© Chrysalis Films
Amorosa Soledad

Amorosa Soledad

de Martín Carranza, Victoria Galardi

  • Amorosa Soledad
  • Argentine2008
  • Réalisation : Martín Carranza, Victoria Galardi
  • Scénario : Victoria Galardi
  • Image : Julián Ledesma
  • Montage : Pablo Barbieri Carrera
  • Musique : Nico Cota
  • Producteur(s) : Hernán Musaluppi, Natacha Cervi
  • Interprétation : Inés Efron (Soledad), Nicolás Pauls (Nico – le premier), Fabián Vena (Nico – le suivant), Monica Gonzaga (la mère de Soledad), Ricardo Darín (le père de Soledad), Diego Velázquez (Javier), Santiago Giralt (Darío)...
  • Distributeur : Chrysalis Films
  • Date de sortie : 8 juillet 2009
  • Durée : 1h16

Amorosa Soledad

de Martín Carranza, Victoria Galardi

Peanuts


Peanuts

Pre­mier pas­sage der­rière la caméra de la scé­nar­iste Vic­to­ria Galar­di (con­join­te­ment avec Martín Car­ran­za), Amorosa Soledad se veut la con­créti­sa­tion de la fas­ci­na­tion de la jeune artiste pour le Woody Allen d’Annie Hall et d’Intérieurs. Alors que c’est un “autre” Allen qui revient sur les écrans avec le remar­quable What­ev­er Works, Galar­di pro­pose une vari­a­tion sur les ater­moiements sen­ti­men­taux d’une jeune femme un brin névrosée, dans la grande tra­di­tion des por­traits féminins du réal­isa­teur d’Alice – un pari relevé avec tal­ent, mais qui par­fois sem­ble pein­er à réelle­ment trou­ver son ton pro­pre.

Poussée hors de sa vie par son petit ami (qui a besoin de temps, on l’ap­pren­dra plus tard, pour finir un disque avec son groupe, et ne peut donc s’embarrasser d’une rela­tion sen­ti­men­tale), Soledad, mor­ti­fiée, décide de rester céli­bataire pen­dant 3 ans, à la fois pour faire son deuil et pour affirmer sa capac­ité à vivre sans homme. Pour la jeune fille au prénom prédes­tiné, la sit­u­a­tion se com­plique bien vite, tan­dis que se présente rapi­de­ment à elle un nou­veau com­pagnon, bien préférable à l’an­cien, et que nom­bre de proches s’échi­nent à vouloir lui faire bris­er son vœu de “soli­tude”. Mais pour la belle, pro­fondé­ment hypocon­dri­aque, cette recherche per­pétuelle, sans désir réelle d’at­tein­dre le but, n’est-elle pas la rela­tion rêvée?

“Après tout, c’est surtout courir après lui que j’aime” mur­mure une Chiyoko Fuji­wara mourant dans l’épi­logue de Mil­le­ni­um Actress, de Satoshi Kon, après avoir cou­ru après l’homme qu’elle aime toute une vie durant. Une ligne qui pour­rait aus­si bien sor­tir de la bouche de Soledad, qui rajouterait volon­tiers “et j’aime autant que l’on me coure après”. Car on se cherche beau­coup dans Amorosa Soledad, on tente de se séduire, de se recon­quérir, voire de s’as­sur­er l’ex­clu­siv­ité d’une rela­tion sen­ti­men­tale : en vain. Après sa rup­ture, la jeune femme aux yeux rêveurs (inter­prétée par une Inés Efron à l’in­ter­pré­ta­tion mer­veilleuse­ment hors du monde) décou­vre non pas les plaisirs du céli­bat, mais ceux de la séduc­tion, de l’in­cer­ti­tude, voire du chaos sen­ti­men­tal – un por­trait finale­ment des plus mod­ernes, fémin­istes. Là où Cécil­ia hésite à sauter le pas dans La Rose pour­pre du Caire, Soledad va donc se laiss­er pleine­ment aller dans les eaux de la fan­tas­magorie sen­ti­men­tale pure, s’éloignant ain­si des décep­tions et des souf­frances des rela­tions plus réelles – mais cer­taine­ment, aus­si, des beautés des rela­tions réelles.

L’om­bre de Woody Allen plane cer­taine­ment sur Amorosa Soledad. Les rela­tions sociales sont, évidem­ment, au cen­tre du réc­it, et dévelop­pées au long de sketchs liés les uns aux autres avant tout par les cir­con­stances, et non par la volon­té expresse des pro­tag­o­nistes. On com­prend finale­ment la déci­sion de Soledad, tant il sem­ble que l’on doive subir plus que vivre en tout con­science les rap­ports avec l’autre. Toutes les ren­con­tres, toutes les sit­u­a­tions sont autant de morceaux d’an­tholo­gie, tous sym­bol­iques, tous por­tant, en plus du développe­ment pur de l’in­trigue, une sig­ni­fi­ca­tion didac­tique et/ou ironique, s’adres­sant au spec­ta­teur com­plice, un sys­tème de clin d’œil au cen­tre de l’hu­mour human­iste d’Allen. Ces références, les deux réal­isa­teurs d’Amorosa Soledad les maîtrisent par­faite­ment, et l’on se prend à espér­er trou­ver chez eux l’indice de la venue au ciné­ma d’une œuvre-miroir du maître new-yorkais.

Dans son pré­ten­tieux Two Days in Paris, Julie Delpy ten­tait sans la moin­dre once de mod­estie d’adapter la sauce Woody Allen à la cap­i­tale parisi­enne – résul­tant dans un ratage hau­tain. C’est peut-être finale­ment le pêché de mod­estie qui nuit au style de Vic­to­ria Galar­di et Mar­tin Car­ran­za : maîtrisant man­i­feste­ment la gram­maire ciné­matographique de la comédie de mœurs onirique, le cou­ple de réal­isa­teur sem­ble pour­tant se refuser à aller plus loin, à ten­ter de se forg­er une iden­tité formelle. C’est d’au­tant plus regret­table qu’Amorosa Soledad est parsemé d’idées de mise en scène bril­lantes, et nan­ti d’un scé­nario à l’a­gréable impres­sion de ver­tige mis en abyme. Reste que l’in­tel­li­gence formelle du cou­ple de réal­isa­teurs, et le charme cer­tain d’Inès Efron, font d’Amorosa Soledad un film à décou­vrir, cer­taine­ment le début d’une œuvre promet­teuse, et à suiv­re.

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