© MGM / United Artists
Les Sept Mercenaires

Les Sept Mercenaires

de John Sturges

  • Les Sept Mercenaires
  • (The Magnificent Seven)
  • États-Unis1960
  • Réalisation : John Sturges
  • Scénario : William Roberts
  • d'après : le film Les Sept Samouraïs
  • de : Akira Kurosawa (scénario : Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto, Hideo Oguni)
  • Image : Charles Lang
  • Montage : Ferris Webster
  • Musique : Elmer Bernstein
  • Producteur(s) : Walter Mirisch
  • Interprétation : Yul Brynner (Chris Adams), Eli Wallach (Calvera), Horst Buchholz (Chico), Steve McQueen (Vin), Charles Bronson (Bernardo O'Reilly), James Coburn (Britt), Robert Vaughn (Lee), Brad Dexter (Harry Luck)...
  • Distributeur : MGM / United Artists
  • Date de sortie : 22 juillet 2009
  • Durée : 2h08

Les Sept Mercenaires

de John Sturges

L'ultime sursaut


L'ultime sursaut

Célèbre pour son thème musi­cal, ses nom­breuses têtes d’affiche, ses scènes d’anthologies, Les Sept Mer­ce­naires demeure dans nos mémoires par­mi les west­erns les plus mythiques. Ce n’est pour­tant pas un des grands maîtres du genre qui le signe, et le film appa­raît plutôt tar­di­ve­ment dans l’histoire des stu­dios hol­ly­woo­d­i­ens. Le revoir plus de quar­ante ans après sa sor­tie per­me­t­tra peut-être de mieux définir sa place et son influ­ence…

Ce qui car­ac­térise avant tout Les Sept Mer­ce­naires, c’est que rien ne lui appar­tient vrai­ment. Tout y est emprun­té. À com­mencer par le scé­nario puisqu’il s’agit du remake du plus con­nu des films d’Akira Kuro­sawa : Les Sept Samouraïs (1954). Bien que l’ère d’Edo soit tro­quée con­tre le Far West, l’intrigue reste inchangée, con­traire­ment au sujet. Kuro­sawa s’intéressait plutôt à l’aspect trag­ique du samouraï, à son devoir vis-à-vis de la paysan­ner­ie, à son code d’honneur qui con­fère à cette caste chevaleresque toute sa grandeur mais aus­si sa soli­tude, à com­ment elle est vouée à dis­paraître. Rem­plac­er un samouraï par un mer­ce­naire (ce qui héris­sa l’épiderme du maître japon­ais) suf­fit à mod­i­fi­er inté­grale­ment le sens du réc­it. Sturges en prof­ite plutôt pour réin­ve­stir tous les typages du héros clas­sique du west­ern. Il y a donc le sage vétéran (Yul Bryn­ner), l’intrépide jus­tici­er (Steve McQueen), le mer­ce­naire sen­ti­men­tal (Charles Bron­son), le jeune chien fou (Horst Buch­holz), le soli­taire tac­i­turne (James Coburn), le repen­ti (Robert Vaughn) et l’arriviste (Brad Dex­ter). Tous vus précédem­ment en solo mais encore jamais réu­nis à l’écran, ici par une his­toire qui en fait les défenseurs de mis­éreux vil­la­geois opprimés. Le reste des per­son­nages appar­tient aus­si à la mytholo­gie du west­ern : le ban­dit mex­i­cain (Eli Wal­lach), le chef de vil­lage veule, la farouche paysanne etc…

John Sturges, en solide réalisateur/producteur, capa­ble de gér­er un grand spec­ta­cle qui alterne action et numéro de stars, sait main­tenir sous res­pi­ra­tion arti­fi­cielle toutes ces fig­ures, mais ne leur apporte pas beau­coup d’air frais. Si bien qu’au-delà du diver­tisse­ment hon­nête, Les Sept Mer­ce­naires reste un film bien imper­son­nel, effi­cace et agréable mais dénué de thé­ma­tique pro­fonde. Son intérêt en tant que « clas­sique » du ciné­ma se situe plutôt dans ce qui lui vaut ce titre hon­ori­fique, soit une place bien par­ti­c­ulière dans l’histoire du west­ern, celle du dernier souf­fle de vital­ité qui précède le décès, un exces­sif regain de san­té, trop beau pour être vrai. On sait qu’un genre ciné­matographique arrive à son terme quand son inca­pac­ité à se renou­vel­er l’oblige à réu­tilis­er tout ce qui l’a tra­ver­sé, à la manière d’un dernier flash-back retraçant sa vie, où tous les fan­tômes qui la han­tèrent se réu­nis­sent pour une ultime faran­dole. L’imminente fin du west­ern n’était peut-être pas annon­cée par le film de Sturges, mais il en por­tait les signes avant-coureurs.

Car le west­ern qui sym­bol­isa à lui tout seul le ciné­ma de genre est mort de sa belle mort en 1962 au moment où John Ford signa L’Homme qui tua Lib­er­ty Valance. Imprimer la légende en était la con­clu­sion. C’est donc en toute logique que, cette légende une fois imprimée sur pel­licule, au début des années 1960, alors que la supré­matie de l’Amérique était défini­tive­ment établie, le west­ern n’eut plus de rai­son d’être, il pou­vait s’éteindre avec l’âge d’or du ciné­ma hol­ly­woo­d­i­en. Il ne restait plus qu’à le relire, le revis­iter, ce qui con­duit for­cé­ment à une forme par­o­dique. Mais pour qu’elle soit opérante, pour qu’elle puisse aboutir en fin de compte à une analyse, il faut néces­saire­ment qu’elle vienne de l’extérieur. C’est pourquoi le ciné­ma ital­ien, alors le décalque dis­tan­cié et out­ranci­er d’Hollywood, sut mieux que ce dernier récupér­er le west­ern, le regarder sous un autre angle et le pro­longer.

Les Sept Mer­ce­naires fait donc fig­ure de charnière entre deux ciné­mas dans l’évolution du genre. Il égraine tous les motifs qui fer­ont du west­ern transalpin ce qu’il fut, faisant le tri dans ce qu’il pour­rait encore traiter et ce qui passera à la trappe. La galerie de per­son­nage foi­son­nante lorgne timide­ment vers l’étalage de trognes des sec­onds couteaux suin­tants et crasseux des films de Sol­li­ma et Leone. Le scé­nario est sou­vent pur pré­texte à l’exhibition comme le mon­tre les démon­stra­tions de tal­ent suc­ces­sives au début du film. La musique omniprésente et per­cu­tante (fameuse par­ti­tion d’Elmer Bern­stein) donne immé­di­ate­ment une couleur et un ton iden­ti­fi­able. Le remake per­met de jouer sur la vari­a­tion. Le prob­lème indi­en est vite évac­ué : le seul Indi­en du film fini­ra dans un cer­cueil, et sera selon l’enjeu d’une scène de présen­ta­tion digne­ment enter­ré, le reléguant au reg­istre des affaires classées, écho bien-pen­sant aux idées pro­gres­sistes qu’adoptèrent enfin les États-Unis. Même le cast­ing regroupe cer­taines des vedettes qui orneront plus tard le west­ern spaghet­ti (Yul Bryn­ner, Eli Wal­lach, James Coburn, Charles Bron­son…). Bref, le film de Sturges tend à Cinecit­tà les ingré­di­ents qu’elle va pou­voir cuisin­er à sa guise. Et dès qu’il s’agit de cui­sine, les Ital­iens sont tou­jours les plus forts…

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