The Other Man

The Other Man

de Richard Eyre

  • The Other Man
  • Royaume-Uni2008
  • Réalisation : Richard Eyre
  • Scénario : Richard Eyre, Charles Wood
  • d'après : la nouvelle L'Autre tirée du recueil Amours en fuite
  • de : Bernhard Schlink
  • Image : Haris Zambarloukos
  • Montage : Tariq Anwar
  • Musique : Stephen Warbeck
  • Producteur(s) : Frank Doegler, Michael Dreyer, Tracey Scoffield
  • Interprétation : Liam Neeson (Peter), Laura Linney (Lisa), Antonio Banderas (Ralph), Romola Garai (Abigail), Laurence Richardson (Mark), Amanda Drew (Joy)...
  • Distributeur : Pretty Pictures
  • Date de sortie : 27 mai 2009
  • Durée : 1h30

The Other Man

de Richard Eyre

Le mépris de l'autre


Le mépris de l'autre

La renom­mée gran­dis­sante de l’adap­ta­tion du roman de l’Alle­mand Bern­hard Schlink Le Liseur par Stephen Daldry — film pour lequel l’ac­trice Kate Winslet a reçu un oscar cette année — n’est sans doute pas étrangère à la pro­duc­tion et la dis­tri­b­u­tion de The Oth­er Man, tiré d’une nou­velle du même auteur par l’homme de théâtre Richard Eyre. Bien que la nou­velle ait été écrite et pub­liée en 2000, le réal­isa­teur de Stage Beau­ty et de Chronique d’un scan­dale tâche de lui don­ner un con­texte plus mod­erne — par une volon­té un peu arti­fi­cielle de met­tre le pro­pos en phase avec son temps. Mais la moder­nité, au ciné­ma comme ailleurs, ce n’est pas si sim­ple.

Les époux de la nou­velle ont été raje­u­nis, la femme n’est plus musi­ci­enne mais créa­trice de chaus­sures de mode, elle ne com­mu­nique plus avec son amant par let­tres mais par e‑mails qu’elle stocke dans un réper­toire encryp­té sur un Mac­Book ™. En dehors de ces quelques gad­gets, cette adap­ta­tion nous ressert, vue du point de vue du mari en proie au doute après la dis­pari­tion de sa moitié, une his­toire de ménage à trois aux ressorts très rebat­tus. Soit une femme aux occu­pa­tions vague­ment artis­tiques (Lau­ra Lin­ney, min­i­mal­iste), mar­iée à un ingénieur infor­mati­cien aimant mais un peu trop rou­tinier (Liam Nee­son, tout en voix rauque un peu pénible) qu’elle estime tout en trou­vant l’amour pas­sion­né dans les bras d’un autre (Anto­nio Ban­deras, dont la vision en vieux beau à la prestance cadrée en plan rap­proché reste assez fasci­nante). On sent bien qu’avec ces per­son­nages en demi-teinte (la femme secrète, le mari qui se sur­prend à la vio­lence en décou­vrant son cocu­fi­age, l’amant par­a­site social), le film voudrait engager les ques­tion­nements sur des rela­tions de cou­ple basées sur le men­songe et l’omission, et la dif­fi­culté pour cha­cun d’as­sumer la vérité sur soi-même et sur ses proches.

“Cellule familiale”

Pour y par­venir, il aurait fal­lu que ce drame de l’adultère et de la jalousie lance quelque piste vers le réel intime qu’il fait mine de vouloir faire remon­ter à la sur­face. Or il ne décolle jamais au-delà d’un aligne­ment de clichés suran­nés, artic­ulés par des mis­es en sit­u­a­tion des plus arti­fi­cielles. Lin­ney s’épanouit au grand air et sous la cou­ette avec son latin lover méditer­ranéen beau par­leur au cours de week-ends roman­tiques sur le lac de Côme, et Nee­son d’engager les hos­til­ités avec son rival autour d’un plateau d’échecs. Dès lors, de ren­con­tres invraisem­blables (Nee­son croise sur un trot­toir de Milan sa pro­pre fille qui venait le chercher) en sit­u­a­tions jouant d’une excen­tric­ité en toc (Ban­deras refaisant sa plomberie et nour­ris­sant son per­ro­quet), chaque scène don­nant immé­di­ate­ment lieu à des dia­logues se voulant telle­ment sub­tils qu’ils en devi­en­nent lourds de leur sur-écri­t­ure, l’ensemble fait l’effet d’un roman-pho­to porté à l’écran avec des procédés de théâtre filmé en lieu et place d’un tra­vail de cinéma[ref]On trou­vera certes tris­te­ment banal de faire ce reproche à un met­teur en scène de théâtre ayant pris la caméra, tel que Richard Eyre, d’autant que ce n’est pas une fatal­ité chez ce pro­fil de réal­isa­teur. Mais voilà, The Oth­er Man nous tend une bien longue perche sur ce terrain.[/ref]. Ain­si, d’une ellipse du début (la dis­pari­tion de Madame), on nous révèle le con­tenu aux deux tiers du film, ce qui entraîne aus­sitôt un grand débal­lage psy­chologique sur la médi­ocrité des âmes de cha­cun, expé­di­ant alors tout ce qu’on se pro­po­sait d’intéressant à dire au départ, sans plus d’autre choix que de diriger les dernières min­utes sur une voie de garage assez floue, entre par­don et repli sur soi.

The Oth­er Man, mal­gré une cer­taine recherche de moder­nité, se révèle en fait un objet assez pous­siéreux, et même pas aus­si pro­gres­siste qu’il voudrait l’être dans son réc­it d’un amour clan­des­tin mais vrai. Si les pho­tos volées des deux amants, avec leur gros grain façon Nan Goldin, ont quelque chose de rafraîchissant, la rela­tion extra-con­ju­gale reste mar­gin­al­isée, inter­dite, appelée à cess­er. Le film évolue à se resser­rer autour d’une cel­lule famil­iale réduite au cou­ple père/fille à la sim­plic­ité ras­sur­ante, d’où tout élé­ment extérieur sus­cep­ti­ble de s’y inter­pos­er (la mère fau­tive, son amant, mais aus­si le petit copain de la fille, qu’on mon­tre con­stam­ment à la ramasse) est insi­dieuse­ment exclu. Sérénité retrou­vée en se repli­ant sur ce qui reste de son cocon famil­ial: une vague odeur de ren­fer­mé flotte sur cette petite vision de l’ex­is­tence.

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