui ne con­nais­sent pas encore Fred et Gin­ger iront plutôt les décou­vrir dansant «joue con­tre joue» dans Top Hat. Mais les incon­di­tion­nels auront tout de même un pince­ment au cœur à les voir dans les bras l’un de l’autre une dernière fois… avant la dernière.

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