SherryBaby

SherryBaby

de Laurie Collyer

  • SherryBaby
  • États-Unis2006
  • Réalisation : Laurie Collyer
  • Scénario : Laurie Collyer
  • Image : Russell Lee Fine
  • Montage : Curtiss Clayton, Joe Landauer
  • Musique : Jack Livesey
  • Producteur(s) : Lemore Syvan, Marc Turtletaub
  • Interprétation : Maggie Gyllenhaal (Sherry Swanson), Brad William Henke (Bobby Swanson), Sam Bottoms (Bob Swanson Sr), Danny Trejo (Dean), Ryan Simpkins (Alexis Swanson)...
  • Date de sortie : 24 juin 2009
  • Durée : 1h36

SherryBaby

de Laurie Collyer

Opiacé de mode


Opiacé de mode

Quelque peu tétanisé par les tics habituels des films indés améri­cains, Sher­ry­Ba­by ne dépasse pas l’illustration rigide d’une com­bi­nai­son mélo­dra­ma­tique com­passée: femme à la dérive, addic­tion à la drogue, enfant aban­don­né à recon­quérir. Ten­tez toutes les com­bi­naisons pos­si­bles entre ces trois thèmes et vous obtien­drez ce pre­mier film de Lau­rie Col­ly­er, le charisme de Mag­gie Gyl­len­haal en plus.

Sher­ry Swan­son sort de prison. Pour ren­tr­er en ville, elle prend le bus et regarde, fascinée, la ville défil­er der­rière les vit­res bleutées et embuées. Trois ans de péni­tence pour en arriv­er là, à la lisière de la vie, dans un sas la dépres­surisant vers la lib­erté. Celle-ci est cepen­dant con­di­tion­née à un con­tact qua­si-quo­ti­di­en avec un agent de pro­ba­tion et à un étab­lisse­ment en foy­er spé­cial­isé. Jeune mère de 23 ans, Sher­ry n’a qu’un désir en tête, retrou­ver sa fille élevée chez son frère et sa belle-sœur, tout en met­tant à dis­tance le désir renais­sant d’héroïne: Sher­ry est soucieuse de s’extraire pour de bon de la dépen­dance et devenir la plus câline des mères. Prob­lème, sa famille – méfi­ante et défi­ante – la tient osten­si­ble­ment à l’écart, comme gênée par cette réap­pari­tion intru­sive. La men­ace est grande de voir cette pièce rap­portée bris­er l’harmonie doucereuse du foy­er petit-bour­geois.

Le por­trait de la mar­gin­al­ité gen­til­lette est con­nu, il ne déroge pas à la tra­di­tion hygiéniste d’un ciné­ma indépen­dant pro­pre sur lui. Le corps damné est beau, jeune, pétu­lant. Les amis de pas­sage se révè­lent bour­rus mais pas trop. De quoi don­ner un faible change au con­formisme suran­né de la famille: rebelles ou pas, tous sont matés. Ce lis­sage des aspérités sociales, pour­tant le sujet cen­tral du film, est symp­to­ma­tique de ces pro­duits indépen­dants mon­tés à la chaîne, chargés de bonnes inten­tions diluées dans une neu­tral­ité séda­tive. Arroser le réc­it de son quo­ta de tour­ments et de déter­min­ismes psy­chol­o­gisants relève d’une stratégie arti­fi­cielle et, dis­ons le, hyp­ocrite. À trop vouloir asep­tis­er le malaise tout en l’encourageant mal­adroite­ment (les déter­min­ismes famil­i­aux font florès et surlig­nent la des­tinée inéluctable de Sher­ry), cet ersatz de Sue per­due à Man­hat­tan ne témoigne que de sa démarche mal­adroite et restric­tive. Pour­tant, le film ne parvient pas à être dégueu­lasse.

On sait que la mièvrerie peut être plus obscène que la vio­lence ou l’horreur lorsqu’elle est volon­taire et plan­i­fiée. C’est ce qu’on appelle com­muné­ment le mépris du spec­ta­teur. Or, Sher­ry­Ba­by ne sem­ble pas relever de cette famille avilis­sante: elle ne prend pas en otage la bonne con­science émo­tive, elle tente tout au plus de la tit­iller avec gaucherie. Si cette dis­tinc­tion peut sem­bler n’être qu’une ques­tion de degré dans l’échec, elle per­met cepen­dant au film d’être regard­able. Et ce, d’abord grâce à la per­for­mance de Mag­gie Gyl­len­haal, récom­pen­sée par le prix d’interprétation à Deauville en 2006. L’actrice régule avec une grâce frag­ile le pathos du réc­it, lui ren­dant un sem­blant de crédi­bil­ité. Elle incar­ne avec tal­ent une human­ité moins fac­tice que celles semées autour d’elle, en somme elle est l’élément de vie du film faisant presque oubli­er la fac­tic­ité de l’ensemble. Bra­vo à elle. Est-ce cepen­dant assez pour élud­er une mise en scène inex­is­tence et un scé­nario en pilotage automa­tique? Tout dépend de l’indulgence du spec­ta­teur.

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